‹ Avant, pendant et aprèsChapitre 22 sur 45 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

LES PRÉCÉDENS, GOBERVILLE.

(Le marquis est sur le fauteuil à droite; Gérard est occupé d le raser. Julie est assise auprès de la table à gauche. Goberville est entre Julie et Gérard.)

GOBERVILLE.

On entre donc... ce n'est pas sans peine... Il me semble, citoyen Solon , que tu laisses bien long-temps les patriotes à la porte.

GERARD

Je t'ai bien entendu, citoyen Sénèque; mais ma femme,

qui est malade et souffrante, n'était pas là... et je tenais une pratique... que je ne pouvais pas quitter... D'ailleurs, tu pouvais bien faire le tour et entrer par ma boutique, qui est toujours ouverte à tout le monde.

GOBERVILLE.

C'était mon chemin par-là... je viens de l'ancien hôtel Surgy, dont la vente est affichée... Comme j'ai besoin de toi, je viens te prendre, pour t'y emmener.

Impossible... je suis de garde... J'ai à sept heures une seconde faction... mais après... tant que tu voudras...

(s' approchant de Goberville et lui parlant à voix basse. ) Estce que tu as des vues sur ce bâtiment ?

GOBERVILLE.

ïl faut bien placer ses assignats... D'ailleurs, je n'achète que pour démolir... ( le marquis fait un mouvement. ) Qu'estce qu'il a donc , le citoyen?

GÉRARD

Tu peux parler; c'est un citoyen de la république batave , qui n'entend pas le français ; un oslrogoth de Hollandais qui vient changer ses fromages contre des assignats.

GOBERVILLE.

L'imbécille... On dit que les Surgy ont caché de l'argent là-dedans avant de partir... et comme membre du comité des recherches, je viens, au nom de la nation . te requérir de m'aider dans l'exercice de mes fonctions, comme connaissant les êtres de la maison.

GÉRARD

Pas beaucoup; mais ma femme, qui y a été élevée, viendra avec nous, et nous aidera à découvrir le trésor. [au marquis.) Mais tiens-toi donc, citoyen... (repassant le rasoir. ) et n'aie pas peur... (âSénèque.) Bien entendu que nous partagerons également en frères.

GOBERVILLE.

C'est juste , fraternité...

GÉRARD

Et égalité... Etn'ya-t-ilpas des risques dans cette affairelà ? si les Surgy revenaient...

GOBERVILLE.

Impossible... la loi est formelle. .. peine de mort... Dans quelques jours, il n'y aura plus de Surgy en France. julie , se levant et s' approchant de Goberville* Et le général ? qui est un bon citoyen...

GOBERVILLE.

Le général île général!... Ce n'est pas si difficile d'être général dans ce temps-ci... Il yen a des milliers dans les armées... Et parce que cehii-ci a gagné des batailles, qu'il a rossé les Autrichiens, tu crois qu'il servait la patrie? c'était un agent de Pitt et de Cobourg... Il soudoyait les émigrés, les ennemis de la nation... N'avait-il pas l'infamie d'envoyer de l'argent à sa famille?

GÉRARD

Je m'en doutais depuis long-temps... il a toujours été un enragé de modéré.

JULIE

Vous lui reprocheriez de secourir son père! •

GOBERVILLE.

Est-ce que Bru tus avait un père ? c'est tout au plus s'il avait des fils; et encore avec lui ça ne durait pas longtemps.. , Au surplus nous l'avons mandé à la barre... il n'a pas comparu... hors la loi, et me voilà tranquille... [Julie se laisse tomber sur le fauteuil, presque évanouie. ) Eh bien ! qu'a donc ta femme ? Je crois qu'elle se trouve mal.. . gérard , courant à elle,

Julie!... il serait possible!... Non, elle revient. .. Jet'avais bien dit qu'elle était malade et souffrante...

GOBERVILLE.

Allons, allons , je te laisse achever ton ouvrage... A ce soir, à neuf heures et demie... [il va jusqu'à la porte ;le marquis se lève; mais entendant Goberville qui revient , il se rassied. ) Mais à cette heure-là ta boutique sera fermée?

GÉRARD

Tu entreras par la place de l'Egalité.

GOBERVILLE.

Et si tu n'es pas encore rentré. .. si la citoyenne est malade?

gérard , à part.

Il ne partira pas!

GOBERVILLE.

Je ne me soucie pas d'attendre dans la rue... Donnemoi ta clef.

GÉRARD

Ma clef?

GOBERVILLE.

Est-ce que ça l'effraie ?... est-ce qu'on ne peut pas entrer à toute heure dans le domicile d'un bon patriote?

GÉRARD

Et que veux-tu qu'on me prenne? Femme, donne la clef. (Julie donne la clef à Gobenille. )

GOBERVILLE.

À la bonne heure... Je savais bien que le citoyen Solon Gérard était la crème de la section, et je plaindrais un ci-devant qui tomberait entre ses mains. (Le marquis fait un mouvement. )

Tiens-toi donc, citoyen... tu vas te faire couper...

GOBERVILLE.

Allons... à ce soir. (Il sort.)

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