DES SURPRISES
l'ennemi, mieux cela vaut. Cependant, il est des cas où il est indispensable qu'elle se trouve k quelque distance.
D. Lesquels ?
R. Ceux, par exemple, où elle veut attaquer le centre ou la queue d'un convoi qui s'engage dans un défilé. Il est probable que l'ennemi, avant de traverser Cet endroit dangereux, fouillera ses abords; mais surtout, s'il est en marche depuis longtemps, son investigation ne s'étendra que jusqu'à une certaine distance. Que l'embuscade alors se poste en dehors du rayon facilement prévu de cette investigation.
D. Il y a donc deux espèces d'embuscades ?
R. Oui ; qu'on pourrait appelées instantanées et combinées.
D. Donnex-moi un exemple d'une des premières f
• R. Dans les premiers jours de 1814, sous les ordres du général Maison, nous battions en retraite de Breda sur Anvers. Déjà nous apercevions les clochers de cette ville. L'avant-garde ennemie serrait de si prèsnotrearrière-gardé, qu'infanterie, cavalerie et artillerie des deux armées se mêlaient et se prenaient corps à corps.
Deux de nos pièces allaient être enlevées. Reckinger, officier de lanciers de notre régiment, se trouvait à l'extrême arrière-garde, à la tête d'une douzaine de cavaliers; il se décide à l'instant, et disparaît à un tournant de route, où se trouvaient quelques maisons et un jardin. Notre infanterie, pêle-mème avec un ennemi acharné, continue sa retraite, mais, forcée par Je nombre, perd ses pièces. L'ennemi crie victoire! se groupe sur les canons, sur les chevaux, et les retourne ; l'intrépide Reckinger sort alors çle sçm erobqsçade. Trois mi-
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nutes après, les pièces et les Prussiens qui les montaient étaient à nous (1).
D. Qu'appelez-vous embuscades combinées?
R. Celles qui sont prévues d'avance, qui participent d'un mouvement qu'on a eu le temps de réfléchir, de calculer; ainsi, par exemple, si, commandant une avant-garde puissamment offensive, ei connaissant bien le terrain sur lequel je vais refouler l'ennemi, je savais que les flancs de sa colonne pourront être attaqués partiellement sur tel ou tel point, je ferais partir d'avance les cavaliers destinés à ces attaques, je leur recommanderais de s'embusquer à telle hauteur, en convenant d'avance soit d'un signal, soit de l'heure de l'attaque, et je combinerais mon mouvement offensif avec le leur.
Si la puissance des embuscades gît dans l'instantanéité et la résolution de leur attaque, leur science est soumise à deux conditions indispensables, la connaissance parfaite de Vennemi9 la connaissance parfaite du terrain.
En effet, pour surprendre l'ennemi , il faut bien connaître ses forces et ses dispositions. Pour s'embusquer, il faut non-seulement bien choisir le lieu convenable, mais s'y rendre sans être aperçu, sans donner le moindre soupçon de sa marche.
Une troupe qui va s'embusquer doit donc marcher, compacte et silencieuse, par les chemins les plus couverts.
(1) Reckinger, lieutenant en secondant lanciers rouges de la garde impériale fut récompensé par la croit d'officier de la Légion d'honneur. Son titre 'de brave officier de la garde , en fut un de réprobation sous la restauration, et Reckinger mourut il y a quelques années à Paris, employé dans 1^ maison d'un cocher de c»WQlett 0e plaçe.
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Je ne puis m'empêcher de citer ua exemple des ' embuscades en grand. I
En 1812, nous arrivions devant Sntoîensk, l'en- j nemi s'y était retranché. II faisait un temps supeTbe. Notre armée au bivouac couronnait les hauteurs qui dominent la ville. L'empereur ordonne au général Morand, si justement célèbre, d'enlever les faubourgs. Nous voyons descendre cette intrépide division dans un ravin, tourner à gauche derrière un monticule, et se grouper, serrée et inaperçue de l'ennemi, au-dessous d'un moulin. Tout à coup, comme par enchantement, cette division est jetée sur la ville ! En un clin d'œil, faubourgs, artillerie, ouvrages avancés, tout est en notre pouvoir ! Et notre armée entière battait des mains ! Je n'ai vu de ma vie un plus beau spectacle, ni rien qui m'ait laissé un souvenir plus profond de la majesté de la guerre, et de la puissance du génie et du courage !
L'emplacement à choisir pour une embuscade dépend du plus ou moins de clarté du jour ou de la nuit. Quand l'ombre d'un brouillard ou de la nuit se charge de vous bien cacher, il est inutile de chercher d'autre rideau, mais il faut pour cela qu'il soit impénétrable. Quand il n'en est pas ainsi, un bois, un monticule, un ravin, des murailles doivent vous servir d'abri contre le regard: calculez toujours leur hauteur, leur profondeur, de manière à ce que la ligne du rayon visuel de l'ennemi ne puisse plonger sur vous, et découvrir l'extrémité de vos coiffures et de vos armes. La moindre imprudence de ce genre vous trahirait, vous perdrait. Rappelezvous le lièvre qui, parce qu'il a mis sa tête dans un trou, et qu'il ne voit plus, croit n'être pas aperçu.
Souvent aussi l'impatience des troupes embusquées évente l'embuscade. Arrivent-ils, se demandent-elles ? et un curieux s'avance à la lisière du bois ou passe sa tête au-dessus du mur, ou parle