‹ Avant-postes de cavalerie légèreChapitre 2 sur 143 · AUX · texte numérisé non relu

AUX

OFFICIERS ET S.-4)FFICIERS

WJ 8» DE CHASSEURS.

En rentrant au servioe après qainzc d'absence, comparer ce qui est avec mes souvenirs.. a été pour moi un travail curieuK et intéressant. J'ai reconnu en massé d'importantes améliorations j mais, je l'avoue,

je n'ai pas trouvé la cavalerie prête pour la guerre, et j'ai remarqué, même avec tristesse, que les traditions, surtout de détail, utiles, indispensables, s'étaient dangereusement effacées.

Depuis quinze ans on a beaucoup écrit ; mais on a fait des livres. Us ont déroulé l'histoire de la guerre, l'ont rappelée aux généraux, et la modeste instruction du cavalier en campagne a peu gagné à leur lecture.

J'en excepte un petit nombre d'écrits, et entre autres ceux de M. le général Laroche- Àymon, qui, vraiment cavalier léger, a fort utilement ajouté aux instructions de Frédéric. Il est dommage que cet officier général, dont les ouvrages ne sont que le résumé de ses judicieuses observations sur le vrai terrain, n'ait pas fait une complète théorie élémentaire du cavalier en campagne, théorie qui fdt devenue règle et livre classique, et qui eût ainsi comblé la lacune que chaque chef de corps cherche* aujourd'hui que la nécessité est là, à remplir 4e son mieux.

En attendant cet ouvrage que je désire

ardemment, pressé par la guerre qui semble s'avancer à pas de géant, prenant pour base ce que vous avez appris en paix, puis fouillant dans mes souvenirs, que le Manuel Laroche- Àymon me sert souvent à classer, je rassemble à la hâte, et sous la forme la plus simple et la plus facile pour la mémoire (celle non pas d'une théorie, mais bien d'une conversation), le résultat des principes que j'ai émis devant vous lors de nos réunions classiques.

Le bien petit nombre d'entre vous qui a fait la guerre me jugera en retrouvant ses souvenirs; le reste apprendra ce qu'il ne sait pas, et se servira de cette instruction comme d'un mémento qui, dans l'occasion, lui rappellera ce qu'il pourrait oublier, et aplanira, je crois, pour lui quelques difficultés.

L'esprit d'ordre qui vous a régi depuis quinze ans, vous a fait le bien qu'il pouvait vous faire j il a préparé la terre à recevoir, maintenant il faut semer. La rigidité et la multiplicité des devoirs qu'il vous a imposés yous a fait agir plutôt que réfléchir. En

guerre, la réflexion la plus soutenue doit marcher d'accord avec l'action. Les pures machines, telles parfaites qu'elles soient, peuvent devenir inutiles, dès que Tordre de leur action se dérange; qu'un cas imprévu se présente, leur mouvement s'arrête. En guerre., presque tout est imprévu; en cavalerie légère, où l'homme est souvent livré à lui-même, toute action doit marcher d'ensemble avec la réflexion.

Le tort des théories existe dans leur sécheresse ; le pourquoi semblerait ne pas leur appartenir, et ce pourquoi est cependant l'âme de notre action. C'est de ce pourquoi que nous causerons ensemble aujourd'hui, afin que les exemples que nous présentera l'action, ne soient perdus, ni pour le présent, ni pour l'avenir.

En paix, vous avez vu comment les choses se faisaient; maintenant vous allez voir pourquoi elles se font.

La guerre seule apprend la guerre. Les exercices classiques auxquels nous venons de nous livrer ne sont qu'une théorie plus ou moins parfaite, à laquelle il manquera

une application, tant que nous ne serons pas en campagne.

La guerre multiplié les positions et presque toujours d'une manière instantanée, inattendue, surtout pour le cavalier lèj^ër ; elle présente les mêmes Faits sous thiHe aspects différents : il s'agit dôtic moins de fixer d'avance le regard de la pensée sur tel ou tel point, que d'habituer généralement ce regard à bien voir, à bien juge**, ë ne pâs s'étonnèr ët à sàislr le plus prorrtptetaënt les moyens utiles en toute circonstance.

11 faut naître cavalier léger. Aucun état n'exigé autiant de dispositions naturelles, un génie de guërre inhé, autant que celui d'officiër de troupes légères. Lés qualités qui font l'homme supérieur, Vintellitjencè, la volontêetlaforcby doivent se trouveir rëunies en lui. Constamment livré à lui-même, exposé à des combats fréquents, répondant, nonseulement de la troupe qu'il commande, mais encore de celle qu'il protège et éclaire, l'emploi de ses facultés môfalés et physiques est de tous les instants. Le métier qu'il fait est rude, mais les occasions de s'y distinguer

8 BXPOSITION.

sont de tous les jours : glorieuse compensation qui paie d'autant plus richement ses peines, qu'elle fait plus tôt connaître tout ce qu'il vaut.

Je vous ai souvent cité le général Curély, sous-lieutenant avec moi en 1807; il était général en 1813.

Mais en 1806, à 20 lieues en avant de notre armée, et à la tête de 20 hussards du 7«, il avait porté la terreur dans Leipsick, où se trouvaient 3,000 Prussiens.

En 1809, à 15 lieues en avant de la divi-

sion dont il faisait partie, et à la tête de 100 chasseurs et hussards des 7e et 9e, il traversait inaperçu l'armée Austro-Italienne, que son but était de reconnaître, et pénétrait jusqu'au milieu de l'état*major de l'archiduc, général en chef.

En 1812, à Pobsk, à la.tête de 100 chas^ seurs du 20e, il enlevait 24 pièces de canon à l'ennemi, et faisait prisonnier le général en chef de l'armée russe.

Eh bien ! cet homme si vaillant, si intrépide, si adroit, si fort de volonté, si prompt, si sûr de pensée dans ses entreprises hardies,

lorsqu'il commandait un détachement, en était à la fois le médecin, l'artiste vétérinaire, le sellier, le cordonnier, le cuisinier, le boulanger, le maréchal-ferrant, jusqu'à ce que, rencontrant l'ennemi, il se montrât le soldat le plus remarquable de la grande armée.

Lorsqu'il se présentait dans une affaire, les hommes qu'il commandait étaient toujours plus reposés, plus prêts à combattre que les autres, et leur action s'en ressentait.

Etait-ce un homme comme celui-là qu'on pouvait mesurer à la toise de tout le monde, et retenir sous le niveau que les médiocrités rivales ou supérieures de grade appuient toujours si pesamment sur les têtes distinguées? Curély servait depuis quinze ans, et toujours en temps de guerre, lorsqu'on lui donna l'épaulette. Pourquoi l'avait-ii attendue si longtemps? C'est que ceux qui pouvaient la demander pour lui ne s'étaient pas trouvés d'assez haute taille pour le reconnaître. Il végéta jusqu'à ce qu'un colonel, homme d'une nature semblable à la sienne, k jugeât et renversât la barrière qui le com-

ty) EXPOSITION.

primait. Son avancement rapide ne fut donc qu'un acte de stricte justice. Car si précé-

demmeat il avait été si lent, la faute en

était aux autres.

Si j'appuie sur ce fait, ce n'est que comme exemple et avertissement. Nulle part plus qu'à l'armée, l'homme ne doit étudier plus consciencieusement l'homme sous ses ordres, et tirer parti de ses qualités particulières. Nulle part aussi la justice qu'il lui rend ne doit être plus entière et plus dépouillée des petites niaiseries d'amour-propre indignes d'un noble €œur, et qui deviennent un tort grave et souvent irréparable, lorsqu'elles entravent bassement le génie, et privent la patrie des services qu'il aurait pu lui rendre. L'ancienneté est un titre sans doute, et un titre très respectable, mais il n'est pas le premier. Le,s armées dans lesquelles on lui a donné trop d'importance ont toujours été battues, tandis que celles où le mérite n'a pas été invariablement soumis à sa pâle exigence ont toujours été victorieuses. A mérite égal, elle doit l'emporter.

Eu 1815, Curély se retira ; son âme n'é-

tait pas de celles qui savent se ployer; eftë était blessée, malade, elle consuma sa vie et s envola, il y a peu d'années, pour se réunir à celles de ses nobles frères d^armes,

morts sur les champs de bataille de l'empire, ou sur les échafàuds de la restauration. Une croix de bois marque la place qu'occupe son corps dans le cimetière du petit village qu'il avait quitté trente ans avant , comme simple soldat volontaire.

Pourquoi la mort n'a-t-clle pas attendu? il aurait secoué la poussière du drapeau caché sous son humble paillé. tTn champ dë bataille, au jour d'une victoire, un étendard pris à l'ennemi, étaient le seul tombeau, le seul linceul dignes de luï.

Curôly était pour moi le type du cavàlîèr légér. Pendant trois aiis, j'ai fait là guerre à ses côtés, et son exemple et ses conseils resteront éternellement gravés dans ma mèmoire et dans mon cœur. C'est en l'étudiant que j'ai jugé tout ce qu'il faut de qualités pour être officier distingué dè cavalerie légère ; et si, plus tard, livré à moi-même, j'ai eu quelques petites affaires heureuses, je les

ai dues souvent à l'étude, à la présence des souvenirs qu'il m'avait laissés.

Pour être bon officier d'avant-garde, il ne suffit pas d'être brave et de bien commander au feu; il faut avoir amené le plus d'hommes possible jusque-là, et les y présenter dans le meilleur état d'y donner un coup de collier. Cette seconde partie de notre instruction indispensable n'est pas la plus brillante, mais est , peut-être , la plus importante; elle ne s'acquiert pas en garnison et exige une foule de conditions.

Habitude de juger la santé des hommes et des chevaux ; connaissance des prompts remèdes applicables dans certains cas ; visite journalièreet scrupuleuse du harnachement; connaissance des réparations à y faire à temps; visite de l'équipement et des réparations qu'il nécessite ; approvisionnement de tout ce qui peut être utile à l'homme et au cheval, sans trop charger le cheval ; paquetage bien entendu; régularité des allures dans les colonnes de marche; bonne açsiette des bivouacs, surveillance continue de tout ce qui peut y toucher à la santé des chevaux;

indication des moyens de se passer momentanément d'an maréchal ferrant ; théorie de l'emploi des outilsque renferme une troussej science de l'à-propos pour manger et dormir; étude du moral des hommes sous nos ordres ; discipline maintenue qui empêche les cavaliers de raisonner, lorsqu'ils n'ont plus à craindre ni salle de police, ni prison j surveillance qui empêche constamment de dépenser inutilement les forces du cheval ; exemple personnel à donner dans toutes les positions, et à donner avec d'autant plus de constance, que les positions sont plus pénibles pu difficiles; confiance entière, dévouement, élan à inspirer à ses cavaliers: voilà ce que les théories de la paix n'apprennent pas, voilà ce qui, joint au courage, au coup-d'œil militaire, à la promptitude de jugement sur les champs de bataille, fait l'officier vraiment distingué.

La paix vous a appris beaucoup de choses; les exercices multipliés auxquels elle vous a livré ne seront pas perdus pour vous , parce qu'ils ne trouveront pas tous leur ap-

Digit

pjication. Vous retiendrez, surtout, de ces classes laborieuses qui ont brisé vos volontés etvps corps, Fesprit de discipline et l'adresse individuelle à manier vos armes et vos chcvaux, base fondamentale de toute tactique. Nous trierons^ dans le reste, ce qui est indispensable de ce qui est moins utile; et nous rassemblerons toute notre attention,

aujourd'hui divergée sur beaucoup de détails„sur les points principaux qui doivent Uoccuner tout entière.

La guerrey me disait un jour le général Lassalle* est, au* soldat qui n'est pas sorti de sa garnison :j ce qu'est le monde au jeune homme qui quitte tes bancs des écoles; ce qu'est l'application au précepte.

, La paix a donné de mauvaises habitudes au cavalier léger, qu?il faudra qu'il perde en campagne : la facilité , l'obligation même d'envoyer les objets d'habillement, d'équipement, d'armement aux ateliers des ouvriers, pour la plus légère réparation j la cuisiné faite en commun par escadroti; l*habitude ridicule dé' souffrir jusqu'à' dfes barbiers dans les escadrons, etc., etc. $ em-

pèchent l'homme d'apprendre à se suffire à soi-même.

La grande quantité d'effets inutiles qir'it possède, ces pantalons d'ordonnance qu'il porte à pied, quand il fait froid, ces pantalons de toile pour l'été, ce luxe d'effets qui n'est bon qu'à l'habituer à ne pas soigner son pantalon basané, et 5 motiver l'emploi d'un énorme porte- manteau qui éreinteson cheval, sera laissé, sans doute au dépôt au premier coup de canon.

Aujourd'hui l'équipement d'un chasseur ou d'un hussard semble conçu seulement pour servir à un complet déménagement de garnison à garnison. Je ne puis m'em pêcher, je l'avoue, de m'élever contre l'idée anti- militaire qui a présidé, il y a quelques ânnées, à celte création (1). L?6fficier de ca-

;^ : — rrrrrr

r (1) Ne faudrait il pas mille fois mieux, si Ton tient à ce qu'un soldat possède une si riche garderobe , avoir des caisses qui suivraient le régiment, lors de ses changements de garnison , et dans lesquelles on mettrait tous les effets qtfun cavalier ne doit porter qu'en temps fie paix. Le pôiît de ces

valcrie qui a fait la guerre ne sait que trop qu'un vaste porte-mantean est bientôt vidé en campagne, non par l'usage des effets qu'il contient, mais par la perte prompte de ces efFets. Si le porte-manteau restait vide ensuite, il n'y aurait que demi-mal, car ce serait une pure question d'argent, et les chefs de corps en seraient quittes pour un vilain paquetage; mais il n'en est pas ainsi : le cavalier remplace toujours les effets inutiles qu'il a jetés par toutes les guenilles qu'il trouve et qu'il n'aurait pas songé à ramasser, s'il n'avait pas eu de place pour les mettre. Un porte-manteau de cavalerie légère, qui peut contenir plus de deux chemises, une trousse, et sous sa patte, une paire de bottes, est non-seulement inutile , mais même dangereux. Moins un cavalier a d'effets, plus il les soigne, plus il est propre,.

caisses coûterait peu de chose et éviterait le double inconvénient de blesser le cheval , de Péreinter inutilement et de forcer le paquetage à des enveloppes disproportionnées avec sa véritable et utile destination.

plus il est disponible. Les chasseurs de la garde impériale ont fait sous mesyeux, toute la campagne de Russie, avec un dolman et un seul pantalon hongrois en drap.

Un des malheurs attachés à l'état de paix, c'est que ni le cheval, ni les armes d'un cavalier ne sont à lui. Les hommes à pied du régiment, et dont le nombre est considérable, allant ktoujours à l'emprunt pour leur instruction , salissent les buffleteries et les armes , saccadent les chevaux, et détruisent ainsi l'intérêt, l'instinct si puissant de propriété, que tout homme a toujours pour ce qui n'est touché que de ses seules mains.

J'ai vu souvent, dans l'ancienne armée, des cavaliers refuser des congés, pour que leur absence n'autorisât personne à monter leurs chevaux et à se servir de leurs armes.

De cet esprit de propriété découle les plus utiles et les plus nobles conséquences ; en temps de guerre il est entier,- rien ne le blesse, rien ne l'attaque; l'homme est le seul maître de ce qui lui a été confié au départ de la garnison j sou cheval et ses armes

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fonj partie dç lui-ipême ; la mort ou un tort très grave qui mérite la flétrissure, peuvent seuls l'en déposséder. Si j'avais été assez heureux poqr vous commander en guerre, comme j'ai eu l'honneur de le faire en paix, j'aurais observé religieusement le droit saçré ^e chacun à cet éga^rd , et la dernière des recrues , qui aurait eu soin de son cheval, n'eut été démontée pour personne, pas même pour l'officier le plus utile du régiment ||ui aurait perdu le sien.

C'est pour vous préparer à la science-pratique des ayant-postes, que j'ai tracé ces souvçnirs, çet espèce de manuel que je vous offre, et que je l*ai fait précéder de ces réflexions, qui sont, en quelque sorte, leur préface. Depuis neuf mois que j'ai l'honneur de vous commander, ou plutôt d'être le chef de notre famille, nos efforts communs ont été couronnés 'de succès puisque le régiment, détruit par le passage de ses vieux soldats dans un autre corps, compte aujourd'hui neuf cents cavaliers prêts à entrer en campagne. Ces résultats sont l'ouvrage de votre zèle : qui sert aussi bien en

temps depai?, doit être l'honneur de l'armée ; en temps de guerre.

Je ne puis copier cent fois ce manuscrit, pour le remettre à chacun de vous; je Je fais donc imprimer pour m'éviter bette peine. Quant à sa rédaction, je l'abandonne à la critique. Je n'ai pas voulu faire un livre, mais bien être clair et instructif. J'ai cru, surtout, que la promptitude de rédaction ajouterait à l'utilité du précepte, et j'ai jeté à la hâte sur le papier mes souvenirs qui s'offrent là comme dans ma mémoire. Aussi, je vous le répète, ces pages ne sont pas une théorie, une rédaction de ce que j'ai entendu dire, mais bien un récit de cé que j'ai vu, une conversation qui doit être consultée plutôt qu'apprise; qui n'a nullement la prétention surtout de se faire répéter mot à mot. Selon moi, le mot à mot n'est bon, n'est indispensable que pour les classes; pour le reste, il est la science des médiocrités, qui trouvent toujours plus commode de faire travailler leur mémoire, que leur jugement.

Plusieurs points vous paraîtront, peut-

être, trop minutieusement traités ou répétés, cela est possible : si j'ai eu ce défaut, je m'en consolerai, parce qu'en fait d'instruction, il vaut mieux trop dire que pas assez : d'ailleurs, attendez à l'application pour juger en dernier ressort, peut-être alors me reprocherez- vous le défaut contraire.

L'étude est l'arsenal dans lequel vous puiserez vos armes, au jour de l'action. Etudier avec soin aide à penser et à agir vile ; et penser et agir vite est le secret de l'officier modèle. Nulle part aussi bien qu'en cavalerie légère ne se trouve l'application entière de ce mot d'un grand homme : La promptitude c'est le génie.

L'instruction théorique ne se donne qu'avec des entraves que renverse l'action de la guerre. La froide méthode qu'elle nécessite gêne et comprime les rêves brillants d'une jeune imagination, qui n'a été entraînée dans notre carrière, qui n'a aperçu de loin qu'une action sur un champ de bataille. Souvent aussi, ce jeune homme qui , plus tard, sera l'honneur dç nos avant-postes,

placé à son début sous la verge plombée d'un caporalisme de tous grades, qui ne raisonne pas le pourquoi des choses, se dégoûte, parce qu'il ne trouve pas d'écho à sa pensée bouillante, et n'aperçoit qu'une formule, où tout autre lui ferait reconnaître un fait. Qu'il apprenne toujours patiemment ce qui lui est montré; plus tard il en fera l'application. Àupremier coup de canon, ses coudées seront franches, il secouera la poussière du manège et de la chambrée j sa poitrine respirera largement; ses yeux n'apercevront plus d'horizon! mais les théories apprises régleront ses mouvements qui puiseront leurs facilités dans leurs préceptes. Cet avenir est peut-être près de lui aujourd'hui. Qu il se rappelle la semelle de plomb attachée au cothurne de la recrue romaine.

En fait d'instruction, on n'est riche au jour de l'application, que lorsqu'on est trop riche. Dans ce grand jour, il est trop tard pour apprendre et il est temps de choisir le nécessaire et d'oublier l'inutile. D'ailleurs, la guerre présente tant de chances diverses,

se complique de tant de positions, que Ja réserve de notre instruction peut trouver aussi son application inattendue; et si cette application se rencontre, ne fût-ce qu'une seule fois dans notre vie, elle paie une annce de peines.

Quand les hommes de mon âge arrivèrent au bivouac, ils ne savaient rien, et nos études d'école militaire nous faisant fanlassins, nous débutâmes en tristes cavaliers. Notre éducation se fit sous les coups de sabre qui décimèrent souvent nos rangs ignorants et maladroits. Notre bonne volonté, notre enthousiasme ne suffisaient point. A chaque pas, nous étions arrêtés par celle fataie ignorance; il nous manquait ce que vous avez, la théorie. A force de peines, nous devînmes plus cavaliers que vous ne l'êtes, et moins peut-être que voûs ne le serez! Nous avons eu sur vous l'avantage de ces beaux jours tfléna, de tftiedland, de Wagram , à'Eylau, de Mojaisk, qui ont endurci nos corps et formé nos jugements. Soldats du grand capitaine, acteurs dans le plus sublime des drames, nous avons pu comparer

les raisons pratiques de la victoire et des revers. De grands jours luiront aussi pour vous y espérons que vous n'étudierez que dans le livre de la victoire.

Votre ami ,

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