‹ Avant, pendant et aprèsChapitre 13 sur 45 · SCENE XL · texte numérisé non relu

SCENE XL

JULIE, LE CHEVALIER

le chevalier , fort embarrassé , et n'osant regarder Julie. Je ne m'étais point préparé à recevoir la visite d'une personne...

jtjlie , vivement, et avec la plus grande douceur. Ah ! monsieur de Surgy, je ne viens point me plaindre d'un malheur qu'hélas! je ne pouvais prévoir.... ne craignez de ma part aucun reproche.

le chevalier, étonné 9 avec amertume.

Des reproches!. . . vous plaindre, vous Julie!. . . et de quoi?

JULIE

Vous avez raison.... orpheline, pauvre, sans naissance, de quoi me plaindrais-je?... J'eus tort de croire à vos sermens.

LE CHEVALIER

Oh ! vous avez un tort encore plus grand.... c'est celui d'avoir oublié les vôtres.

JULIE

Les miens!

LE CHEVALIER

Ici, à cette même place, ne jurâtes-vous pas d'être à moi?... de n'être qu'à moi?... Le temps, l'absence, disiez-vous, seraient sans influence sur cet engagement...;

ma mort même ne devait pas le rompre! Eh bien!

deux mois se sont à peine écoulés depuis cette promesse... je vis.... et vous êtes la femme d'un autre.

JULIE

Qu'ai-je fait, que suivre vos conseils, que vous ob^ir!

le chevalier , étonné.

M'obéir!

julie , lui donnant plusieurs lettres.

Tenez, reprenez ces lettres que je vous rapporte.

le chevalier , les prenant. Ces lettres!...

JULIE

Leur lecture m'a fait assez de mal.

le chevalier , lisant les lettres.

Ma signature!... Non, non, Julie, ces lettres ne sont pas de moi ; je ne les ai jamais écrites.

JULIE

Est-ce bien possible!... cette écriture...

LE CHEVALIER

N'est pas la mienne.

JULIE

Dieu !

LE CHEVALIER

Vos yeux ont cependant pu s'y tromper mais votre

cœur....

JULIE

Ah ! malheureuse !

LE CHEVALIER

Je frémis du soupçon.... Ces lettres vous ont été remises...

JULIE

Par M. Goberville.

LE CHEVALIER

L'infâme !

Au nom de madame la duchesse.

le chevalier, anéanti.

De ma mère !

JULIE

Charles, elle savait tout... Elle me peignit votre changement comme un bienfait de la Providence , qui , en m'éclairant sur la légèreté de votre caractère , me préservait d'une union qui aurait fait le malheur de ma vie et le désespoir de votre famille... Votre mère fit plus encore : pour me détacher entièrement de vous, pour me sauver, pour me garantir d'une faiblesse que je ne prenais pas la peine de cacher, elle m'amena à lui promettre de donner ma main....

LE CHEVALIER

N'achevez pas... Ah! Julie, je crois que j'aurais mieux aimé vous trouver coupable... du moins , je serais le seul à plaindre... Mais vous êtes innocente... vous avez été abusée, trompée par ceux même qui vous devaient secours et protection... Notre amour effrayait leur orgueil, et cet orgueil a étouffé tous les sentimens de la nature... on m'a calomnié... et vous avez pu croire...

JULIE

C'était votre mère... ma bienfaitrice.

LE CHEVALIER

Non... leur perfidie n'a pu briser des nœuds que le temps avait consacrés. . . elle n'a pu m'enlever votre cœur. . me priver d'un bien qui m'appartenait... qui m'appartient encore!... Oui, Julie, en dépit de leurs exécrables ruses, tu n'as pas cessé d'être à moi... viens, fuyons ensemble.

Eh! monsieur Charles, partout oùj'irai, je n'en serai pas moins la femme de Gérard.

LE CHEVALIER

Sa femme !

JULIE

Gérard est un honnête homme , qui vous respecte , qui vous aime, qui donnerait son sang pour vous... je ne suis que malheureuse... vous ne voudriez pas me rendre coupable.

LE CHEVALIER

Coupable, toi!... non Julie, je respecterai, dans la compagne d'un autre , celle que j'avais choisie moimême... mais je ne serai point témoin de son bonheur... je ne vous verrai plus.

JULIE

Vous songez à nous quitter !

LE CHEVALIER

Il le faut... je ne saurais plus vivre dans un pays où l'on peut impunément fouler aux pieds l'honneur , la vertu, tous les sentimens généreux... où l'on immole à sa vanité, jusqu'au bonheur de son fils.... Mais avant de partir, je veux au moins te rendre un dernier service... je veux rendre à ton frère la liberté qu'on lui a injustement ravie... et après cela, s'il veut me suivre, je l'emmène ; il ne me quittera plus... ce sera mon compagnon, mon ami , et à lui du moins je pourrai parler de toi.

JULIE

Charles! ah! que je suis malheureuse!

LE CHEVALIER

On vient... tais-toi... ici, il n'est pas même permis de pleurer.

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