DES QUESTIONS A FAIRE
osaient ? Quelles informations ont-elles prises ? >ar où sont-elles arrivées, et par où se sont-elles étirées ? Où ont-elles été en quittant le village ? I ont-elles passé la nuit, et comment se sont-elles itablies? L'ennemi est-il proche, envoie-t-il des econnaissances régulières ? Arrivent-elles à la nème heure, chaque jour, en même nombre et par es mêmes routes? Comment est la route qui conduit à l'ennemi? S'y trouve*t-il des bois, des ravins, des ponts, des villages ? Où sont-ils situés ? Peut-on arriver à ces défilés en faisant un détour, et sans passer par la route tenue par l'ennemi ? Est-il sur le qui vive ? Comment se garde-t-il ? L'ennemi a-t-il pris des chevaux aux maîtres da poste ? S'est-il servi de ses postillons ou de tout autre homme du village comme guides? Où s'est-il fait conduire ? Quelles questions a-t-il faites à ses guides? Les a-t-il maltraités? Ses guides l'ont-ils vu inquiet et triste? Quelles précautions prenait-il dans sa marche?
D. N'y a-t-il pas d'autres questions à faire? 1 R. Oui, et qui selon la position dans laquelle on se trouve, les ordres qu'on a reçus, doivent souvent précéder, ou même remplacer les susindiquées ?
D# Quelles sont-elles?
R. Toutes celles relatives à la configuration topographique des lieux qu'on parcourt. Ainsi, où sont situés telle ville, tel bourg, tel village? Quelle est leur population, leurs ressources? A quelles distances se trouvent-ils entre eux, et du lieu où fou est? Combien faut-il de temps pour y aller à pied ? Les routes qui y conduisent sont-elles bonnes, larges, ferrées, pavées? Y a-t-il des villages, îles hameaux, des fermes intermédiaires ? Sont-ils riches ? Combien de feux ? Pour s'y rendre, faut-il traverser des bois, des plaines, des rivières? ¥ M-il des gués, des ponts ? Quelle est leur nature?
116 DBS QUESTIONS A FAIRE.
Peut-on se tromper de chem in? Lequel faut-il prendre? Y a-t-ildes montagnes ? Quelle est la nature des routes qui les gravissent ?
D. Faut-il interroger les hommes qu'on appelle, ensemble ou séparément?
R. Séparément. Porter une grande attention comparative à leurs réponses, si Ton s'aperçoit qu'elles soient peu conformes entre elles, les approfondir avec soin et. finesse, et si Ton a des soupçons motivés sur leur fausseté, arrêter ceux qui les ont faites, et les emmener avec soi sous bonne garde.
D. La série de questions, dans telles ou telles circonstances qui sont en apparence les mêmes , doit-elle être uniforme ?
R. Elle varie autant que la position et la nature des ordres qu'on a reçus. Souvent on est obligé, pour arriver à une connaissance exacte des faits, de plaider le faux pour savoir le vrai ; et souvent même un partisan aventuré, qui ne veut pas se faire reconnaître pour être de telle ou telle nation, est obligé de prendre le langage de l'ennemi, sur les derrières duquel il se trouve, et d'interroger les habitants comme s'il faisait partie d'un corps prussien, russe, autrichien, etc. Dans ce cas, on ne met eu rapport avec les personnes interrogées que ceux de nos hommes qui parient très bien la langue du pays, et on interdit sévèrement aux autres toute communication. C'est au plus ou moins d'intelligence du questionneur à juger de la forme, de la nature, de la sévérité et de la douceur des ques» lions qu'il adresse : l'important est d'arriver à la connaissance de la vérité.
D. Quelles questions adressez-vous à un déser* leur?
R. Je lui demande : 1° le numéro ou le nom de son régiment, sa force ; 2° la brigade à laquelle il appartient , le nom du général qui la commande;
DBS QUESTIONS A FAIRE. 117
0 de quelle division cette brigade fait partie, le om de celui qui commande célte division; 4° à |uel corps d'armée appartient celte division, le 10m, le grade du général en chef et le s'ége de son (uartier général ; 5° si le régiment, la brigade ou a division cantonnent, campent ou bivouaquent. M le corps est posté, on demandera s'il est couvert par beaucoup d'avant-postes , s'il se garde avec soin, enfîn, s'il est retranrhé; 6° quels sont les >• corps d'armée ou divisions à la droite et à la gauche, leur éloignement; 7° où il a laissé son régiment, sa brigade; si ce corps a fait des détachements, s'il attend des renforts; 8° s'il y avait des ordres pour faire un mouvement prochain, ou quelques-uns de ces préparatifs qui le dénotent d'à» vance ; 9° qu'est-ce que contenaient les derniers ordres du jour; 10° quels sont les bruits qui circulaient dans l'armée; 11° si les subsistances sont abondantes, où sont les magasins , les dépôts, les entrepôts; 12° s'il y a beaucoup de malades, où est le grand hôpital, où sont les ambulances.
D. Si le déserteur arrive pendant que son corps est en marche, qu } ajoutera J-on?
R. 1° Quelle direction suivait la colonne ? 2° Son mouvement était- il isolé ou combiné? 3° Jusqu'où la colonne avait-elle l'ordre de s'avancer? 4° La colonne était-elle d'une seule et même espèce d'armes, ou bien mixte?
D. Si le déserteur appartient à la cavalerie?
R. On poursuit de la sorte : Combien avez-vous de chevaux au régiment? combien en aviez-vous au commencement de la campagne? sont-ils en bon état? Y a-l-il beaucoun de remontes? Y a t-il beaucoup de recrues ou de jeunes soldats? (L< R. A.)
D. Pourquoi ces deux dernières questions? R. Parce que comme les troupes légères ne doivent laisser échapper aucune occasion de faire du
118 DBS QUESTIONS À PAIES* ]
mal à l'ennemi , il ne faudrait pas négliger d'atta-
Juer un corps de cavalerie où il y aurait beaucoup e recrues, et de remontes.
D. Continuez.
R. Y a-t-ii beaucoup de chevaux malades ou hors de service? les fourrages sont-ils abondants? les contrées occupées par l'armée suffisent-elles pour les fournir, ou bien les tire-t-on des derrières de Parmée (L. R. A.)? arrivent-ils exactement? faiton des détachements pour les aller chercher? fautil aller loin? où sont les magasins? comment sontils gardés? Le cavalier est-il maltraité par ses chefs? Y a-t-il eu des insurrections dans les régiments ? Si nous avons des avantages , y aura-t-il beaucoup de désertions? Quelles précautions prendon pour empêcher la désertion? Les hôpitaux sontils bien éloignés de Parmée? A-t-on perdu beaucoup de monde dans la dernière afiaire ? ces pertes ont-elles démoralisé le soldat?
D. Quelles questions faites-vous à un soldat d'artillerie?
R. Celles qui précèdent, et de plus : Où est le grand parc? y a-t-il de l'artillerie de siège? Où sont les dépôts? où est le petit parc? Combien la division à laquelle est attachée sa batterie a-t-elle de pièces? quel calibre et quelles espèces de bouches à feu? les caissons et coffrets sont-ils bien garnis (L. R. A.)? Quel est le numéro du régiment, de la compagnie, de la batterie? Y a-t-il un équipage de ponts? Les chevaux d'attelage sont-ils en bon état ?
D. Quelles questions feriex-vous à un soldat du
Génie ?
R. Les précédentes et de plus : Où est le grand parc du génie? Les sapeurs attachés aux divisions ont-ils des caissons d'outils, un équipage de ponts, dé chevalet ou autres (L. R. A.) ?
DtS QUESTIONS A PÀlfe*. 119
T>. Quelles questions adresseriez-vous à tin priyrtnier ?
R. Les mêmes qu'à un déserteur.
13. Faut-il espérer que les rapports qu'on 06endra seront toujours exacts?
R. Non. Les uns, par ignorance, ne seront pas n état de répondre catégoriquement; les autres, iar finesse ou pour se faire valoir, feront exprès le dire ce qu'on désirera, ou bien ne diront rien le vrai; mais pour les mettre en défaut, on leur épétera les mêmes questions inopinément et à li verses reprises, pour comparer leurs dernières éponses avec leurs premières dépositions. (L. A.)
D. Transmettra-t-on au général de Vavantyarde le rapport détaillé de cet interrogatoire ?
R. Oui ; en y ajoutant nos propres observations sur le degré de confiance que semble mériter le déserteur ou le prisonnier. (L. R. A.)
D. Pourquoi? R. Parce que , comme il est probable que le général a par ses espions des nouvelles certaines de la dislocation de l'armée ennemie, ses propres nouvelles confrontées avec ces rapports , le mettront à même, sinon de connaître la vérité tout entière, au moins, d'en tirer des inductions suffisantes pour les mouvements probables de l'ennemi, et pour donner aux espions d'autres instructions. (L. R. A.)
D. Si vous êtes en marche, vous arrêtez-vous pour procéder à cet interrogatoire?
R. Si vous en avez le temps sans compromettre l'exécution de vos ordres, oui; si vous ne l'avez pas, après avoir fait au prisonnier ou au déserteur les questions dont les réponses peuvent vous éclairer , pour votre propre responsabilité, vous remettrez le déserteur, le prisonnier, l'habitant, etc., à un homme sûr, qui le conduira au commandant de Pavant-garde , auquel il dira qu'il vous a été ita-
t20 BBS QUESTIONS A FAltB.
impossible d'interroger d'une manière détaillée.
b. Sur quoi écrivez-vous les interrogatoires?
R. Il est indispensable qu'un officier ou sousofficier d'avaut-garde , porte toujours sur lui du papier, des crayons, et des pains à cacheter.
D. Que demandez-vous à des voyageurs?
R. 1° Leur nom, et leur passe-port.
2° D'où ils viennent, où ils vont.
3° S'ils ont rencontré des troupes en marche, leur espèce, et à peu près leur nombre. Quant à la force de la colon tie, on pourrait peut-être l'évaluer soi-même avec plus de précision, eu demandant aux voyageurs le temps qu'ils jugent avoir employé à longer celte colonne.
4° Combien ils ont entendu dire qu'il pouvait y avoir de troupes ennemies dans les lieux où ifs ont passé ou séjourné.
5° Si ces troupes étaient en bon état , avaient des malades : si elles attendaient des recrues.
6° Si les villages qu'ils ont traversés sur leur route étaient remplis de troupes.
7° Si les avant-postes ennemis sont bien serrés. Si derrière la chaîne la plus avancée, il y a de l'infanterie, de l'artillerie pour la soutenir et lui servir de replis; enlin la distance à peu près entre ces divers soutiens, et la chaîne des avant-postes.
8° Comment sont les chemins, les ponts; si Fen- * nemi s'occupe à les réparer. S'il s'occupe à fortifier, ou s'il a déjà fortifié quelques-uns des endroits par où ils sont passés.
9° Si les vivres et subsistances sont rares ou chèers dans les pays occupés par l'ennemi; si le pays en souffre , s'il a couservé son bétail ; si l'ennemi n'en a pas ramassé.
i, 10° Enfin quels sont les bruits publics que renferment les gazeitesde l'ennemi ; quelle est la date du dernier journal qu'on a lu , et que dit ce journal. (L. A* )
DBS QUESTIONS A FAIRE. 1521
D. Ecrivez-vous toujours les interrogatoires que vous faites subir ?
R. Le plus souvent; mais cependant, il est des cas où cela ne peut ou ne doit pas être. Celui , par exemple, où ce soin ferait perdre du letnps qu'il serait plus pressant d'employer à marcher. Celui où les réponses faites ne paraferaient pas assez importantes. Celui où on croirait obtenir plus de renseignements sous la forme d'une simple conversation ; mais alors si cette conversation donnait les résultats qu'on en attendait, il faudrait se retirer à part et l'écrire le plus fidèlement possible. Dans ce cas comme dans celui où Ton écrit un interrogatoire en présence de la personne intetrogée, il faut cacheter ce que Ton a écrit , et l'envoyer avec le voyageur , le déserteur , le prisonnier ou l'habitant , par un sous-olïicier , au commandant de l'avani-garde. Dans le cas où on n'écrit rieu , ou n'en envoie pas moins au commandant la personne dont l'interrogatoire a paru intéressant, et on choisit, pour le conduire, un sous-olfici» r intelligent et discret qu'on charge de dire au général ce qu'on n'écrit pas.
; D. Qu'exigent ces interrogatoires ?
R. On grand soin , car souvent ils amènent h découvrir des espions.
Des Bivouacs.
J'ai dit au chapitre des charges , que Và-yropot était le génie de la guerre. Je le répète dans celui-ci.
L'à-propos pour dormir est aussi difficile à saisir que pour attaquer.
Le mécanisme de la guerre se borne à deux choses, se battre et dormir; user et réparer ses forces. Conserver l'équilibre indispensable de celle balance, est la science.
Il faut plus d'habileté souvent pour rendre des forces à sa troupe , que pour les user.
En présence de l'ennemi , la science du repos n'est donnée qu'à peu d'officiers. Nul ne dénote un coup d'œil militaire plus sûr, plus prompt, plus habile , plus profond.
Asseoir son bivouac, c'est prendre une position militaire. Y bien dormir , puis s'y trouver a cheval complètement reposé , réparé, prêt h tout entreprendre, lorsque l'ennemi vient attaquer, c'est connaître à fond son ennemi , c'est le savoir par cœur. Opposer des troupes rafraîchies à des soldats affaiblis par les privations et les fatigues , c'est prendre son ennemi du fort au faible, c'est mettre toutes les chances de la partie en sa faveur. Si vous joignez h ce talent, fruit de dispositions innées, et d'une sûre expérience, l'élan qui fait entreprendre et pousser les succès , vous êtes un olûcier d'avant-garde remarquable.
D. Quelle est la première condition dç fa bonté <Tvn bivouac d'avant-garde ?
R. Sa position militaire ; sa difficulté d'accès pour l'ennemi ; sa facilité de sortie pour nous.
D. Quelle est la seconde?
R. La convenance matérielle de son assiette, la richesse de ses approvisionnements.
D. Trouvez- vous toujours en guerre ces deux conditions essentielles réunies , et9 dans le cas négatif, lardez-vous à asseoir votre bivouac jusqu'à ce que vous les ayez rencontrées ?
R. Les exigences d'avant-garde sont presque toujours tranchées ; je les calcule froidement, et ne pouvant complètement y satisfaire, je choisis. S'il est plus urgent de me poster que de me reposer, je me poste. S'il est, au contraire, plus urgent de me reposer que de me poster, je me repose. Mais, dans ce cas, je tâche de masquer mon bivouac, et je remédie le plus possible à la défense naturelle qui me manque , en éclairant plus loin ma position.
D. Comment choisiriez-vous matériellement un bivouac ?
R. Si j'apercevais un village, je m'établirais près de lui ; parce que je seraissûr d'y trouver des ressources en vivres et en fourrages : que F eau ne manquerait pas pour abreuver mes chevaux ; et qu'en cas de trop mauvais temps , je pourrais espérer des abris.
Mais s'il n'y avait pas de village ?
R. Après avoir subordonné, comme dans le premier cas , mon installation aux exigences du service, je tâcherais de me rapprocher d'un ruisseau, oùjp pourrais trouver Peau nécessaire; d'un pré, d'un seigle, d'une avoine qui jme donneraient du fourrage pour mes chevaux ; d'un enclos qui me procurerait une attache commode et régulière pour eux ; d'un champ de pommes de terre qui assurerait la nourriture de mes hommes ; d'un bois qui me fournirait des piquets, de l'ombre, des bran-
J24 DBS BIVOUACS.
ehes, des feuilles pour construire et couvrir dos baraques, et alimenter les feux.
D. Y a-l-il encore une condition essentielle ?
R. Oui ; que le terrain soit ferme, et par conséquent sain. Que les abords du ruisseau ne soient pas dangereux, aGn de ne pas courir le risque de perdre des chevaux en les menant boire.
D. Lorsque vous avez ckoisi votre terrain, que faites-vous f
R. Je viens m'y former en bataille face à l'ennemi, et dans Tordre où je veux que les escadrons s'instalent ; puis, partant de ma personne avec le service à cheval, je laisse Tordre à Toflicier qui nie remplace au régiment, ou au détachement, de faire mettre pied à terre, et d'aller au fourrage aussitôt qu'il apercevra que la grand'garde est arrêtée sur le terrain qu'elle doit occuper.
Ce signal donné, la troupe met pied à terre , débride, et attache ses chevaux, sans se mêler par escadron, par peloton, par escouade.
D. Pourquoi ?
R. Parce qu'en guerre la centralisation fait l'ordre, et Tordre fait la force.
D. Les chevaux attachés par leurs longes, que
fait-on ?
R. Les brides sont placées derrière eux, ployées comme il faut pour pouvoir se déployer et se remettre lestement a la tête des chevaux, et suspendues, le plus possible, h quelques branches d'arbre ou piquet, afin d'éviter qu'on ne les abîme en marchant dessus, qu'on ne les égare sous les fourrages qu'on va apporter, qu'on ne soit obligé , en lin, de les chercher longtemps si Ton a besoin d'elles.
Cette opération faite, la moitié des chasseurs, après a voir suspendu ses buffle teries aux piquets ou aux branches qui porteut leurs brides, prend les faux, les haches, et court au fourrage, si les habi-
DBS BIVOUACS. 125
tants n'ont pas satisfait à la réquisition qu'on leur a faite. (Voyez Vivres et Fourrages.)
L'autre moitié se désarme, suspend ses buffleterieset perfectionne 1'inslallaiion. Elle relire les armes a feu de dessus les chevaux, et les établit près
des brides et des buffleteries, et à l'abri, s'il pleut. ■ '
D. Pourquoi ôlez-vous les armes de dessus les chevaux ?
R. Parce que si les chevaux venaient à se rouler, ils les briseraient, et les perdraient.
Cela rail, un homme reste derrière les chevaux pour empêcher qu'ils ..e se battent, ce qui causerait des blessures; qu'ils ne se roulent, ce qui briserait les selles; le reste consiruit des baraques , et s il y a du bois, allume les feux devant elles.
J?* «< '« première condition pour la
construction d'une baraque ?
R. C'est qu'elle s'ouvre du côté où sont les chevaux, pour que les hommes puissent toujours avoir I œil sur eux.
D. Et la seconde ?
vent C 6St qU 6116 présenle un M du côlé du D. Et la troisième ?
R. C'est que la baraque soit au vent, et non brûlée VeDtdu feu' afiu qu'e,,e ne ris1ue P38 d'êlre
D. L'auvent une fois établi , que faites-vous ?
«. Je couche sur champ, et reliens avec des piquels, une planche , ou un morceau de bois , à la lace extérieure de la baraque pour relenir la paille sur laquelle se reposent les hommes, alin que cette paille ne communique pas avec le feu, et ne puisse, par ce contact , incendier la baraque.
D, Cela fait, quels soins prenez-vous ?
R. Je place dans la baraque, suspendues à la
tête de chaque homme , sa buffleterie , ses armes , sa bride, et sa besace.
D. Pourquoi mettez-vous là les armes, les buffleteries et les brides ?
R. C'est pour les garantir de la pluie , des accidents, et les réunir le plus à la portée de l'homme.
D. Comment allumez-vous le feu ?
R. Le bois préparé, je bats le briquet , j'allume l'amadou, je le place dans un papier roulé lâche ; j'entortille ce papier dans une poignée de paille, et par un mouvement de va et vient, ressemblant à celui d'un homme qui secoue une salade, j'excite le feu qui allume le papier et la paille.
P. Le feu allumé, que faites-vous ?
R. Je vais à l'eau avec les bidons, et mets la marmite au feu»
Si la marmite est en fer-blanc, j'ai besoin de la remplir entièrement, parce qu'autrement elle se dessouderait.
D. Lorsque les fourrageurs rentrent, que faitesvous ?
R. Le fourrage, les vivres, sont mis en commun par feu, et en tas par espèce. Le fourrage est donné aux chevaux, par petite quantité, pour qu'ils ne le gâchent pas ; la viande est mise au pot : les services sont distribués sur l'ensemble de l'escouade. Tel garde les chevaux; tel leur donne à manger, tel les bouchonne, tel soigne la soupe , tel nettoie les légumes, tel veille à ce que les feux voisins ne menacent pas la baraque, tel retourne au bois, tel au fourrage, tel fait une réparation urgente à l'équipement, l'armement, l'habillement, tel nettoie une arme salie ; tous ont l'oreille à la trompette.
Le service réglé, et les provisions faites, la soupe en train, les chevaux séchés, on donne l'ordre de mener boire les chevaux successivement par peloton, par escadron. Au retour de l'abreuvoir, on
dessangle, on replace les couvertes et les seHes sur le dos des chevaux. Cela fait, on ne laisse plus éveillé quele nombre d'hommes indispensable poor veiller les chevaux , leur donner du fourrage, et soigner la marmite, les autres se couchent dans leurs manteaux et donnent»
A peine la soupe est-elle prête, on éveille l'escouade pour qu'elle la mange, ainsi que la viande : ce qui reste de cette viande est serré avec soin dans les besaces.
Si le jour est venu, et qu'on ne sonne pasàcbeval, on mène boire les chevaux j on visite le harnachement ; on répare ce qui est détérioré ; on panse les chevaux sans les desseller ; on replace les selles sur leur dos. On refait sa provision de fourrage ; on remet une nouvelle soupe au feu, et on dort si l'on peut.
11 faut en campagne manger et dormir toutes les fois qu'on en a la possibilité.
Mais si Von n'a pas sommeil ?
R. C'est égal, il faut tâcher de dormir.
D. Si vous n'avez pas de pain pour mettre dans
la soupe ?
R. Si vous avez de la farine, faites des galettes ou des pâtes, et mettez-les dans la soupe. Si vous n'avez pas de farine, et que vous ayez du grain, pilez-le entre deux pierres, et faites-en des pâtes.
D. Si vous n'avez pas de pois pour faire la soupe ?
R. Faites des grillades avec votre viande, que vous piquez au bout d'un bâton. (Voyez armes.)
D. Comment se compose la garde du bivouac ?
R. De plus ou moins d'hommes, suivant la force
de la troupe bivouaquée, elle ne doit jamais être
moindre de quatre hommes, un trompette, et un sous-oflicier.
D. Où se placc-t-elle ?
R. Au centre du bivouac, près de la baraque du colonel, ou commandant.
D. Quel ai son service ?
R. Elle fournil ud factionnaire à l'entrée du bivouac du côté de la grand'garde.
Lorsque le régiment est réuni, elle est de dix hommes, commandés par un sous-officier, et fournit un factionnaire à l'entrée du bivouac, et un autre qui garde à la fois les armes et le colonel.
Un capitaine est commandé de police.
D. Quel est le devoir du poste?
R. De garder les hommes punis, d'exécuter les consignes de police qui sont données par le chef, de veiller la nuit avec grand soin, de prêter attention à tous les bruits qui pourraient venir, surtout du côté de l'ennemi, et d'avertir, s'il y a lieu, surle-champ, le colonel. Le trompette de garde est la voix du commandement.
D. Le poste est à pied, mais où met4l ses chevaux?
R. Ses chevaux restent dans leurs pelotons, où l'on a soin d'eux.
D. Quels soins prenez-vous pour la nourriture de vos chevaux?
R. Le chapitre Vivres et Fourrages vous l'indiquera.
D. Quel est le nombre d'hommes le plus commode pour un feu et une baraque?
R. Huit à dix, parce qu'une seule marmite peut les nourrir, et que chaque espèce de service a ses hommes eu nombre suffisant. Que les hommes se rappellent bien qu'au bivouac la mutualité des services, l'équilibre des fatigues sont rigoureusement calculés et appréciés, et qu'on n'obtient jamais de son camarade qu'une part de service égale à celle qu'on lui rend.
DBS BIVOUACS. 129
D. Comment vivent les officiers au bivouac ?
R. Entre eux, par escadrons, s'ils soni réunis; 7ils soul isolés, ils onl paît à la m;irmite du soldat; nais dans ce cas, il faut qu'ils ajoutent leurs vivres, il quelque chose de plus, à la inanimé qu'ils ébrè- Aient*
D. Qui est-ce qui construit la baraque des officiers?
R. Les officiers eux-mêmes, aidés des hommes qui en profilent.
D. Qui raccommode leurs effets?
R. Eux-mêmes ou leurs domestiques»
Le chasseur d'un officier ne doit quç panser son
cheval et le nourrir ; s'il fait plus, c'est de corn-
plaisance.
D. Quel est le service d'un officier ou sousofficier au bivouac ?
R. S'il n'est pas commandé pour un service spécial, qui l'isole de son escadron ou de son peloton, il doit dormir moins que ses subordonnés; veiller à ce que les chevaux mangent, boivent , soient bien attachés et ne se battent pas ; à ce que les provisions de fourrage soient suffisantes pour la nuit ; à ce que le harnachement endommagé soit réparé ; à ce que les selles soient replacées sur le dos des chevaux , 5 ce que le paquetage soit refait, s'il est mal établi ; à ce que les armes soient à l'abri ; à ce que les hommes ne quittent pas sans raison le bivouac; à ce qu'ils ne s'y soûlent pas; à ce qu'ils n'y maltraitent pas leurs chevaux ; à ce qu'ils réunissent leurs effets de la manière la plus commode pour être promptement à cheval, au premier coup de trompette; à ce que les anciens ne vexent pas les nouveaux ; à ce qu'il n'y ait pas de querelles; à ce que les ordres du chef soient rapidement et ponctuellement exécutés; à ce que les fourrageurs ne rapportent au bivouac que les cho-
130 DBS BIVOUACS.
ses utiles , indispensables à l'établissement du bivouac , et à la nourriture des hommes et des chevaux.
Si Ton sonne à cheval, les officiers et sous-officiers doivent être les premiers sur le terrain de la réunion de leur escadron, qui est celui où ils ont mis pied à terre. Là ils suivent l'appel, et voient si ce sont bien les hommes nommés qui répondent. Puis ils font une tournée rapide dans le bivouac quitté, pour voir s'il n'y a pas été laissé quelques effets; s'ils en trouvent, ils les font prendre aux hommes qui les ont oubliés.
Quelquefois une troupe qui quitte son bivouac y met le feu ; c'est un tort, parce que le bivouac abandonné peut servir à d'autres troupes ; que le leu, en se communiquant aux environs, peut causer de graves et funestes dégâts ; et que les restes de ces bivouacs peuvent, dans tous les cas , être utiles à de pauvres paysans, déjà ruinés par la guerre.
Il peut arriver qu'il soit politique d'incendier un bivouac; mais il faut attendre pour le faire, l'ordre du chef.
Si l'on quitte un bivouac avant que la soupe ne soit mangeable, on renverse les marmites, mais on n'oublie pas d'emporter la viande et les vases.
Lorsque plusieurs détachements de différents régiments se trouvent bivouaqués ensemble, il est indispensable que les trompettes de chacun de ces détachements aient un refrain particulier ajouté à leurs sonneries : si l'on ne prenait pas cette précaution, les mouvements particuliers de chaque détachement devraient être commandés verbalement, et non par les sonneries.
D. // arrive donc quelquefois au bivouac que les commandements sont faits sans le secours de la trompette?
DBS BIVOUACS. loi
R. Oui toutes les fois surtout, que l'on Teut cacher les mouvements qu'on projette, ou qu'on exécute; dans ce cas, les ordres du colonel sont portés par un adjudant aux officiers supérieurs, qui, à leur tour, les transmettent aux capitaines, et ainsi de suite.