DES RAPPORTS
pendant plusieurs jours une abondante nourriture a un corps d'armée.
.« Je n'ai à regretter la perte que d'un chasseur, le nommé Rochdu 6« escadron, tué d'un coup de pistolet en entrant à Neustadt ; six autres ont cte blessés, mais pas assez grièvement pour ne pas revenir avec moi. .
« Il est de mon devoir de signaler à la bienveillance du général, la bonne conduite du détachement et de citer particulièrement, MM. Campenet, lieutenant ; Lorenlz, sous-lieutenant , les maréchaux des logis, Labarre du 5e escadron, Guéridon du 2e escadron (déjà légionnaire), Cannois, du i9 et Cuvilly, du 4% les brigadiers Audebrandet Bouverot, du 5«, et le chasseur Vitay, du b:
« Labarre, Guéridon et Vitay ont été blesses en faisant prisonniers les trois officiers que je ramène. . , .
m Cannois, Cuvilly et Audebrand ont attaque les
premiers avec une rare intrépidité. ^ « Bouverot a sauvé la vie à un de ses officiers,
çt à deux de ses camarades. »
Le capitaine commandant le détachement,
SignéM#
D. Les rapports des avant-gardes diffèrent-ili beaucoup de ceux des reconnaissances ?
R. Ils n'en diffèrent pas pour tout ce qui est topographie, et renseignements sur l'ennemi, mais de plus ils rendent compte d'une manière détaillée des mouvements militaires, et de l'établissement des troupes. amums a*
D. Les rapports des amere-gardes différents
de ceux des avant-gardes ?
R. Us sont semblables à ceux des avant-gardes, pour le compte rendu des mouvements militaires, et de l'établissement des troupes , mais comme le terrain est connu, ils ne parlent que succinctement
DKS RAPPORTS. 205
de sa configuration, et seulement en ce qui est relatif a la partie tactique de la guerre.
Les détachements proprement dits, les cantonnements doivent aussi des rapports-, on peut les régulariser, les rendre faciles et concis, en traçant d'avance le modèle suivant, que le colonel remettra à tous les chefs détachés.
DÉTACHEMENT OU CANTONNEMENT DE"\ Rapport du 5 au 10 janvier.
REÇU. Un ordre de Pétat-major, relatif à'** et daté du *\ ENVOIS. Le chasseur M à l'hôpital.
PUNITIONS. Les chasseurs*" et punis
de quatre jours de salle de 4^ / police, pour s'être enivrés et avoir maltraité leurs chevaux. Le chasseur *** mis à pied pour être arrivé trop tard au rassemblement.
PERMISSIONS. Une permission de Vingtquatre heures, accordée au maréchal des logis *** pour aller à *k*
SERVICE. Un brigadier, et quatre hommes de garde de pojiee sur la place.
ÉVÉNEMENTS. Les chasseurs"* et"* se
sont battus ; *** a été blessé d'un léger coup de sabre au bras. Le cheval n° 1 172, s'est tué en tombant sur la glace.
MUTATIONS. Le trompette "#, parti pour
2106 DttS IlrtÔftTS.
retat-major , remplacé par le trompette. *"*
DEMANDES. Qu'un chirurgien Vienne
la revue de santé.
SANTÉ DES HOM. Elle est bonne.
SANTÉ DES CHEV. Elle est bonne.
OBSERVATIONS. Le* écuries sont mauvat-
SÔS • les fourrages sont Abondants et de bonne qualité. Les habitants montrent de l'insolence.
Le Capitaine commandant le détachement de
Signé
DIS COMMANDEMENTS, etc. 207
Des Commandements à la Guerre, des Positions à prendre sur la champ de bataille ; des Mouvements à y exécuter «
D. Quel doit être le premier soin <f un officier commandant ?
R. C'est d'habituer ses hommes à la plus silencieuse attention dès que le garde à voua a élé prononcé. Il obtient d'autant plus facilement, dans les circonstances graves, cette indispensable condition, qu'il inspire plus de conliance et d'affection.
D. Et le second?
R. C'est d'exiger que chaque officier, chaque sous-officier, cavalier, soit exactement a sa place de bataille , et ne la quitte sous aucun prétexte.
D. Que doivent-être les commandements ?
R. Clairs, nets, et surtout faits à propos.
D. Pourqu'un commandement soit clair et né/, c'est à-dire qu'il parvienne parfaitement d'un bout de la ligne à l'autre, et y parvienne aussi bien à la fin qu'au commencement d'une affaire?
R. Il faut que celui qui le fait Calcule trois choses :
1° Quelles sont les cordes de sa voix, les plus sonores, et qui se fatiguent le moins par l'usage.
2° La portée de sa voix ;
3° La valeur des causes accidentelles qui peuvent influer sur le choix de la place d'où les commandements doivent partir pouf être mietfx et plus généralement entendus, tels qué le lès
obstacles physiques, le bruit du canon, la rupture des lignes, la distraction du soldat par les événements graves et partiels qui le menacent ou l'occupent, etc.
D. El Và-provos du commandement ?
R. Ah! c'est là l'expression du génie de la guerre! c'est le cachet de la science toute entière ! L'officier qui commande à propos, c'est le limonier qui, dans la tempête, donne le coup de barre à un pas de l'écueil, et sauve le navire ! C'est de cet à-propos que peut dépendre le succès ou la perte d'un régiment de cavalerie légère, «on honneur ou sa honte.
D. Qu'est-ce qui donne Vinsiinct de Và-propos? R. D'abord une nature forte, qui ne s'étonue de rien, et calcule d'autant plus froidement, que la partie qu'il joue, semble plus compromise; ensuite l'habitude d'observation, de tous les moments, qui nous met au courant de l'ennemi, comme si nous étions dans son camp, dans ses rangs, daus l'âme de ses chefs et de ses soldats, qui sur un seul mouvement de cet ennemi, nous fait la confidence de tous ceux qui vont suivre.
Il est des officiers qui croyent devoir se faire une vo ix factice, pour le commandement, ils ont tort. Il n'y a aucune nécessité à ce qu'un ton de commandement soit grave, et pourvu qu'il ne soit pas ridiculement aigu, son unique condition est d'être sonore. Une voix factice a deux inconvénients; le premier est de se fatiguer vite, le second de va* rier. En guerre le premier est très grave, et le second ne l'est pas moins, car il est mille circonstances pressées, inattendues, ou dans une mêlée, la nuit, etc. Il faut que la voix du chef soit reconnue à l'instaut même où elle se fait entendre.
Il faut habituer nos hommes aux inflexions invariables de notre ton de commandement; ces inflexions seules, dans certains cas, sont pour l'oreille
DBS COMMANDEMENTS, BTC. 209
qui leur est accoutumée une indication prépara- <oire des mouvements qu'on exécutera, et de la rapidité qu'on devra leur imprimer.
Ainsi, par exemple, si vous voulez arrêter lentement votre troupe dans une marche en ligne, pro longez votre commandement préparatoire d'e*cadrons; si vous voulez, au contraire, l'arrêter vivement, enlevez sèchement ce même commandement.
Uue habitude d'autant meilleure à prendre eu guerre, qu'on commande une troupe plus nombreuse, c est de joindre le geste au commandement. Ainsi, par exemple, dans le cas cité plus haut, au commandement d'escadrons, élevez perpendiculairement votre sabre; à celui de huile, abaissez-le, et que ces mouvements participent du plus ou du moins de verve de votre commandement.
Si vous commandez un mouvement pour gagner du terrain à droite ou à gauche, à votre commandement de peloton à droite ou à gauche, indiquez avec votre sabre le côté sur lequel vous allez marcher.
Cette habitude une fois prise, peut être d'une grande utilité dans certains cas où commandant plusieurs escadrons, le vent emporte notre voix du côlé opposé à la troupe, où l'éloignemenl, le bruit ne permettent pas de nous entendre; notre geste
supplée alors puissamment au commandement ineqleudu, et décide b lui seul un mouvement important. r
Lorsque le commandant de plusieurs escadrons veut rompre sa ligne par pdqtons à flroite ou à gauche, et marcher, ou faire rélrogader celle Jigno par pelotons .famUour à droite ou à \imchet il »o faut pas quo la commandement do m Wdîit quM fulrcf soit oussi auemta que n*)* dlf|uo l'ordonnance pour les âYuiullona do paix, 01
par conséquent se profère en même temps que celui des commandants d'escadrons ; H faut qu'il parte immédiatement après le commandement de marche de ces commandants d'escadrons. Celle promptitude est d'autant plus utile, dans ce cas, que l'inégalité du terrain de guerre ne permet pas une régularité de mouvement aussi mathématique^ que dans une cour de quartier, que des escadrons peuvent s'attendre et des mouvements floiter; tandis que s'il est indiqué d'avance, l'attention des commandants d'escadrons ne se portera plus que sur l'exécutiôn, qui gagnera nécessairement de simplicité, d'ensemble et de rectitude.
Le Mlent du manœuvrier sur un champ de bataille consiste à être toujours en mesure ; à n'être jamais serré défavorablement malgré lui par l'ennemi, et à profiler de tous les accidents de terraid, de tous les événements qui peuvent asso- * rer sa supériorité. C'est une partie d'échecs qu'il joué, pour la gagner, il faut tout bien voir, et n'aventurer ses coups que lorsqu'on a mis toutes les chances pour soi.
Aussitôt que l'officier a bien vu, il doit arrêter son plan, et prendre à l'instant son parti.
En guerre, le plus mauvais parti qu'on puisse prendre* est de n'en prendre aucun ; l'hésitation est pire que l'ignorance, elle est le cachet de la (aiblesse.
La partie n'est jamais perdue ; car souvent une résolution audacieuse subjugue la fortune. C'est au génie à juger de ce qu'il peut entreprendre, et de ce qu'il doit s'interdire.
Sur un champ de bataille ouvert, longtemps avant d'avoir croisé le sabre, le véritable manœuvrier connaît son ennemi. La rectitude, l'ensemble, les bonnes dispositions de ses mouvements, leur calme sous le boulet ont déjà donné la mesure exacte de ce qu'est le chef, de ce qu'est le soldat, auxquels
I a affaire. Que ces indications ne soient pas perues et aient une haute influence sur ses cfétèffliïations.
Songeons que l'opinion que nous concevons de adversaire, cet adversaire la concevra de nous, lus nous la rendrons favorable, plus nous inquiétons cet ennemi, et parviendrons ainsi à le démoraliser avant de l'avoir attaqué sérieusement, i nous obtenons cet immense avantage sur lui,
e toute celle qu'il aura perdue.
D. Sur le vrai terrain, y a-t-il un choix à faire ans les évolutions qu'enseigne la théorie ?
R. Oui certainement ; car plusieurs de ces évoluions, un jour d'action, peuvent nous compro- Qettre dangereusement. Hors de portée de l'eniemi, il n'y a pas de motif à mouvements compli- |ués, et je ne peux trop redire qu'il y faut supprimer tout ce qui fatigue inutilement les chevaux ; •rèsde l'ennemi, il y a encore moins motif à ces gouvernants, parce qu'il ne s'y exécutent jamais vec le calme et la précision du terrain d'exercice, X que nous pouvons être surpris, et taillés en ièces dans une formation hasardée.
D. Qu' entendez-vous par mouvements compliqués ?
R. Tous ceux qui se composent de deux mouements distincts; tels sont, par exemple, les fornations, les changements de front sur le centre, es faces en arrière en bataille, etc.
D. Mais cependant Voccasion peut se présenter Exécuter un face en arrière sur la queue d'une
>olonne ?
R. Dans ce cas, scindez les mouvements. Cornnandez d'abord Pelotons demi-tour à droite, ou à lauche; puis la colonne étant dans la nouvelle dieclion, en avant en bataille; ainsi vous ne crain*
ar ce seul fait, nous
drez ni hésitation, ni erreur, et vous obtiendrez ensemble et sûreté.
D. Quels sont donc les mouvements les p/iw sûrs en guerre ?
R. Tous ceux dont l'exécution est simple et le plus possible d'enstmble; qui exigent le moins de commandements, dont le mécanisme est le plus habituel, le plus ordinaire, et qui, par conséqueu). se font saus obliger à une action trop mathématiquement réfléchie. Ceux enfin qui s'exécuicnipar des manœuvres uniformes de la tête à la queue de la colonne, ou de la droite à la gauche de la ligue.
Ainsi près de l'ennemi, par exemple, il vaut mieux commander pelotons à droite et tête de colonne à gauche y que parpelelons rompez les escadrons.
S'il est dangereux de rompre en colonne noire ligne, à courte dislance de celle de l'ennemi, et de l'exposer ainsi à une attaque de flanc, il faut, si Ton y est forcé, ne pas prolonger, au moins inutilement, la durée de cet état de choses dangereux, ainsi, lorsque vous devrez vous remeltre face en téte, il vaudra mieux commander pelotons à droilt ou d gauche, marche, et halte, que colonne hallt, à gauche ou à droite en bataille, etc. De ceœ manière vous gagnerez de la vitesse, et vous ne vous arrêterez que face en tête.
11 faut s'abstenir de toute contre-marche, et le plus possible de tout mouvement par quatre,^ seul boulet vient bouleverser de manière à ne pins $'y reconnaître. Que le peloton soit l'unité,
D. Vaus avez dit que ï»n devait ne pas exécuter des changements de front sur le centre;^ quoi Içs remplacez-vous donc ?
Rt li'ineonvément nwjeur dos formations ou des tihangameniR de front sur la contre, «t de nécet' «ter quatre mouvements, <*t la marche do colon» lies, ûiusi que des formations, eu, sens inverse la
DtiS COMMANDEMENTS, ETC. 213
mes des autres, ce qui met tout Tordre du régirent à la disposition du sang-froid, non-seulement 'un capitaine commandant, mais d'un chef de pe- Dton, mais même d'une file d'encadrement.
En guerre, vous avez presque toujours plus do lace qu'il ne faut pour vos déploiements, surtout uaud vous êtes en position; les limites mathématiques qui sont assignées à vos mouvements sur le main d'école n'existent plus, aussi vous pouvez [franchir vos coudées; il vaut donc mieux exécuer vos changements de front sur les ailes que sur 3 centre, il vaut mieux même, pour un régiment le deux, trois et quatre escadrons, commander 'ensemble régiment à droite au trot, et pivoter sur 'aile, que de rompre par pelotons à droite et de rous reformer partiellement.
D. Je croyais ce mouvement moins prompt qui %elui commandé par l'ordonnance.
R. Vous vous trompiez; car les points de déiart, d'arrivée, et le terrain parcouru étant les oetnes, il n'y a pas de raison pour cela; mais vous
trouvez au feu un grand avantage, celai d'obéir
un commandement unique, et de rester formés tendant toute la durée du mouvement.
Règle générale, lorsque près de l'ennemi vous :les formés, ne rompez qu'à bon escient, et dans :ette rupture, subdivisez le moins possible votre roupe, de manière encore à ce que chacune de ies portions conserve une force intrinsèque assez réelle pour, dans le cas d'une attaque subite de l'ennemi, présenter une résistance respectable.
Le terrain de guerre diffère de celui de manœuvre, en ce que, sur lui le but n'est plus de faire ies mouvements, mais bien de prendre des positions. Lk disparaît la lettre théorique du précepte, jour faire place au fait grave de l'application.
Ne voyez donc que le but. Si vous pouvez Pateudre en remplaçant des mouvements compliqués
214 DE9 C0HMANDBMWT8 , ETC.
par des mouvements simples, n'hésitez pas à le faire. N'exécutez que ceux que vos hommes savent, pour ainsi dire, trop, et dans lesquels il est impossible à vos officiers, k vos cavaliers, de se tromper: car il faut, je le répète, que votre prévision fasse toujous la part de l'émotion, qui s*harmonie mal avec la difficulté.
Je vais plus loin, et dis, qu'ainsi qu'un homme se sert mieux de sa main droite que de sa gauche, de même un régiment manœuyre mieux par la droite que par la gauche; faites donc votre profit de cette observation, pour les cas pressés, et qui réclament l'intégralité du calme et de l'aplomb.
D. Je croyais que V ordonnance avait tout ci qu'on ne devait exécuter sur le champ de bataille, que les évolutions qu'elle vous indiquait.
R. Il faut exécuter sur ce terrain-là celles que les nécessités conseillent. L'ordonnance n'a pu, ni dû, tout prévoir; considérez la donc comme un type classique, duquel il ne faut pas s'éloigner sans nécessité, mais non comme un complet évangile, hors de l'observation littérale duquel il n'y a p de salut.
Ainsi je vais prendre un exemple qui se rencontre assez fréquemment en guerre. J'adme» que votre régiment marche en plaine, échelon à distances entières, la droite en téte, par escadrons. Un défilé de quelques pas, et de la largeur du front d'un escadron, se présente subite©^1 devant le premier. Il est utile que vous le passif promptement. Commanderez-vous, ainsi q»e k veut l'ordonnance : Escadrons. Halle. — drons en ligne, marche. Puis, Sur le premiers cadron formez la colonne serrée. — Marche* Pu|* enfin, Colonne en avant. — Marche? Ne sera H pas plus simple et plus prompt de commander, sans arrêter, Sur le premier escadron forints h colonne serrée, au froi> marche.
DBS COMMANDEMENTS , ETC. H 5
Ainsi pas de halte, pas de temps perdu ; les esdrons, par pelotons à droite, viennent prendre ace dans la colonne.
Sorti du défilé, si vous le jugez convenable, vous prenez votre marche en échelons, sans arrêter, i commandement de sur le premier escadron en hélons à dislances entières déployez la colonne. e qui s'exécute par les moyens inverses. Si le défilé se présente devant tout autre escaron que le premier, comme vos échelons sont k istances entières, vous pouvez former par les lêmes mouvements la colonne sur cet escadron n doublant l'allure.
D. Quelle est la meilleure position un jour d'af-
lire ?
R. Celle qui nous donne l'avantage du terrain our Pattaque et pour la défense.
D. En quoi consistent les principales qualités
"une bonne position ?
R. A avoir ses ailes appuyées sur des obstacles »e Pennemi ne peut franchir, ses derrières as* urés pour la retraite, et devant soi un terrain ommandè par la position, et qui, en opposant des ifficultés à Pennemi, permet au contraire Pem- W instantané de toutes nos forces.
D. Ne prenez -vous pas ordinairement position
ur des hauteurs ?
R. Oui, parce qu'on y découvre mieux autpur de >0i> que les pentes offrent des difficultés de plus à Ennemi, et que le regard de Pennemi ne plon- ?eant pas sur nous, nous pouvons, derrière le rileau que la ligne supérieure du terrain oppose à ;e regard, établir nos lignes et groupper nos forces ians être aperçus.
, D. Si le terrain sur lequel vous vous trouve» °rcément en position, présente des désavantages? Vous vous hâtez de les reconnnaître, et vous
216 î DES COMMANDEMENTS, ETC*
y rémédiez par une bonne disposition de votre troupe.
D. Quels sont les défauts capitaux d'une jo* t ion ?
R. Une position peut être très avantageuse sur son front, mais n'appuyer qu'une de nos ailes, ce fini est d'autant plus dangereux, que Pennemi nous attaquant par Paile découverte, peut nous jeler sur l'obstacle qui nous défendait, nous y acculer, et nous y détruire. Une position qui n'a pas assci de profondeur ne doit pas être tenue, car il faut à la cavalerie du terrain non-seulement pour se mouvoir, mais pour conserver l'intégralité de sa force d'impulsion lorsqu'elle attaque.
La position la plus désavantageuse est celle qui présente un délilé sur nos derrières; plus ce délîle est rapproché, plus la position est dangereuse. Aussi lorsque vous êtes obligé de passer un défilé en avant, masse? d'avance, et rapprochez de vous vrolre troupe de soutien, de manière à faire une pointe vigoureusement appuyée h la sortie, et portez-vous très en avant, pour que la troupe qui vous suit puisse passer rapidement, sans encombrement, et s'établir de façon à vous soutenir, et à empêcher qu'on ne vous refoule sur le défilé, qu'on ne vous y accule, et vous y détruise.
D. Sur un terrain ouvert que faites-vous ?
R. Je marche, et manœuvre, de façon 5 pouvoir me déployer, et me présenter en ligue rapidement sur toutes faces. Il est bien rare qu'une plaine soit assez plane, et rase, pour qu'il n'y ait pas quelque avantage de terrain à y saisir contre l'ennemi. Un fossé, une barrière, des prés plus humides, (te champs dont les sillons plus profonds font culbuter les chevaux qui les traversent perpendiculairement , de légères ondulations sontv à apprécier quand on en est venu à croiser le sabre ; tirez-en
donc parti pour vous en appuyer, et pour en faire des causes de perte à votre ennemi.
D. Où place-t-on ordinairement la cavalerie légère ?
R. Une fois les lignes formées, sur leurs ailes. D. Pourquoi ?
R. Parce qu'elle les éclaire, et les protège pendant l'affaire ; que de là, elle inquiète l'ennemi, et que, dans un changement de front, sa facilité de mobilisation donne plus de rapidité au mouvement des ailes.
D. Sa place une fois assignée, doit-elle la tenir sans bouger ?
R. Non; son commandant a deux choses à observer : la première est sa position relative dans le mouvement général ; la seconde , sa position particulière» Ainsi, pourvu qu'il remplisse strictement la position d'ordre qui le regarde, dans l'ensemble de l'action, lorsqu'il n'est pas embusqué, il peut exécuter des mouvements partiels, mais courts, soit pour distraire ses hommes des pertes que leur fait éprouver le boulet ; soit, lorsqu'ils y sont exposés inutilement, pour les en garantir, en se servant des ondulations du terrain comme de revêtement protecteur; soit pour masquer son nombre ; soit pour concentrer ses escadrons, s'il prévoit une menace contre l'ennemi, et le besoin d'une nouvelle disposition de déploiement. D. Si le boulet l'inquiète, que fait-il ? R. 11 juge la configuration du terrain qui peut le garantir, et se porte un peu en avant , ou en arrière, ou sur les flancs, i D. Si masqué derrière le rideau qu'il s'est choi- . A, les pièces ennemies, qui jugent sa position, pointent de manière à l'y atteindre encore ? R. Il appuie sur un de ses flancs. Aussi la îneili. teure manière d'exécuter le mouvement dont je parle, soit en avant, soit en arrière, est de descen-
dre perpendiculairement k sa ligne, sur le lieu qu'on choisit ; et, arrivé à l'endroit que Ton ne veut pas dépasser, de se porter par pelotons à gauche ou à droite, à une centaine de pas sur sa gauche, ou sur sa droite, et là 'de s'y remettre en bataille. Les batteries qui vous supposent reformé dans votre ancienne direction, ne changent pas leur ligne de tir, et perdent leurs coups, qui passent à votie droite, ou à votre gauche. Pour mieux tromper l'ennemi, vous ne déplacez pas vos tirailleurs.
D. Devez-vous rester à cheval iout le temps que dure une a/faire ?
R. Non ; comme je l'ai répété plusieurs fois, ménager les forces de ses chevaux pour ne les oser qu'utilement, est un de nos premiers devoirs.
chef, qu'ignorance et pis que cela. De même que pour la garde d'un bivouac, pour la composition d'une reconnaissance, il n'y a qu'un mauvais officier qui commande trop d'hommes de service ; de même, sur un champ debataille,iln9y a qu'un ignorant qui laisse sans nécessité ses hommes à cheval, et exposés sans utilité. Lorsque vous êtes en position, que vous voyez parfaitement clair autour de vous, que l'on ne peut vous surprendre, que le boulet ne peut vous atteindre, faites mettre pied à terre à vos hommes; mais qu'aucun ne quitte son cheval. RappeHez-vous aussi que toutes les fois qu'un cavalier met pied à terre, il doit ressangler son cheval.
D. Si un escadron qu'on a porté en avant pour telle cause que ce soit, et qui se trouve masqué par le terrain, souffre du boulet, que peut-il faire encore ?
R. Élargir ses files, ou même, espacer ses pelotous-
COMMANDEMENTS, KTC. 21 9
D. Ne peut-il pas aussi mettre ses cavaliers sur un rang ?
D. Cela s'est quelquefois fait en guerre, mais urtout dans l'intention de fausser l'opinion de 'ennemi sur notre force réelle; si l'on en agit iinsi, il faut se placer de façon que l'ennemi ne )uisse pas juger que notre second rang nous manliie.
D. Quelle est la meilleure manière de se présenter sur le terrain, un jour d9 a ffaire ?
R. En colonne serrée ; on y trouve six avantages, dont l'ensemble est tout le mécanisme de la science du manœuvrier:
1° De se mouvoir facilement et promptement en tous sens;
2° De masquer sa force; 3° De tenir cette force plus rassemblée dans notre main, pour agir selon les circonstances, et le ter-
rain,
4° De ne déployer que ce qu'il nous faut de monde, et de tenir notre réserve compacte;
5° Si nous sommes plus nombreux que l'ennemi, de le démoraliser par le seul fait d'un déploiement exécuté à propos;
6° De trouver dans le plus simple et le plus prompt mouvement, le déploiement le plus généralement utile, celui en échelons.
D. Comment V ennemi peut-il vous forcer à lui
montrer vos forces ?
R. En vouscanoonant ; parce que dans Tordre profond vous avez trop à perdre sous le boulet, pour ne pas vous déployer au plus vite.
D. Mais si vous avez intérêt à lui masquer une V&rtie de vos forces ?
R. Vous pouvez alors vous déployer sur deux uçnes, et porter immédiatement la seconde en arrière à une assez grande distance, pour que les
boulels dirigés sur la première, ricochent pardessus la seconde.
D. Si vous n'avez qu'un régiment de six escadrons sous vos ordres, quel commandement ferezvous dans ce cas ?
R. Sur le premier et le quatrième escadron déployez la colonne, et les lignes formées, la seconde fera pelotons demi-tour à gauche, se portera à cent pas en arrière, et se remettra face en tête par le même mouvement,
D. Si en colonne serrée vous craignez une double attaque de front et de flanc, que faites-vous ?
R. Je commande :
Colonne, sur le premier escadron en arrière, prenez vos distances ! A ce commandement, tous les escadrons, à l'exception du premier, font pelotons demi-tour à gauche et se remeilent successivement face en tête, quand ils ont parcouru une distance égale au front d'un escadron, La colonne ainsi formée peut se déployer sur toutes les faces, seulement l'escadron devient l'unité.
D. Si, après un déploiement de colonne serrée en échelons, la droite en tête, ainsi que l'enseigne l'ordonnance, vous êtes menacé sur votre flanc gauche, que commandez-vous ? A
R. Escadrons , sur le premier escadron en arrière, prenez vos distances.
Ce mouvement s'exécute comme le précédent ; vos échelons ainsi espacés, si l'ennemi marche sur vous, vous commandez :
Escadrons à gauche et halte, pour lui faire face échelonné ; ou la conversion près de finir , en avant, en ligne.
D. Ces mouvements ne sont pas dans Vordonnance ?
R. Oui, mais ils sont utiles parce qu'ils sont simples, et qu'ils remplissent la grande condition de guerre pour la cavalerie légère, «'est de pouvoir
DM COMMANDEMENTS, ETC. 221
faire face promptement de tous côtés. Quelquefois par des mouvements de guerre pressés, inattendus, l'ordre des escadrons d'un régiment peut s'intervertir. Le premier escadron par exemple après avoir été détaché, peut s'enclaver le troisième dans la ligne de bataille. Qu'il prenne sur-le-champ le n° 3.
L'escadron de manoeuvre n'est pas plus V escadron administratif que la batterie, qui fait feu sur l'ennemi n'est la batterie administrative. Déshabituez-vous donc de les confondre ensemble.
Ne jamais manœuvrer intervertie, est un malheur pour la cavalerie légère; car des circonstances impérieuses de guerre peuvent la forcer à le faire sous peine de destruction.
D. Je suppose, par exemple , qu'exécutant une retraite en colonne serrée, la droite en tête, l'occasion se présente de faire face rapidement en arrière, exécuterez-vous une lente contre-marche, pendant la durée de laque lie ï ennemi pourra vous tailler en pièces ?
R. Non. Je ferai pelotons demi-tour à droite ou à gauche.
D. Vous dé ploierez -vous dans cet ordre? R. Oui, certainement, si le cas l'exige.
D. Mais vous serez interverti*
R. Qu'importe les moyens ? l'armée doit-elle plutôt périr qu'un principe ? En agissant ainsi l'exigence ne sera-t-elle pas satisfaite mieux que de toute autre manière ; en une seconde ne feraije pas face à l'ennemi j ne serai-je pas parfaitement prêt à le recevoir ou à l'attaquer ? Seulement je me déploierai en ordre inverse afin qu'au premier demi-tour de mes pelotons, le régiment se trouve complètement remis dans Vordre naturel.
D. Et si en colonne serrée, et les pelotons intervertis par un demi-tour, vous devez rompre par
pelotons, commanderex-vous : par la gauche, par pelotons, rompez les escadrons?
R. Non ; mais par pelotons, rompez les escadrons. Et, les quatrièmes pelotons se trouvant à la droite de chaque escadron, je reformerai ma coonne avec distance en ordre naturel, puisque je marcherai par la gauche du régiment.
1 Notre tort est de confondre toujours la droite d'un régiment avec le premier escadron, et la gauche avec le dernier ; de même que la droite d'un escadron avec son premier peloton, et la gauche avec le quatrième. Aussi lorsque, par une formation forcément intervertie, le premier escadron se trouve à la gauche de la ligne, et les premiers pelotons a la gauche de leurs escadrons, nous ne savons plus quels commandements faire. En cavalerie légère et en guerre, il faut toujours être prêt, et sûr de son fait ; les hésitations sont ce qu'il y a de plus dangereux ; pour les éviter dans la circonstance ci-dessus indiquée, remplissez la lacune laissée par l'ordonnance, en convenant d'avance qu'en manœuvre la droite et la gauche d'une ligne, d'un escadron, tel que puisse être l'ordre partiel de leur formation , seront toujours la droite et la gauche réelles, sans acception de numéros d'escadrons et de pelotons ; et que par conséquent une ligne ou une colonne serrée ayant fait un prompt demi-tour par pelotons pour faire face à l'ennemi, les derniers escadrons et pelotons deviendront la droite, et les premiers la gauche , ainsi il n'y aura plus de doute pour les commandements , et leur exécution.
J'ai vu plusieurs fois, malheureusement, la même circonstance se présenter en guerre, c'est celle où un régiment de cavalerie s'aventurant en plaine hors de portée de ses appuis, s'est trouvé brusquement chargé, tourné, coupé par des forces supérieures, et après une résistance vaillante et déses*
DES COMMANDEMENTS, etc. 223
x pérée, mais une défense défectueuse par l'insuffisance des manœuvres classiques, a été obligé à t une retraite, ou plutôt à un sauve-qui-peut individuel, pendant lequel il a été fort mal traité, avant que des secours aient eu le temps d'arriver pour le , rallier et le soutenir.
D. Si semblable circonstance se présentait de nouveau que ferait-on ?
[ R. A l'exemple de l'infanterie, qui fait front sur
toutes faces, on formerait le quarré.
;l D. Comment ?
R. Il va sans dire qu'un colonel se voyant sur- \ pris en plaine, coupé de ses appuis par des for- , ces très supérieures aux siennes, et ne pouvant t espérer d'exécuter sûrement sa retraite en échelons ou en ligne, se ploie au plus vite en colonne serrée; car il n'a d'espoir qu'en un ordre profond avec lequel il présentera moins de surface, exposera moins d'hommes, et rassemblera mieux tout ' son monde pour faire une trouée plus pesante et plus puissante. Si le régiment composé de quatre , escadrons est en ligne, le colonel commandera.
Sur le deuxième escadron, à demi dis(ancer for- ! mez la colonne serrée. — Au galop. — Marche. Si le régiment est en colonne serrée, il commandera par la queue de la colonne— prenez vos demi distances: — Au trot. —'Marche.
La colonne ainsi formée, il commandera : Sur le 2e et 3e escadrons formez le carré. — Au trot. — Marche.
Au commandement préparatoire, le commandant du 1er escadron commandera :
Croisez lances ou haut le mousqueton.
t Les commandants des 2# et 3« escadrons com- ' manderont: tre division à droite. — 2e division, à gauche. — Au trot.
Le commandant du 4° escadron commandera : J Escadron en amnt , guide à ymche.
Les commandants des lrti divisions des 2« et 3# escadrons commanderont division à droite. — Au trot.
Les commandants des 2es divisions des 2e et 3* escadrons commanderont division à gauche.— Au trot.
Au commandement de marche, répète par les officiers supérieurs, les commandants d'escadrons, et les commandants des divisions des 2e et 3' escadrons, le mouvement s'exécutera.
Les capitaines et les officiers commandants les deux premiers pelotons des trois premiers escadrons, ainsi formés, démasqueront le front en se portant h la droite de chaque escadron, et rempliront le vide des angles du carré.
Les officiers commandant les troisième et quatrième pelotons des trois premiers escadrons, se porteront à la gauche de leurs divisions, dans le même but.
Le capitaine, de serre-files, du deuxième escadron marchera avec la première division de son escadron, celui du troisième avec la seconde du sien : ces deux officiers se placeront au centre des escadrons laléraux.
Le capitaine du quatrième escadron fera obliquer son guide de gauche, de quatre pas à gauche, et commandera immédiatement:
Demi-tour à droite par quatre, et à trois pas des pivois du troisième escadron.
Marche. — Halte. — A droite alignement.
L'alignement de cet escadron s'exécutera eu reculant de deux ou trois pas.
Les officiers du quatrièmeescadron se placeront de la même manière que ceux des trois premiers.
Les officiers supérieurs, et les serre- files du quatrième escadron entreront dans le carré.
Le carré formé, les officiers et sous-officiers
DBS COMMANDEMENTS , ETC. 225
de serre-files commanderont momentanément leurs escadrons, ou pelotons respectifs.
Si le régiment est armé de lances, les lances seront croisées. S'il est armé de carabines, tous les cavaliers des premiers rangs feront haut le mousqueton et ne feront feu de leurs mousquetons et pistolets qu'au commandement des serre- files,
D. Ainsi vous attendrez des secours sans crain* dre que vos cavaliers soient tournés dangereusement; mais dès que les secours attendus seront arrivés, comment romprez-vous le carré ?
R. Le colonel fera mettre le sabre à l'épaule, et commandera.
Garde à vous — pour rompre le carré. — Au trot. —Rompez le carré — Marche.
Au deuxième commandement répété par les officiers supérieurs, et les capitaines en second, les officiers reprendront leurs places de bataille.
Les capitaines des deuxième et troisième escadrons entreront dans le carré, de manière à se retrouver au centre de leurs escadrons respectifs lorsqu'ils seront reformés.
Les officiers commandants du 4e escadron rentreront dans le carré pour reprendre les places qu'ils occupaient avant le demi-tour à droite par quatre. Les serre-files de cet escadron sortiront du quarré pour reprendre les places qu'ils occupaient avant le même demi-tour.
Au troisième commandement répété par les officiers supérieurs, le capitaine commandant le premier escadron commandera escadron en avant y guide à gauche.
Les officiers commandants les lreS divisions des 2e et 3e escadrons commanderont :
A gauche par quatre, et tête de colonne à gauche. — Au trot.
Les officiers commandants les 2« divisions des 2e et 3e escadrons commanderont ;
A droite par quatre; et tête de colonne à droite, au trot.
Le commandant du quatrième escadron commandera.
Demùtour à gauche par quatre.
Au commandement de marche répété parles officiers supérieurs, les capitaines commandants des 1er et 4e escadrons et les lieutenants commandants les divisions des 2e et 3% le mouvement s'exétcuera.
Le premier escadron ayant marché à seize pas s'arrêtera et s'alignera aux commandements que son chef lui fera d'escadron — halte — à gauche alignement.
Les têtes de colonnes des divisions d'escadrons du centre se dirigeront Tune vers l'autre.
Le capitaine commandant du 2e escadron commandera à temps :
A droite et à gauche par quatre — marche — halle — à gauche alignement , et se portera de sa personne à la gauche de son escadron reformé.
Le capitaine commandant le 3« escadron commandera à temps.
A droite et à gauche par quatre — marche en avant , — guide à gauche (à douze pas) halte — à gauche alignement, et se portera de sa personne à la gauche de son escadron reformé.
Le capitaine commandant Je 4e escadron commandera :
En avant, guide à gauche, (à douze pas) halte, à gauche alignement, et se portera de sa personne à la gauche de son escadron.
D. Si vous aviez 5 ou 6 escadrons, pourrie: vous exécuter ce mouvement ?
De même, au commandement de sur Us 2e, 3°, 4° et 5e escadrons formez le carré. Le carré ne serait plus oquilatéral, mais il serait régulier, et présentant un front sur toutes faces, l'ennemi ne
pourrait tourner et sabrer les escadrons par derrière.
La base des talents du manœuvrier en guerre, c'est une telle habitude du terrain, une telle justesse d'appréciation de ses distances, qu'elle devienne pour ainsi dire instinctive, et qu'au premier coup-d'œil elle fixe ses calculs de manière à n'y plus revenir, et à ce qu'un mouvement ordonne soit exécutable sur-le-champ, et sans avoir besoin de le corriger.
11 faut que ce coup d'oeil embrasse à la fois l'espace qu'occuperont les escadrons, et celui sur lequel ces escadrons, une fois formés, auront à agir, soit en avant, soit sur leurs ailes , soit en arrière ; c'est pour cela qu'il faut qu'un commandant marche de sa personne, tantôt à la tête, tantôt sur les flancs de sa colonne en gagnant toujours les sommités des ondulations du terrain, pour arrêter ses calculs : une fois cela fait, il vient se placer au point de commandement.
Une des meilleures manières de connaître le terrain, d'apprécier ses hauteurs, ses bas fonds, ses obstacles, ses facilités, c'est de suivre de l'œil les ondulations, les accidents démarche de la ligne des tirailleurs ennemis. Cette ligne écrit d'autant plus utilement pour l'œil exercé, le terrain sur lequel vous allez opérer, qu'elle le parcourt graduellement daus tout son développement d'ensemble et de détails.
Cette connaissance est si importante et l'observation que je signale est si simple, qu'il faut, dans certains cas pour l'obtenir, (aire pousser une partie de la ligne des tirailleurs ennemis, dont la retraite nous instruit de ce que nous voulons savoir.
Varl de la guerre est , en petit comme en grand, la réunion et l'emploi de forces supérieures sur un point décisif.
Avoir pour soi l'offensive est ce qu'il y a de plua
avantageux parce qu'on oblige ainsi l'ennemi à combiner ses mouvements sur les nôtres, et qu'on le démoralise.
La défensive n'est utile que pour gagner du temps.
Il ne faut jamais prendre de position dans laquelle on puisse nous couper de nos appuis.
11 ne faut jamais se lancer à fond sans être appuyé, et ne faire aucun pas qui, après un revers, puisse nous devenir plus funeste que nos succès ne nous auraient été avantageux.
Le meilleur ordre pour attaquer, est celui en échelons, parce que les lignes se soutiennent suc cessivement ; que leurs fL^cs sont couverts ; qu'il est impossible à l'ennemi de manœuvrer sur nos ailes, sans que nous ne soyons en mesure de le recevoir, et qu'en cas d'échec, notre retraite est disposée et soutenue.
Telles nombreuses que soient les troupes agissantes, il doit y avoir uuité dans leur action, et par conséquent dans la pensée du commandement. Chaque détachement fait partie d'un tout, et ne doit agir que comme membre du même corps. En cavalerie la centralisation d'action en faisant toute sa vitesse, fait aussi toute sa force.
Des Charges.
D. D'où dépend le succès des charges ? R. De l'à-propos.
D. V à-propos est-il difficile à saisir ?
R. Je le répète, la science de V à-propos est le génie de la guerre !
D. Quelles sont les conditions utiles de V à-propos ?
R, 1° De surprendre l'ennemi.
2° De le prendre du fort au faible, lorsqu'il a perdu confiance, ou entamé un faux mouvement.
3° De le rencontrer avec des cavaliers plus unis, et des chevaux plus frais que les siens.
4° Et de tenir avec plus d'entêtement que lui.
D. Que doit faire un chef de corps qui a l'ordre de charger?
R. Arriver à une allure modérée le plus prêt possible, avec ses escadrons alignés, mettre le sabre a la main, et charger immédiatement.
D. Je croyais qu'il fallait mettre le sabre à la main, avant que de se porter en avant ?
R. C'est une erreur. Plus tard vous mettez le sabre à la main, f mieux vous faites. L'effet moral que produit une charge sur l'ennemi est pour les trois quarts dans la réussite imposante et puissante de cette charge. Il faut donc le bien combiner d'avance, et ne rien négliger de ce qui peut le rendre, cet effet, plus surprenant, plus complet.
Si une ligne met le sabre à la main avant de s'ébranler, elle indique trop longtemps d'avance à
l'ennemi ses dispositions, auxquelles celui-ci se
Di
prépare et s'habitue} l'instant de surprise, si puissant en guerre, est passé, est perdu.
"Si, àû contraire, le régiment qui se porte en avant a le sabre dans le fourreau ; s'il laisse l'ennemi dans l'indécision de la gravité du mouvement qu'il exécute, lès lames sorties tout à coup, en étincelant à ses yeux, ne lui permettent plus de réfléchir sur le danger, dont le sentiment l'ébranlé et détermine quelquefois malgré lui sa retraite. Ensuite, Feffet moral produit sur l'ennemi attaqué réagit en raison inverse sur l'attaquant par ce même mouvement.
Le cavalier qui depuis longtemps a le sabre à la main, perd sa fraîcheur de respect et d'enthousiasme pour son arme ; mais si ce même cavalier saisit son sabre à un commandement vigoureusement enlevé de son chef, à l'instant même où il doit s'en servir, il le serre avec plus de force, avec plus d'élan, et en frappe avec plus de verve. Le cavalier qui charge est un être complet, mû par un seul sentiment ç[ui lient de l'ivresse ; ne l'attiédissez pas ce sentiment si prompt, si subit ; en le prolongeant, en le produisant partiellement, vous le tuerex ! Tirer son sabre, appliquer les éperons au ventre de son cheval, frapper l'ennemi, doivent être un !
D. Quel est le devoir des commandants d'escadrons ou de pelotons dans une charge ?
R. Démarcher bien alignés entre eux, et de faire marcher alignées les troupes qu'ils commandent, en appelant par leurs noms les nommes qui retardent, jusqu'à l'instant où le commandement de chargez a été fait. Alors ils ne doivent plus songer qu'à percer les premiers la ligne ennemie.
D. Que font les serre-files dans une charge ?
R. Ils poussent devant eux le second rang, qu'ils forcent à l'alignement, jusqu'au commandement de chargez. Si quelques lâches retardent, ils les ali-
DES CâAkctSi 231
gnent vigoûïeusërhettt. Une fais entré dâtt* là mêlée, leur devoir dé serre-files cesse, et ils sabrent à leur tour,
D. Les hommes j en chargeant, doivent-ils crier?
R. Oui, ils doivent crier en avant! mais seulement au commandement de chargez. Ce cri doit doit être proféré le plus haut, et partir le plus ensemble possible.
D. Comment doit charger un cavalier?
R. Courbé en avant sur son cheval pour se masquer par son encolure, offrir moins de surface aux coups de feu, moins envisager le danger, et donner plus d'élan a son cheval. Cette première position ajoute aussi plus de puissance à l'effet moral que le cavalier produit, lorsque joignant l'ennemi en criant, il se relève subitement de toute sa hauteur et de celle de ses étriers raccourcis, et lui apparaît menaçant. *
D, Une fois la charge engagée, que doit faire le chef du corps ?
R. L'exciter par le commandement et par l'exemple, puis rassembler sur-le-champ quelques cavaliers solides qui, placés en rangs et faisant ferme contenance, deviennent le noyau de ralliement.Sila charge pousse en avant, ce noyau marche avec elle ; si elle se change en retraite, ce noyau se retire plus lentement, en ne se laissant pas entamer: son exemple ralentit la retraite, la réunit, et lui fait promptement reprendre l'offensive.
D. Faut4l charger promptement ?
R. Les attaques les plus promptes sont toujours les plus sûres, et les moins dangereuses pour ceux qui les exécutent. 11 faut les pousser avec plus dé persévérance sur tel ou tel peuple , qui plus ou moins qu'un autre, aventure sa cavalerie.
Une lois les Hongrois et les Prussiens en retraite* U n'y a pas de milieu* où il faut se décider & leur
Digi
tenir l'épée dans les reins ou à abandonner sur-lechamp sa charge en se ralliant ferme.
D. Quelles sont les meilleures charges ?
R, Celles qui prennent l'ennemi de flanc, en ce qu'elles lui font un double mal, en le démoralisant d'abord, et ensuite en le renversant par la force d'impulsion qui est toute à votre avantage. C'est une charge semblable que fit avec tant d'intelligence et de bravoure le colonel Bro à Waterloo, lorsqu'il reprit sur la brigade Ponsonby une de nos aigles enlevée par les Anglais.
D. // faut donc ménager V allure de ses chevaux avant d9 entamer la charge ?
R. Oui; et une fois la charge sonnée, n'avoir plus qu'une allure, le galop.
D. Sur l'infanterie, que faut-il faire ?
R. Charger rapidement et à fond; si l'ennemi se déconcerte, que les lignes flojtenl, que les rangs s'ouvrent, entrez! s'il se serre, présente ses baïonnettes, et que la peur l'empêche de charger ses armes, tournez autour du carré, que vous menacerez de toutes parts; étourdissez-le, et criez lui prisonnier : ce mot s'entend dans toutes les langues. S'il s'ébranle, entrez; s'il se rend, plus de coups de sabre, mais armes jetées, division immédiate des hommes, et conduite en arrière.
Si, au contraire, garanti par un obstacle que vous n'avez pas aperçu, il vous reçoit froidement, ne s'ébranle pas, et qu'il recharge ses armes, vous ne pouvez espérerile l'entamer, revenez à toute bride, en baissant le dos, vous rallier hors de portée de ses balles, pour le menacer de nouveau dans son premier déploiement. Agir autrement est sot amourpropre et ignorance de la guerre.
D. Si vous chargez de ^infanterie en ligne ?
D. Tâchez de la prendre par une de ses ailes; vous recevrez peu de coups de fusils, vous la ploierez en désordre, et vous en aurez bon marché. Si
vous ne le pouvez pas, et que sa ligue soit étendue, percez celte ligne sur son centre.
D. S'il faut charger un carré?
R. Anaquez-le par un de ses angles.
D. Pourquoi?
R. Parce que l'ennemi n'aura contre vous que des feux obliques, qui sont moins dangereux que les feux directs.
D. Quelle est la force de pesanteur d'un cavalier lancé à la charge ?
R. Le poids du cavalier lancé, augmenté de sa vitesse, complète une masse de 370 kil. qui peut et doit tout renverser!
D* Quel moment choisit-on pour charger Finfanterie?
R. Celui où elle fait un mouvement en ligne, ou en colonne avec distance, ou bien celui où elle a été ébranlée par l'artillerie.
D. Si Von charge de Vinfanlerie en colonne, quel instant choisit-on ?
R. Celui où sa colonne s'allonge, où le terrain que vous avez à parcourir pour arriver sur elle est facile pour vos chevaux; vous prenez alors cette colonne par son flanc, et le perçant, vous divisez ses extrémités.
D. Si F infanterie se rend, que faites-vous ?
R. Après lui avoir fait jeter ses armes, vous l'en éloignez le plus rapidement possible, et formez vos escadrons entre elle et les forces ennemies qui pourraient tenter de la reprendre.
D. Si la cavalerie ennemie menace d'une charge, que fait- on?
R. Vous lâchez de prendre prompteraent une position en avant de laquelle il se trouve quelques obstacles qu'elle n'aperçoit pas; vous la laissez s'abandonner sur vous, et quand elle arrive à ces obtacles, qui l'étonnent et la désunissent, vous la chargez à votre tour, et profitez de son désappoin-
ââ4 DES tefcÀR&ÊS.
temettt et dé ses embarras physiques pour la renverser sur un tekraih qtii lui est défavorable.
D. Si le terrain iCùffre pà$ d'obstacles?
R. Vous jugez d'urt cofcp d'oeil Si la distance à laquelle l'ennemi entame sa charge test trop grande; dans l'intérêt de l'enserhblfe et de la vitesse de son attaque; éi l'ennemi a Fait cette faute, vous l'attendez de pied ferme, et le chargez vigoureusement quand Ses cavaliers essôuflés arrivent k vous. C'est ce que nous exécutâmes à Waterloo conta1 la brigade anglaisé Ponsomby.
D. Si l'ennemi ii'a pas prii trop d'espace?
R. Vous vous ébranlez quand il est au quart de sa charge, et le chargez à votre tour.
D. Pourquoi?
R. Pôur avoir mie fbrfce d'impulsion égale à la siettne, et uh ensemble d'un quart supérieur,
D. Si c'est de la grosse cavalerie qui vous attaque?
R. Dès que vous jugez Son ptojèt, Vous vous ployez rapideriteM en colonne serréfe sur une ou plusieurs colonnes, selon le temps que vous avez* vous, au connhândement sur le troisième escadron, formez la c'olônhe serrée, au galop, ou sur le p+ mier et le quatrième escadrons, formez les colonnes serrées, au gàlop; puis, chargeant en colonne le centre de la ligne lancée, tournez bride aussitôt qtoe vous l'avez percée, et vous déployant et fcisatlt demi-tour, prenez par derrière ces gros et lourds cavaliers que vous enveloppez et dont vous avez bon marché un à Un.
Il est encore une manière de recevoir les charges de grosse cavalerie. Dès que l'ennemi s'ébranle, en supposant que vous ayez quatre escadrons, t«i faites exécuter aux deux premiers un petoton i droite, au galop, en avant; puis léte de colonne, à jgauche, puis pelotons* à gauche et chargez. Les deux derniers escadrons font pelotons à gauche,
BiS fcHàRGfeS, 235
au galop en avmt^ tête de colonne à dràitè, peloions à droite, et chargent. Ainsi les gros cavaliers, qui ne peuvent changer facilement leur direction, passent dans l'intervalte que vous aviez ouvert, et, pris par leiiirs ailes et en quéuè, se tirent difficilement de la position critique dans lâqtielle ils sé trouvent. Cette attaque séra d'autant meilleure, si notre seconde ligne, démasquée par notre mouve* ment, se porte en avant, tu charge dte front les cuirassiers.
Il faut pour ces mouvements, comme pour presque tous ceux qui nécessitent de la rapidité d'exécution, et des commandements qiri sortent de là série ordinaire* il faut, di$-je, que le chef les prévoie quelques instants d'avance, et prévienne les officiers de ce qu'il va ordonner, en indiquant à chacun ce qu'il devra faire dans tel ou tel cas. S'il ne prend pas cette précaution, il risque de û'être ni compris, ni obéi.
D. Dans les cas ordinaires, qu&lle est là meilleure manière de charger ?
R. Par échelons. En cas de succès , le premier échelon ébranle, le second enfonce l'ennemi, les autres ne s'engagent qu'autant qu'ils sont utiles. En cas de revers, les derniers échelons offrent toujours un point d'appui, et rendent la confiance aux premiers poursuivis.
D. Avant de charger la cavalerie , que doit- m faire ?
R. La tâter, comme un maître d'armes habile tâte son adversaire datos un assaut^ la manoeuvrer par des mouvements de flanc bien simples, de pelotons à droite et à gauche, mais en maintenant ses distancer, pour reformer la ligne bien pleine et unie au premier ordre.
Menacer ses ailes, et si l'ennemi s'ébranie par un mouvement maladroit et trop compliqué, saisir
l'instant qui ne dure que quelques secondes, et charger à fond.
Une manœuvre que j'ai vu toujours employer avec succès, lorsque deux lignes s'observent sans bouger, et attendent l'une et l'autre l'instant de l'attaque, c'est de ployer rapidement en colonne par pelotons un de nos escadrons des ailes, et de le lancer ainsi en avant au grand trot, perpendiculairement, k cent pas de l'aile de la ligue ennemie; avec ordre de la déborder, et aussitôt, par un mouvement de pelotons à droite ou à gauche, de se reformer en bataille, et de tenir bon. Rarement l'ennemi ne s'ébranle pas sur cet escadron isolé, qui fait diverger sa pensée et l'inquiète ; alors, s'il bouge et prêle le liane, vous entamez la charge avec vos derniers escadrons, et vous avez de grandes chances de réussite. Ce mouvement est en petit toute la guerre.
Si tandis qu'une portion de notre troupe charge l'ennemi, une autre menace sa retraite, on est sûr de le démoraliser, et vous êtes d'autant plus fort contre lui, que la pensée de vos combattants est une, et que celle des siens est dédoublée et divergente.
D. La théorie ordonne de charger les pièces en fourrageurs ?
R. La manière est bonne sur un terrain parfaitement uni, et lorsque les pièces sont aventurées. Mais ce que ne dit pas l'ordonnance , c'est que, même sur un terrain uni, il faut, avant d'essayer une charge sur les pièces, faire reconnaître ce terrain par quelques tirailleurs hardis et bien montés, qui ne sont pas assez nombreux, et qui sont trop éloignés les uns des autres pour redouter que l'ennemi perde sur eux un coup de canon. Sans cela on risque d'être arrêté court avant d'atteindre le but, et de revenir sans résultat autre que ses pertes. C'est cette précaution que prit le général Col-
bert à Wagram, lorsque l'empereur lui ordonna de charger sur le centre ; et c'est elle qui, sauvant sa brigade d'une perle sans résultats, lui permit de remployer, une heure après, à concourir si brillamment à la victoire.
Tous les terrains en guerre, et surtout ceux sur lesquels on place les batteries, ne sont pas unis ; l'élévation utile au pointage des pièces, indique assez généralement des bas-fonds f des chemins creux, des ravins, des mouvements en avant d'elle, et dont il faut, avant tout, profiter pour garantir sa marche, et rapprocher du but, à l'abri de la mitraille, le point de départ de sa charge. Ensuite, plus que dans tout autre cas, la promptitude fait le succès.
Un soin utile encore, c'est, si les pièces que vous chargez sont soutenues par de l'infanterie, de diriger votre charge de manière à tenir ces pièces intermédiaires entre cette infanterie et vous :1a crainte de tuer les canonniers, suspendra le feu de la mousqueterie.
La meilleure manière d'enlever des pièces, surtout sur un terrain onduleux, c'est de les menacer d'une fausse attaque avec la moitié de votre troupe, et de les couper avec l'autre.
D. En arrivant sur les pièces, que faut-il faire?
R. Charger vigoureusement la troupe de soutien , rabattre ensuite sur les canonniers , sabrer, ménager les soldats du train, les faire tourner lestement bride aux pièces, et soutenir leur retraite avec intrépidité et ensemble.
D. Si les soldats du train mettent de la mauvaise volonté et ralentissent V allure dans l'espoir d'être repris?
R. Leur tenir la pointe au corps.
S'ils n9onl pas peur ?
R. Les jeter bas; puis quatre cavaliers prendront par la bride les deux chevaux de téte et les
Di
238 râB ttiAtui.
deux du tittibii pout les diriger ; d'flrtrfeS cavaliefj frapperont à coups de plat de sàbrê sur lés éweJ des chevaux, et gagneront ainsi du terrain.
D. S'«l est impossible de contetver les pieWj que faut-il faire ?
R. Les tliéoHciéhs drdoftneut de les enclouer; pour cela, il faut avânt la charge, préparer des clous-et des marteaux ; mais si nos cavaliers n'ost pas eu cette précautloti, il faut tout simplement tâcher dé renverse* les pièces dans un ravin, enlever les ôvànt-traiBS, ou brûler la cervelle aux chevaux, briser Ifes écouvillons, puis céder dans l'instant; et ne pas se rallier trop loin, pour revenir dte suite éii force tâcher de reprendre les pièces.
D. Comment charge-t-on sur une roule ?
4 R. Si C'est pour percfer une ligne, et se déployer ensuite sur ses derrières, vous former votre colonne en hiasse, Sur le front que permet la largeur de la route, et vous chargez en colonne. Celle manœuvre peut être considérée plutôt comme un passage de défilé que comme une Charge proprement dite 5 car dans ce cas, la charge n'est que secondaire, et ne sert qu'à faire la trouée.
D. Et Èi lê projet n'est pas de percer la ligne?
R. \'ous prévoyezla retraite, et dans ce cas, règle générale, vous formez vos escadrons en colonne, a de grandes distances (cent pas, par exemple). Vous ne donnez a vos colonnes que l'épaisseur de la moitié de la largeur de la route, afin que les & cadrons en retraité aient de la place pour pàsttr sans renverser leur troupe de soutien. D'avance vous prévenez les escadron* qui se retireront, d'aller feuccessivenlent sfe former à cent pas en arrière des derniers escadrons ; [puis, vous ordonnez que les colottftes partielles, ainsi formée*, appuieront toujours leurs flancs droits au fossé, laissant libre, à leUfr gauche* [la portion dé rouie qui doit servit à la retraite des escadrons ramenés.
l/escadron gavant-garde espace ses <}eux premiers pelotons à cinquante pas Pun de l'autre j la deuxième division de cet escadron reste unie. Vous ordonnez ensuite que tant que Ton marchera en avant, les colonnes partielles marcheront à l'allure de la tête, en maintenant leurs distances entre elles ; mais que s'il est forcé à la retraite, les colonnes s'arrêteront court , toujours à leurs distances. Que, dès que l'escadron de tête se retirera, celui qui le suit immédiatement, à l'instant où il sera dépassé par lui, se jettera sur l'ennemi, qu'il refoulera, et s'il réussit dans sa charge, reprendra l'offensive , et ainsi de suite pour les autres- De cette manière, les chevaux frais , et ayant repris haleine, se trouveront toujours attaquant avec une impulsion neuve, un ennemi essoufflé. Vous ordonnez aussi que les colonnes serrent les unes sur les autres à la sonnerie du ralliement, afin que si vous veniez à être menacé sur yos flancs, vous réunissiez lestement vos forces.
Ces ordres donnés et bien compris, vous vous placez de votre personne, à la tête du 1er escadron, et vous entamez la marche. Vous lancez voire premier escadron, s'il est ramené, vous lancez le second, et ainsi de suite. Si le terrain s'ouvre et permet qu'on se déploie, vous faites sonner le ralliement, et vous échelonnez sur les côtés de la route, en conservant sur elle une colonne pour appuyer votre retraite ep cas pressé. Si l'ennemi attaque par le flanc, vous sonnez de même le ralliement, faites face sur la route ayant le fossé pour vous garantir , et manœuvrant même, si les localités vous en donnent la facilité, et en indiquept la nécessité.
D. Que doit faire un colonel de cavalerie qui prévoit qu'il chargera bientôt ?
R. S'il le peut, faire ressangler ses chevaux, et boire la goutte à ses hommes»
Quelquefois , il n'y a pas de mal pour donner du nerf h ses cavaliers, s'ils ont à charger contre Rnfanterie , ou l'artillerie , de les exposer quelques instants aux balles des tirailleurs, et au boulet. Une troupe qui a souffert, charge avec plus de vigueur qu'une autre. Non-seulement elle a une revanche à prendre, une vengeance à tirer, mais il est alors (acile de lui persuader que charger est souvent moins dangereux que de rester en position, et qu'un coup 1 de collier prompt et vigoureux, la débarrassera de la longue fatigue qu'elle éprouve à servir de cible et à se perdre tristement ainsi en détail, sans résultat pour sa gloire, ni pour sa vengeance.
Un général au plus haut mérite, et de la plus grande et juste réputation, celui auquel on doit te succès d'Iéna, m'a dit souvent que lorsqu'une affaire se préparait, il taquinait par système ses officiers, et que cet éperon leur donnait encore plus d'élan, lorsqu'il les jetait sur l'ennemi. Cela étant on peut donc en tirer la conséquence qu'il M qu'un officier de troupe légère qui voit arriver l'instant où il portera des coups importants,! tienne ses subordonnés en haleine, et monte graduellement leur gamme morale à la hauteur des, circonstances, qui ne les étonneront plus dès qu'elles se présenteront dans toute leur gravité, e< contre lesquelles ils auront l'ensemble intégral de leurs facultés: calme pour juger, élan pour agir.
Règle générale : lorsqu'une charge est bien entamée, poussez-là à fond, et tenez bon, vous réussirez. En toutes choses il y a croissance, apogée et décroissance ; cette vérité aussi morale que physique, vous indique naturellement votre devoir raisonné, et vos chances de succès. Une charge* sa minute d'élan, sa minute démêlée, puis celle d'hésitation, et celle de retraite. Soyez fermes pendant la seconde et la troisième minute, la victoire est à vous; et si vous en profitez bien, cette fois.
l'ennemi ne prendra pas sa revanche de toute la campagne, il sera démoralisé.
En 1806, je traversais la haute Silésie, avec le 7e hussards duquel j'avais l'honneur d'être souslieuieuant ; à quelques lieues de Ralibor, je rencontrai les ruines d'un vieux château gothique; elles étaient peu intéressâmes sous le rapport de Fart, et je nie retirais, lorsque au-dessus d'une porte, je vis grossièrement sculptés, deux cerfs se tenant tête sur un troue d'arbre jeté sur un torrent. Au-dessus était écrit en vieil allemand. Le plus persévérant remporte. Cette devise me frappa, et n'est jamais sortie de ma mémoire. Qu'elle soit la vôtre a l'heure d'une charge.
Ce qui prolonge la tenue d'une charge, ce qui double sa vigueur, c'est la confiance inspirée par la proximité des troupes de soutien. Qu'on ne l'oublie jamais. Que ces troupes, telle allure que marche l'attaque, suivent aussi rapidement qu'elle, en ne s'arrêtant qu'avec elle, et pour se poster près, et menaçantes. Presque tous les demi-tours des charges ne sont dûs qu'à la mollesse, ou à l'ignorance des troupes de soutien. Une charge mal soutenue, telle bravement qu'elle ait été entamée, n'est qu'une sanglante échauffourée. Une charge bien soutenue, est toujours victorieuse et décisive! Rappelez-vous qu'en raccourcissant la retraite d'une charge, par la proximité des points d'appui, vous annulez la retraite.
J'appelle troupes de soutien* non-seulement la première ligne qui suit et appuie une charge, mais Ken les lignes qui s'échelonnent en arrière, et qui viennent rapidement, et a courtes distances, s'emparer des positions, au fur et à mesure qu'elles sont enlevées.
Si l'on n'exécute une charge que pour reconnaître l'ennemi, et le forcer a se déployer, il est
mutile d'avoir une réserve j mais dès que cette at-
Di
taque est le fer dyune flèche qui doit entrer et se ficher, il faut que les troupes de soutien emboîtent la charge.
Si J-officier qui commande une charge ne permet pas k ses cavaliers de calculer d'avance leur retraite, et ses obstacles, c'est parce qu'il l'a calculée pour eux. C'est pour cela qu?il doit se garder le plus possible de développer son front en avant d'un défilé, d'un marais, de fossés, etc.