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- Détrompez-vous, mes amis, le XIXe siècle n’a
pas donné à la masse des esprits la vertu de comprendre, mieux que les générations qui nous ont précédés, les vérités religieuses, et les bribes de sciences humaines dont vous farcirez vos discours ne leur en donneront pas lPintelligence. Il en est de la prédication savante comme de la musique savante, c’est ennuyeux pour Île commun des mortels.
Ajoutez à cela que le prédicateur s'expose aux plus ridicules quiproquos. Je vais vous en donner deux exemples.
Un jeune religieux, nouvellement sorti des études, s’avisa de parler, avec grand luxe de démonstrations scolastiques, du rôle de | l'humanité de Jésus-Christ dans les opérations théandriques. Une brave femme l’aborde après son sermon : « OÔ mon Père, dit-elle, comme vous avez bien parlé !.. Comme vous avez bien dit la vérité à tout ce monde-là ! » — L’orateur se rengorge, Il a été profond et on l’a compris! = « Oh: oui, continue la vieille, vous avez joliment bien fait de prècher lhumanité. Il y en a tant et tant qui n’ont pas l'ombre d'humanité !°»
Un autre s’est épris de la physiologie. Il en
veut particulièrement à la cellule-mère, d’où
le matérialisme prétend tirer toutes choses, et trouve le moyen de la faire comparaître dans la plupart de ses discours. — « Oh Ie bon religieux ! s’écrie une de ses ferventes admiratrices ; comme il est pieux ! comme 1l aime sa cellule ! Il en parle sans cesse. »
Naïf ou vaniteux, l'homme à la prédication savante est souvent payé de la peine inutile qu'il se donne, en monnaie d’imbécile.
Ne croyez pas, cependant, que je veuille proscrire ce que l’on peut appeler la prédication savante. Il y a des auditoires d'élite presque entièrement composés de gens intelligents et instruits auxquels elle convient. Mais
en les uourrissant d’une doctrine religieuse
plus relevée, plus profonde, plus complète,
gardez-vous bien de faire des incursions témé-
raires dans le vastechampdes scienceshumaines qu'ils connaissent mieux que vous, et de vous exposer ainsi à ce qu'ils pensent et disent que vous n’y entendez rien. C’est assez qu'ils soient convaincus, en vous écoutant, que vous n’ignorez pas les objections dont s’arme
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la science humaine contre la vérité catholique, que vous savez les résoudre et surtout que vous possédez à fond votre science à vous, la. science sacrée, contre laquelle leur raison ne se révolte que parce qu'ils ne lont jamais étudiée sérieusement. Même en déployant dans de hautes et fortes considérations toutes les ressources de votre savoir, tenez Compte de l’inexpérience religieuse de vos auditeurs, si intelligents qu'il soient ; ne vous engagez pas dans des discussions d'école, n1 dans ces profondes questions sur lesquelles se partagent les sentiments et les opinions des théologiens 1. Par contre, lorsque vous vous adressez à un auditoire de petites gens, ne vous imaginez pas qu'ils vous sauront gré d’abaisser jusqu’à la trivialité vos pensées, vos images et votre langage. Cette manière de faire leur semble une marque de mésestime ou de mépris. Ceux qui n’ont que des pensées basses et vulgaires,
1. « Subtiliores quæstiones -apud imperitam multitudinem ne attingat, aut theologicis ratiocinationibus e schola petitis, quas pauci intelligunt, concionem impleat. Profundiores quæstiones premat silentio et scholarum disceptationi relinquat. » (NATALIS ALEXANDER, Instilutio
concionatorum, 111, n° 16.)
comme ceux qui parlent mal, ne sont pas insensibles, croyez-le bien, aux charmes d’un . enseignement qui les élève et d’une parole qui flatte agréablement leurs oreilles. Ç
Je n’ai pas besoin de vous dire que, sur bien des questions, la prédication qui convient aux réunions d'hommes et de jeunes gens n'est point celle qui convient aux réunions de femmes et de jeunes filles ; que ceux qui marchent dans la voie des conseils évangéliques ne doivent pas être traités de la même manière que ceux qui se trainent péniblement dans la voie des commandements de Dieu ; enfin, que vous devez avoir égard aux différentes conditions
sociales de vos auditeurs. Sur ce dernier point
je vous ferai une remarque importante.
Il arrive assez fréquemment, aux jeunes prédicateurs surtout, lorsqu'ils s'adressent à des serviteurs ou à des maîtres, à des pauvres ou à des riches, de manquer aux convenances en insistant maladroitement sur les misères des uns, sur la hauteur, la dureté, l'injustice des autres. Les serviteurs et les pauvres sont humiliés et malheureux, c’est vrai. Mais pourquoi les aigrir par des peintures trop vives de
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leur triste condition, et les exciter ainsi à la révolte et à la haine contre ceux auxquels ils attribuent leurs maux ? Les maitres et les riches sont souvent hautains, durs et injustes, cest vrai. Mais pourquoi froisser et irriter
leur orgueil ? pourquoi les affermir dans leurs
mauvaises dispositions par des reproches intempérants dont aucune considération n’adoucit l’âpreté et la rigueur ? Laissez cette odieuse besogne aux tribuns dont l’éloquence sauvage n’agite les passions de désordre que parce qu'ils espèrent en profiter. Mais vous, hommes apostoliques, ne vous apitoyez sur les misères des pauvres gens que pour les consoler, en
. leur rappelant les profondes humiliations de Celui qui est venu pour servir et que l'univers
adore comme le divin Roi des pauvres, en fai-
sant ressortir le mérite d’une humble et géné-
reuse soumission aux décrets de la Providence,
. en montrant dans les cieux la magnifique et
éternelle couronne de gloire et de félicité
… qui doit récompenser les abaissements et
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