‹ Avant, pendant et aprèsChapitre 25 sur 45 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

LE MARQUIS, LE GÉNÉRAL, JULIE, qui pendant ce temps allume la lampe et la chandelle.

LE MARQUIS

Il paraît que les factionnaires sont toujours là.

LE GÉNÉRAL

Ah ! Julie !

JULIE

Laissez-moi fermer cette boutique; car je craindrais qu'à travers les vitraux... on ne vous aperçût.

LE GENERAL

Nous allons t'aider.

Non, non... causez ensemble... vous devez en avoir besoin.

le marquis , prenant la main de son frère. Si tu savais tout ce que j'ai souffert loin de toi !

LE GÉNÉRAL

Nous nous revoyons enfin.

LE MARQUIS

Mais dans quel temps ! Voilà donc , mon cher , où nous ont conduit ces idées de changement dont tu étais enthousiaste!

LE GÉNÉRAL

Ah ! ne confonds point la liberté avec les excès que l'on commet en son nom. La liberté, comme nous l'entendions, est amie de l'ordre et des devoirs... elle protège tous les droits... elle veut des lois, des institutions, et non des échafauds...

LE MARQUIS

Hélas! à quoi t'ont servi ton courage et la sagesse de tes opinions... tu es dénoncé, réduit comme moi à te cacher après avoir versé ton sang pour eux.

LE GÉNÉRAL

Non pour eux... mais pour la France., et ce qu'on fait pour son pays , on ne le regrette jamais. L'honneur de notre patrie s'était réfugié aux armées... je l'y ai suivi. J'ai fait un peu de bien ; j'ai empêché beaucoup de mal; et si j'avais encore à choisir, je suivrais la même route. [On entend dans la rue.) Voilà la grande conspiration découverte par Le Comité de salut public!

LE GÉNÉRAL

Encore quelques nouvelles victimes.

Ceux qui n'ont point respecté les vertus de Malesherbes, les talens de Lavoisier, la jeunesse de Barnave, reculeront-ils devant un crime de plus ?

LE GENERAL

Les honnêtes gens se lasseront de n'avoir que le courage de mourir... La France se réveillera plus forte et plus unie, car le malheur rapproche tous les raugs , toutes les opinions, et déjà, tu le vois, nous, jadis divisés, nous nous entendons enfin , et nous nous aimons plus que jamais...

le marquis , se jetant dans ses bras.

Ah ! tu dis vrai.

( En ce moment , Julie a fermé tout le fond de la boutique avec

des volets. Il ne reste plus que la porte du fond qu'elle va

fermer également , lorsque Caracalla se présente et entre

brusquement. )

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