DE L'OFFICIER
sienne, et sa confiance celle qu'il donne; mais cette confiance bien intime, entière, instinctive, qui fait dire au soldat dans toutes les positions : il est là , ça suffit.
Un chef qui ne tient pas ses hommes dans sa main et qui ne les meut pas tous comme un seul homme, est indigne de sa position.
C'est sur le champ de bataille qu'est la récolte de ce que l'officier a semé ; mieux il a servi précédemment, plus il s'est fait une réputation de jus* lice, de fermeté, de courage, d'instruction, de soin pour ses hommes , mieux sur le champ de bataille iJ réunit en faisceau toutes les volontés pour les changer en une seule, la sienne.
Il ne doit y avoir qu'une volonté dans un corps, celle du chef; cela est indispensable sous peine de perte de toute discipline, et de prompte démoralisation du corps.
Le plus grand malheur qui puisse arriver à un régiment, après la lâcheté de son chef, c'est l'ignorance et la paresse de ce même chef ; car les influences et l'intrigue marchent toujours à leur suite.
Le chef qui s'imagine qu'il dérobe la connaissance de ses faiblesses au soldat, est un niais. Le soldat le connaît mieux qu'il ne se connaît luimême ; qu'il emploie donc son temps à corriger mais non à cacher ses faiblesses.
L'égoïsme du chef est non-seulement un défaut, mais un vice qui ternit ses plus brillantes qualités et lui ôte les trois quarts de sa puissance morale sur ses subordonnés.
Le chef qui ne se persuade pas que lui c'est son régiment, et qui au jour des privations ou des récompenses s'isole pour ne penser qu'à soi, reste isolé, il y est condamné.
pans une affaire , au plus fort du danger, le chef doit reconnaître froidement les plus braves ; après
l'affaire i! ne doit se reposer que quand ils ont été récompenses. 1
Au bivouac, en face de l'ennemi, le chef doit dormir moitié moins que ses subordonnés ; les règlements militaires en lui accordant plus de chevaux qu'à tout autre officier lui indiquent ses obligations de vigilance et de fatigues personnelles.
Tout je temps que dure une campagne le Tepos lui est interdit, et il ne doit jamais plus veiller que lorsqu'il fait dormir ses hommes; il y va de son fyonhenr.
Après une affaire, si les blessés sont apportés au bivouac, le chef doit les faire placer à côté de sa baraque, pour surveiller les soins qu'oïl leur accorde, s'ils manquent de paille leur donner la sienne.
Dès que des prisonniers sont faits, le chef doit les prendre sous sa protection spéciale et adoucir leur position par des mots rassurants et des soins; s'ils sont blessés, les faire panser avec ses propres blessés.
Si un détachement d'un autre régiment, cavalerie ou infanterie, est adjoint au régiment, le chef doit aller quelques pas au-devant de ce détachement et lui donner devant la troupe des marques empressées de fraternité, l'exemple sera bien vite suivi , et ce détachement fera partie de la famille.
Dans la campagne de I809; un bataillon du 7e d'infanterie lécère fut détaché avec le 7e hussards dont je faisais partie; cette infanterie fut reçue à bras ouverts par nos hussards; l'amitié que conçurent ces deux corps fut si vive, qu'après s'être dit: que 7 et 7 fesaient li, les hussards répondaient au qui vive : IIe hussards , et l'infanterie : 14e d'infanterie légère ; cette fraternité trouva vite l'occasion de se prouver, car nous fûmes attaqués à quelques lieues de Ratisbonne par des forces très supérieures, et nous aurions succombé sans la
^uîu^litp ^lan et de dévouement cju'çlle jc^oiis
Des chefs qui ont reçu Tordre d'entrer dans leurs bivouacs lambinent souvent pour le fairè'? ét tandis qu'ils usent ainsi inutilement le temps et les forces de leurs chevaux , d'autres régiments mettent pied à terre, s'installent et accaparent les fourrages et les vivres; c'est une double faute 'de la pari du chef du régiment dépouillé, cette faute n'est pas sans une grande influence sur l'çsprit des hommes.
Chez le véritable officier de guerre il existe une prévision qui lui fait juger d'avance parfaitement les baltes de sa division, de sa brjgqdé, et le bivouac qu'occupera son régiment ou son détachement; s'installer promptement ou lentement, se placer à cent pas h droite ou à gauche, près ou loin d'un bois, d'un ruisseau et surfont d'un village, n'est pas indifférent; de ce choix à la longue dépendent les forces d'un régiment. A égal mérite deux chefs dont l'un saura bien et l'autre mal installer ses bivouacs, le premier à la fin d'une campague comptera sous ses ordres de nombreux cavaliers en état, tandis que le second ne sera plus suivi que de quelques chevaux affai-
Souvent dans les colonnes qui vont à l'ennemi, deux régiments se coupent et se prennent de querelle; c'est presque toujours la faute du chef; s'il a l'ordre de se porter en avant, qu'il longe la colonne parallèle à la sienne ; s'il doit la couper qu'il envoie prévenir sur-le-champ le commandant de cette colonne, ou plutôt qu'il aille le lui dire lui-même; tout alors se fait régulièrement et l'on évite, de réginient à régiment, des haines qui souvent ont de tristes et longues conséquences.
La responsabilité d'un chef de corps léger est un rude fardeau pour celui qui apprécie à leur juste
valeur la gravité de ses devoirs; souvent le salul de l'armée entière lui est confié, et dans toute cir- J constance, la vie de ses hommes, l'honneur de son étendard, sont entre ses mains. Un colonel de troupe légère, en entamant une campagne doit réunir d'abord ses officiers, puis ses sous-officiers, et leur rappeler leurs devoirs et la confiance dans laquelle il est, qu'ils les rempliront avec la vigueur, Pintelligence, l'activité, la conscience indispensables.
Il doit leur montrer en perspective les récompenses qui leur reviendront , et qu'il fera tout pour leur obtenir.
Puis leur déployer l'échelle générale de responsabilité hiérarchique et les prévenir quMl demandera à chacun d'eux l'entier accomplissement de ses devoirs.
Que celui qui, soit par négligence, soit par ignorance, ne sera pas a la hauteur de sa position, comme il y va de la sûreté générale et de l'honneur du régiment , il le privera aussitôt de son commandement pour le mettre en serre-files ou l'envoyer sur les derrières.
Ces paroles données, il les tiendra religieusement avec un grand zèle pour faire obtenir les récompenses, et une inflexibilité de fer pour l'application des punitions. j
En présence de l'ennemi, l'officier ne doit jamais quitter sa place de bataille, ne serait-ce même que pour appuyer légèrement à droite ou à gauche. Cette obligation lui est imposée par les besoins du service ; elle lui est conseillée par cet instinct, ce fatalisme que chaque soldat possède toujours. J'ai connu des officiers blessés grièvement de coups de boulets reçus lorsqu'ils étaient hors de leurs places, et qui, retirés depuis dix ans, me disaient encore avec amertume , « si j'avais été à ma place , cela ne me serait pas arrivé • » Vécus-
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sent-ils cinquante ans encore, cette idée les poursuivra constamment. Ils rapporteront à cette faute les malheurs de toute leur vie.
Les routines de la paix ont donné de détestables habitudes à l'officier; elles lui ont persuadé que lorsqu'il n'encourait pas les arrêts par un retard aux appels, que lorsqu'il commandait un peloton tant bien que mal à la manœuvre, il était officier, et que le temps queneluiprenaientpas ces devoirs de caporal, il pouvait l'employer, le consommer, l'épuiser intégralement au café. Cette conviction lui a été donnée surtout par les droits exhorbitants qu'on accorde à l'ancienneté.
En vertu de cette loi qui tue tout amour-propre, tout désir de mieux Taire , le plus médiocre est sûr de primer le meilleur, sans tenter le moindre effort; aussi dans les régiments, aujourd'hui, la grande affaire pour un officier n'est pas son savoir et son zèle, n'est pas même les notes des inspections, c'est sa place sur le contrôle d'ancienneté. La guerre renversera brutalement cette erreur de la paix.
Tel homme est né général , tel autre caporal ; il faut que la destinée de tous deux s'accomplisse ; c'est une loi de justice et de devoir que la conscience de tous deux sera la première à établir.
Tel officier peut être sous-lieutenant et lieutenant de chasseurs, ensuite il doit passer dans les cuirassiers ; tel autre doit quitter au plus tôt la cavalerie de réserve pour commander un escadron de hussards. Tel autre, ne doit jamais être colonel, tel autre, sous-officier aujourd'hui , doit enjamber les grades, et ne s'arrêter qu'à la tête d'un régiment. Mais il faut un prétexte, même à la justice, et la guerre seule peut le donner.
Que l'officier se prépare, qu'il s'instruise , s'il veut parvenir, qu'il emploie tous ses instants à fouiller son métier dans ses moindres détails : qu'il
sache foire tout ce que fait un cavalier; qu'en garnison son colonel s'assure s'il sait panser un cheval , nettoyer ses armes et son harnachement; on ne peut pas commander ce qu'on ignore.
Que celui qui veut être véritablement officier au lieu de perdre son temps au café, se rapproche des hommes qui peuvent l'instruire; qu'il fréquente les diverses infirmeries à l'instant des visites journalières des médecins cl des vétérinaires, qu'il suive leurs pansements; qu'il cause avec les hommes distingués , avec les soldats qui ont bien vu la uerre et que renferme le régiment ou la garnison ans laquelle il se trouve qu'il regarde avec soin ■ chez les maîtres ouvriers, comment se confectionnent ou se réparent le harnachement, l'habillement et l'armement; que sans fausse honte , il mette lui-même la main à l'œuvre; celte instruction lui sera de la plus grande utilité en campagne, ' l'empêchera d'être jamais embarrassé, et le fera choisir pour commander tous les détachements qui s'isolant longtemps du régiment, et opérant a part, lui acquerront honneur et juste avancement.
• S'il a I avantage de se trouver dans la même garnison que des troupes d'autres armes, qu'aux instants de liberté que lui laisse son service, il courre au plus vite dans les arsenaux, sur ces ouvrages qu'élève le génie militaire, au polygone de notre artillerie, sur le terrain de manœuvre de l'infanterie, là seulement il prendra les rapports relatifs des armes entre elles, il jugera les difficultés et les possibilités de l'attaque et de la défense, en appréciant les vitesses des formations, les distances du tir , etc.
Et si sur la frontière, ou pendant un armistice, des troupes étrangères se trouvent en face de lui ; .qu'il les visite à leurs avant-postes, à leurs bivouacs, à leurs casernes: sur leurs champs d'exercices, et (me son coup-d'œil militaire retienne fidè- II un : 2iiH> ë'jTbinora 89a fcntn iùivjm uobi<u
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lement les améliorations qu'il reconnaît chez elles, et dont il enrichira les siens a son retour. , Enfin que l'officier ,se rappelle que l'aptitude est le droit, et que nialgré tout, le droit triomphe toujours.
Un des plus grands bonheurs que doive ambitionner un officier au début de sa carrière, c'est de faire partie d'un ré&inient qui sert bien , et de se trouver sous les ordres de chefs instruits et habiles; que le jeune officier aiusi heureusement placé 5 ne se dépêche pas d'enjamber ses? premiers grades. Tout est étude et étude fructueuse pour, lui; qu'il en profite pour s'inslruire à fond, il verra plus tard qu'il n'a pas perdu son temps, car n'importe, où l'élèveront sort et sa bonne réputation, * loutjui paraîtra facile; les premières levons ont nue Haute influence sur toute noire carrière.
Ën toute circonstance ne frappez jamais que sur le chef, il est responsable de tout; eu agir autrement serait insulter le commandement et commettre une injustice. Si ùn cavalier est mal tenu, punissez sou capitaine; s'il est mal instruit punissez le capitaine instructeur; s'il ignore ce qu'il doit faire ^ tel ou tel pqstfc, punissez le chef de poste. L'impulsion ne part jamais que de la léle, c'est la tête qu'il faut punir; celui qui n'en agif pas ainsi se crée un mondé de tracasseries inutiles, arrête l'action de toutes choses, détruit la discipline, dégoûte le commandement , et se déconsidère en prouvant qu'il ne çait pas servir.
Le regard des officiers diffère de portée ; iel officier a celui du champ de bataille, tel autre du détail de régiment ; à celui-ci rien n'échappe de ce qui touche & Fai rangement, et a l'organisation intérieurs. L'olûcier vraiment supérieur possède les deux regards; mais comme l'officier vraiment supérieur est rare , que le chef confie donc toujours les spécialités à ceux qui y sont aptes , sans eu-
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terrer cependant pour cela des hommes utile» et actifs de manière à nuire & leur avancement mérité, et de manière aussi à ce que le reste des officiers ne puisse prendre aucune connaissance pratique de la portion de service confiée aux spéciaux.
Quelquefois un corps d'officiers ou de sous-officiers est mou, sans énergie, sans action, sans élan : c'est presque toujours la faute du commandant du régiment ; mais quelque fois aussi cela peut dépendre de deux ou trois meneurs de différents grades, qui se sont établis chefs de meute, que leurs camarades ont reconnus pour tels, et qui donnent ' le ton et la mesure. Que le chef reconnaisse la cause de ce fait destructeur de tout service et plus tard de toute discipline, et qu'il la fasse cesser sur le champ. On ne peut pas plus commander un régiment sans verve , que le plus habile des pilotes ne peut gouverner un vaisseau en pleine mer, lorsqu'aucun vent n'enfle ses voiles.
Un des malheurs attaché à la position de chef, ce sont les restrictions qu'impose la dignité de cette position, à l'expansion entière de l'amitié pour ses inférieurs; celte amitié qui trouverait si doux, lorsqu'elle a reconnu le mérite, l'attachement, de les placer à sa propre hauteur , d'établir entr'eux et soi une fraternelle et complète égalité, aux instants où le repos de service ne vient pas rappeler forcément les grades.
Quelquefois un bon cœur qui souffre de son isolement se laisse aller à cette faiblesse si douce et dans le fond si honorable , car elle est basée sur l'estime; le cœur a raison, le chef a tort, surtout si les inférieurs qu'il honore de cette affection s'oublient , et souvent sans le vouloir, déconsidèrent ainsi leur ami dans sa position de chef. Qui se lie familièrement avec ses inférieurs, doit avant tout être assez fort pour ne pouvoir dans aucun cas être entraîné par cette intimité à la déconsidé*
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râtion qu'amènerait un manque de respect. II doit pour ainsi dire mesurer le degré de son abandon sur celui de sa supériorité morale , et surtout sur l'esprit et Je savoir-vivre des inférieurs auxquels il accorde une fraternelle confiance. Le chef qui ne se sent supérieur que par son grade, et dont l'esprit est borné et le caractère faible, doit se défendre de semblables intimités, car sa dignité personnelle et celle de sa position seront promp terne ut compromises.
Habillement, Equipement.
, C'est en guerre qu'on s'aperçoit promptement de l'inconvénient de ces habits, qu'en garnison on voulait si étroits , de ces bottes qu'on exigeait si justes. Lorsqu'au bivouac, les membres serrés ne peuvent plusse reposer; que les bottes séchées au feu se rétrécissent encore sur des pieds gonflés par la fatigue ; que de petites semelles bien Unes se percent et vous refusent le service , on donnerait beaucoup alors pour échanger ses vêtemenis contre une bonne veste et des bottes larges et commodes: il n'est plus temps ; il faut faire eampacne de la manière la plus fatigante, et voir son élégance se changer en guenilles; car son étroilesse la fait se déchirer de toutes parts , et de manière à n'être plus raccommodable.
C'est là qu'on sent l'utilité de cette trousse qu'on méprisait, «qu'on égarait en paix ! Qui n'a ni fil, ni aiguilles, ni cire, ni ciseaux, ni boutons nicouteau, ni alêne, court aux emprunts; mais les prêteurs sont rares , parce que ceux qui possèdent sont les prévoyants, et parce que la prévoyance qui les a lait se munir, les fait conserver pour leurs propres besoins.
Jeunes olticiers, écoutez le conseil que vous donnent mes souvenirs: n'emportez pas un gros portemanteau, il ne ierait que vous gêner.
jg^Un officier, de tel grade qu'il soii, n'a pas besoin de plus d'effets qu'un chasseur.
Deux vestes, deux pantalons de drap, trois ou quatre chemises, deux paires de bottes suffisent grandement pour une campagne de 18mois ; seu-
lement, que ces effets soient neufs, de bonne qua* lité, et commodes. Qu'une trousse bien garnie de fil, de boutons, d'aiguilles, etc., les accompagne, et que cette trousse s'empresse de prêter ses se*» cours h chaque petite déchirure qui survient. Aveç ces précautions vous vous épargnerez un monde de privations , de tracasseries qui pourraient dégénérer en malheur, et avoir plus d'influence que vous ne pouvez le prévoir sur votre avenir militaire*
Certains effets s'usent plus vite que d'autres en guerre, de ce nombre sont les bottes ; que celles dont vous vous munirez portent d'épaisses semelles, garnies de petits clous; qu'elles soient larges, et de 3/4 de pouce, au moins, plus longues que les pieds.
Les sous-pieds se cassent vite; ayez-en quelques paires de rechange et fixez-les à vos pantalons, non pas avec des boutons cousus qui s'arrachent facilement, mais avec des boutons d'assemblage en cuivre : emportez dans votre trousse quelques-uns de ces boutons.
Les boucles de pantalons se cassent ; ayez-en deux ou trois dans votre trousse Des éperons peu* vent se briser; ayez-en une troisième paire dans voire portemanteau. >
Le meilleur pantalon pour la guerre, et celui que je tolérerais aux officiers, est le pantalon dit à la Lassalle : il est large, a des poches, et les fausses boites en cuir dont il est garni, tout en le préservant d'une trop prompte usiire, peuvent impunément recevoir la crotte, parce qu'avec un coupd'éponge, en un instant, elles sont débarrassées /te ce foyer d'humidité et de saleté.
On peut encore mettre sur le pantalon de cbeval des guêtres en cuir qui se boutonnent sur le côté. Elles ont un avantage, c'est de s'ôter à Far* rivée au bivouac, et de se nettoyer à part ; - mais elles ont aussi un grand inconvénient, c'est de
multiplier les pièces de l'habillement, et de demander un certain temps pour se placer sur les jambes. Tout ce qui simplifie l'habillement d'un cavalier léger, et active l'action de le revêtir, remplissant une des premières conditions de notre mobilisation, me semble préférable.
Le shako est une coilfure incommode ; elle pare mal un coup de sabre, et loin de garantir de la pluie qui coule dans la cravate, elle l'y conduit de manière à ce qu'il ne s'en perde pas une goutte. Que les officiers fassent faire leurs couvertures de sbako, de manière à ce que l'extrémité inférieure se reployant habituellement et Rattachant par devant, puisse se rabattre sur lecol, lorsque les pluies seront abondantes.
Souvent les olïicters pour porter une coiffure plus légère, ordonnent aux ouvriers de confectionner leurs shakos en toile ou carton dits imperméables, ou en cuir très mince : ils ont tort pour trois raisons. La première, c'est qu'un shako fait ainsi ne peut parer un coup de sabre; la deuxième, qu'il se déforme très vite ; la troisième, qu'il s'élargit outre mesure par les temps humides, et se rétrécit aussi tellement au soleil, qu'il ne tient plus bien sur la tête, qu'il blesse.
Ne portez en campagne qu'un shako en cuir solide, et ayez soin de le fixer par une sous-gorge qui ne cède pas à un effort un peu violent.
À Essling, j'ai vu des bombes de casques de cuirassiers entièrement traversées par des coups de sabre; et combien n'ai-je pas vu aussi de cavaliers tués pour avoir perdu leur coiffure.
V élégance en guerre c'est VutililieiV entretien. Que tous les cuirs cirés en paix soient graissés en guerre, vous y trouverez plusieurs avantages : le premier sera de ne pas traîner une multitude de nrosses embarrassantes par leur nombre, leur poids, leur volume ; le second, de prolonger :la durée de
vos cuirs ; le troisième, de rendre ces cuirs moins pénélrables à l'humidité.
Lorsque des cuirs sont mouillés, gardez-vous de de les sécher au feu, surtout trop précipitamment.
L'une des pièces de l'équipement qui fatigue le plus, c'est la petite bélièrede sabre ;* cela tientau poids qu'elle supporte, et qu'on double encore jpar la mauvaise habitude qu'on a de la tenir beaucoup trop longue. Il faut voir souvent dans quel état elle se trouve, et dès qu'elle menace de se découdre, la racommoder; car si elle manquait , on perdrait infailliblement la lame de son sabre : et qu'est-ce qu'un cavalier sans sabre ? Il serait sans doute beaucoup mieux que cette bélière se fixât au ceinturon par un bouton d'assemblage; mais puisque cela n'est pas , observez souvent sa couture pour voir si elle ne faiblit pas.
La dragonne en buffle n'est pas commode eu guerre. Une fois en face de l'ennemi , il faut la serrer soigneusement dans son porte-manteau, et la remplacer par un mouchoir roulé et tordu comme un tampon d'écolier ; ce mouchoir ainsi préparé lient bien au poignet, et pare les plus forts coups de sabre.
L'officier doit porter sur sa peau une ceinture légère en cuir souple, ou en forte toile, et dans laquelle il met quelques pièces d'or; c'est là sa bourse. Il n'y a pas de mal aussi que l'officier de troupe légère couse quelques-unes de ces pièces entre le drap et la doublure de la plus vieille de ses vestes.
Dans les poches de son pantalon, il doit placer tin calepin blanc et un bon crayon, une petite boussole portative, une cuiller d'étain, un couteau qui portera, outre sa lame ordinaire, un canif et un cure-pieds, un poinçon, une lancette et un briquet. Pour ne pas perdre ce couteau, il serait utile qu'un œil à la partie inférieure du manche permît
d'y attacher uq cordon, dont l'autre extrémité serait fixée à la poche du pantalon*
Dans son shako, son mouchoir.
Le petit porte-manteau paqueté sur le cheval qu'il monte, contiendra les ustensiles de toilette, une chemise , une paire de chaussettes, un mouchoir, une trousse pareille à celle du chasseur, un petit paquet de linge à pansement, une petite écritoire contenant quelques feuilles de papier, de l'encre, des crayons, des plumes et des pains à cacheter, un bâton d'encre de Chine et un pinceau.
Sous le cavalier , sur le siège et fixée par la palette, sera une besace de fort coutil, ou de toile à sac; la poche hors montoir contiendra les provisions de bouche, celle montoir, une ration d'ar voine.
Les poches de la scbabraque de l'officier contiendront, l'une, une muselle ployée qui servira pour faire manger l'avoine au bivouac, l'autre la pipe.
Le sac à tabac sera suspendu au sabre du cavalier.
Si l'officier possède une lunette, il la portera en sautoir.
Quant à son eau-de-vie , s'il a pour la contenir une petite peau de bouc qui est le meilleur des contenants, parce qu'il ne se casse pas, il la mettra dans sa besace.
Sur son cheval de main, l'officier doit placer, non pas un porte- manteau, qui s'atlache toujours longuement, maladroitement, abîme la selle qui le supporte, tourne et se perd dans une marche de nuit, peut se voler d'autant plus facilement que les cordes qui le lixent se coupent en une seconde, blesse le cheval, force à dépaqueter toutes les fois qu'on veut l'ouvrir, et qui joint à ces inconvénients celui d'être presque toujours fait d'un cuir mou,
spongieux, et qui ne protège pas les effets de la pluie,
Mais une paire de sacoches solides et couvertes d'un cuir imperméable. Ces sacoches doivent être demoyen ne grandeur, et fixées elles-mêmes fortement sur un morceau de cuir très solide qui fait couverture à la selle qui les porte, l'enveloppe, et s'accroche aux palettes pour ne pas tourner. Elles seront arrêtées par une forte sangle qui bouclera sous le ventre du cheval, de manière à ne pas ballotter, et ne pas imprimer ainsi un double mouveveinent aux effets qu'elles renfermeront.
Celle hors montoir contiendra le linge et les habits.
Celle montoir, les vivres; on s'arrangera le plus possible pour que les sacoches pèsent également.
L'ouverture des sacoches sera en dehors, de manière à ce qu'on puisse y puiser sans dépaqueter.
Sur le cheval de main, entre les deux sacoches, seront placés une marmite, un grand bidon en fer- Wanc, et une faux avec son manche.
L'officier aura soin que la sacoche des vivres contienne du sel, du poivre, de l'ail, de l'oignon ou de l'échalote, du vinaigre, car l'assaisonnement est ce qui manque surtout en campagne. Je lui recommande aussi le sucre, c'est un bon remède dans certains cas. Il n'oubliera pas non plus de l'amadou, quelques allumettes et quelques bougies, dont la clarté lui sera de la plus grande utilité lorsqu'il s'établira de nuit.
Des officiers renferment quelquefois les ustensiles de toilette dans leur giberne; cela est d'autant moins convenable que lorsqu'ils ont besoin de cartouches, ils vont à Pempruut auprès des chasseurs. La giberne de rollicier, comme celle du simple cavalier, est faite pour porter des cartouches j elle ne doit porter que des cartouches.
Les manteaux sont donnés aux cavaliers pour les protéger ainsi que leurs armes et leurs munitions. En paix, on peut pendant une route tarder à les faire déployer, parce que l'homme arrivant de bonne heure à son gîte, aie temps et les moyens de se sécher ; mais en guerre, il ne faut pas en agir de même; dès qu'il commence k pleuvoir, faites déployer les manteaux; dès qu'il a cessé de pleuvoir, laissez-les quelque temps sur le dos des hommes pour les sécher, puis habituez vos hommes à les repaqueter solidement et convenablement sans arrêter : à la première halte, les hommes perfectionneront ce paquetage, que les commandants d'escadrons et de pelotons inspecteront.
Le luxe d'effets qu!on accorde au soldat a nécessité un porte-manteau beaucoup trop grand; à peine une campagne sera-t-elle ouverte, que la plupart de ces effets inutiles seront jetés et perdus ; mais il est à craindre que le cheval ne gagne rien à cette diminution passagère de poids. Le cavalier remplacera ses pantalons de toile, etc., par des guenilles qu'il empilera pour son pauvre cheval, sans prévoyance utile pour lui-même. 11 est donc de toute nécessité que les officiers passent souvent des inspections inattendues des porte-manteaux. Qu'ils fassent jeter et détruire les objets défendus qu'ils y trouveront renfermés, et qu'ils punissent sévèrement les cavaliers qui, au mépris des ordres, commettraient deux fois la faute d'user la force de leurs chevaux au transport d'objets inutiles, et presque toujours volés. 1
Aujourd'hui, le poids porté par un cheval de cavalerie légère est de 112 à ilS kilo., et ce poids s'augmente naturellement beaucoup par les temps de pluie. Ajoutez à cela celui des vivres, et vous jugerez facilement qu'il faut être sévère pour les chargements.
Quelquefois les officiers font porter leurs prqvir
sions personnelles au cheval de leur chasseur; le chef doit le défendre positivement, et punir sévèrement Fofficier qui en agirait ainsi après avoir été prévenu. Le cheval du chasseur appartient à l'Etat, ses forces ne doivent être employées qu'au service de FEtat.
Du Harnachement 7 du Paquetage.
D. Pourquoi souvent un sous-officier, un chasseur est-il privé de l'avancement, de la croix, qu'il aurait pu obtenir?
R. C'est qu'au lieu de continuer une campagne avec les escadrons de guerre, auxquels il appartenait, il est resté sur les derrières dans un petit
dépôt.
D. Pourquoi?
R. Parce que son cheval était blessé et hors de service.
D. Qui Va blessé ?
R. La selle.
D. Pourquoi la selle Va-t-elle blessé?
R. Parce qu'en la désignant le commandant d'escadron, et le cavalier en la recevant, n'ont pas éludié scrupuleusement l'assiette de celte selle sur le dos du cheval.
La première chose à faire, lorsqu'on reçoit une selle, c'est de placer l'arçon à nu sur le dos du cheval, de voir si les bandes posent bien, si elles sont parallèles a l'assiette de la place sur laquelle elles posent, en préjugeant toujours les modifications apportées à ces surfaces par le mouvement du cheval, de manière à ce que le poids de la selle se répartisse le plus possible sur l'ensemble, et ❖ on sur une portion de ces bandes; la forme légèrement convexe de ces bandes ne leur est donnée que dans l'intérêt même de l'aplomb, dans toutes les positions possibles du cheval et du cavalier.
DU PAQUETAGE. fit
Si V arcade de devant ne gêne pas le garrot, soit en le pinçant latéralement, soit en le comprimant dans sa parlie supérieure. Si l'arcade de derrière est assez élevée, et la palette assez haute, pour que le porte-manleau ne pose pas sur le rognon, lorsqu'il sera paqueté. Si les bandes sont lisses, afin que des aspérités ne produisent pas des corps.
Si les chevilles faites de bois vert, et séchées depuis, ne sortent pas de leurs trous et ne peuvent pas moliver des blessures.
Si le loup n'est pas assez relevé, ce qui, en asseyant l'homme sur l'épine dorsale du cheval, au lieu de l'en isoler, sera cause de pression et de frottement dangereux.
Si le loup n'est pas trop relevé de derrière ou de devant, ce qui, en plaçant le cavalier trop en avant ou trop en arrière, fera basculer la selle, dérangera ses aplombs , établira une pression partielle constante sur le même point, gênera le cavalier et le cheval dans leurs mouvements, et causera indubitablement des blessures a lotis deux.
Si les fontes ne serrent pas trop les épaules, c£ qm gênera leurs mouvements et les blessera néce*sairement.
La seule manière de juger parfaitement de l'assiette d'une selle, c'est d'abord, comme je l'ai dit plus haut, de placer l'arçon ik nu sur le dos du ch'e- ^l, puis de lairc monter l'homme sur cet arçbny et voir comment la pression s'établit.
Si dans tous les mouvements les bandes ne sont pas parfaitement parallèles aux côtes du cheval, la' pression sera irrégulière, car, ou Parçon sera trop large, et les bandes en pesant seulement du dedans blesseront le cheval près de l'épine dorsalfe, ou l'arçon sera trop étroit, et les bandes n'ap^- ' pilant que diagonale mont produiront prompteroent des cors sur la partie des côtes qu'elles comprimeront de tout le poids du cavalier etde la chargea
Cela fait, on garnira la selle des parties de cuirs qui lui appartiennent, puis on la posera sur la couverte ployée avec soin ; on ajoutera la croupière, la sangle, le poitrail, de manière à ce que, dans leur ensemble d'action, elles assurent la selle à la place qu'elle doit occuper, et loin de causer, préviennent les blessures du cheval.
Lorsqu'une selle va bien i un cheval, elle n'a besoin d'être assurée ni par une croupière, ni par un poitrail; cela indique qu'il ne faut pas tendre trop fortement ces deux pièces du harnachement, pour ne pàs trop gêner les mouvements du cheval, et ne pas occasiouner des frottements inutiles.
La sangle doit être, au contraire, serrée, plutôt encore parce qu'en maintenant la couverte, elle empêche qu'elle ne se dérange et ne blesse, que parce qu'elle assure l'assiette de la selle.
Le capitaine commandant qui ajuste une selle sur le dos d'un cheval de son escadron, doit nonseulement prévoir l'effet qu'elle va produire présentement sur ce dos engraissé par le repos de la garnison , mais encore l'effet qu'elle produira sur ce même dos amaigri par les fatigues de la guerre ou d'une longue route. Ce n'est donc pas sur la partie charnue qu'il doit se régler, mais sur la disposition de la charpente osseuse du cheval.
Quand la selle a été essayée, comme je viens de le dire, il faut la faire paqueter et monter, et dans les corrections qu'on apportera , laisser une large marge aux affaissements que produira l'amaigrissement dont j'ai parlé plus haut.
Lorsque ce travail si important est terminé, il faut brider le cheval.
Le premier soin doit se porter sur le choix du mors. La conformation de la bouche nous prescrit celui qui convient le mieux; cependant il se peut qu'après s'être conformé à ce que les règles ordinaires nous indiquent, le plus ou moins de sensibi-
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lité générale ou partielle de cette bouche démenie dos calculs ; dans ce cas, n'hésitons pas à changer le mors, jusqu'à ce que nous en ayons trouvé un qui convienne le mieux possible.
Après avoir placé ce mors, gardons-nous de ce que j'ai vu malheureusement faire dans beaucoup de régiments, et entre autres dans celui-ci : c'est de raccourcir les gourmettes pour que le harnachement soit plus uniforme et plus joli; c'est sacrifier l'utile à l'élégance, et c'est à l'utile au contraire que nous devons tout sacrifier. Laissons la gourmette dans toute sa longueur, parce que, dans certains cas, nous pourrons donner plus de liberté à la bouche de notre cheval, que si ce cheval meurt et qu'un autre le remplace, la même gourmette nous servira, telle que soit l'épaisseur du menton du nouveau cheval ; que si le cheval n'obéit pas à la gourmette sur son plat , nous pourrons la détourner, l'arrondir irrégulièrement et faire ainsi plus d'effet. Ce moyen utile dans les circonstances graves raccourcit nécessairement la longueur de la gourmette ; et qu'enfin si notre gourmette se casse, et que si nous perdons l'anneau brisé , il nous restera de la marge pour un raccommodage.
Gardons-nous aussi de trop serrer la gourmette, la muserolle et la sous-gorge ; c'est torturer inutilement un cheval, c'est gêner sa respiration, c'est ôter toute liberté, tout jeu du mors, essentiel pour rafraîchir les barres; c'est enfin mal placer le mors dont les branches basculent en avant, dont l'effet de pression sur les barres fatigue et détruit la sensibilité de ces barres ; c'est imprimer k l'effort du mors une dureté, qui, loin de faire obéir le cheval, le détermine trop souvent à se gendarmer, lui fait perdre la tête et le rend promptement rétif.
Lorsque le cheval est harnaché depuis quelques jours, que l'humidité, que le service ont fait céder et allonger les cuirs, ajustons de nouveau le harna-
cheraent, afin qu'il ne prenne pas de mauvais plis, qu'il aille bien au cheval, et ne permette aucun frottement ni flottement inutiles : recommençons cette opération toutes les fois que nous en reconnaîtrons l'urgence.
D. Qu'est-ce qui fait qu'assez souvent une sangle casse et qu'un cavalier tombe ?
R. La sangle proprement dite casse rarement, parce qu'elle est d'un cuir très fort, et que, lorsque ce cuir est assez vieux et sec pour casser, il est remplacé. Mais la sangle est attachée a l'arçon par une lanière qui est d'autant plus faible que les parties du harnachement qu'elle joint sont plus fortes et plus pesâmes, son effort n'étant pas en proportion de celui de ces parties, elle se dénoue facilement quand elle n'est pas bien nouée, ou s<> casse, prompiement desséchée ou affaiblie par un service de courie durée : c'est sur cette lanière qu'il faut souvent porter les yeux, parce que c'est de sa force que dépend notre sûreté.
D. Les dos dès chevaux de troupe sont , en général, mal f ail s; les uns sont étroits, les autres complètement rondsy d'autres sont plus bas du devant que du derrière, d'autres ont le défaut contraire\ d'autres enfin sont ensellés ?
R. Raison de plus pour apporter le plus grand soin dans leur étude, afin de les seller convenablement.
D. Mais si, en campagne, le cheval maigrit au delà des proportions qu'on avait supposées en partant?
R. Je vous ai déjà dit qu'il fallait, avant de partir, que vous étudiassiez sa charpente osseuse, et ndil ses chairs, et que vous vous conformassiez à cequVllevous indiquerait; cependant si vous avez commis la faute de ne pas prévoir ce qui vous arrive, il ne faut pas hésiter à attacher des panneaux aux bandes de l'arçon.