‹ Avant-postes de cavalerie légèreChapitre 62 sur 143 · POINTAGE · texte numérisé non relu

POINTAGE

D. Qu'cif-ce qne pointer une bouche à feu?

R. C'est, la disposer, dans toutes ses parties , de manière que le projectile qu'elle lance frappe le but qifon se propose d'atteindre.

D. Qu'est-ce que l'axe ?

R. On appelle axe de la pièce une ligne droite qu'on imagine passer par le milieu de l'âme dans toute sa longueur : cette ligne supposée indéfiniment prolongée , prend le nom de ligne de Taxe.

D, Qu'est-ce que la ligne de mire?

R. C'est une ligne qui passant par les points les plus élevas de la culasse et du bourlet, va, d'un côté , rencontrer le but et de l'autre l'œil du pointeur. Dans les canons , la plate-bande de culasse étant plus élevée que le renflement du bourlet, la ligne de mire est inclinée sur la ligne de l'axe , et par suite la coupe en avant de la bouche.

1). Comment est lancé le boulet, hors de la pièce?

R, Dans la direction de l'axe; mais l'action de la pesanteur le poussant de haut en bas , en même temps que l'impulsion qu'if a reçue dans la pièce le pousse en avant, il est à chaque instant écarté de la ligne de l'axe , et tombe enfin à terre : la ligne qu'il suit dans ce trajet s'appelle , ligne de Ur ou trajectoire ( se confondant un moment avec la ligne de l'axe, la ligne 'de \\ir passe avec elle au-dessus de la ligne de mire, à peu de distance de la pièce ; mais s'inclinant constamment vers la terre, elle vient la couper de nouveau pour se retrouver en dessous. ' 1 1

D. Les objets placés sur la ligne de tir étant évidemment les seuls frappés par le boulet; pour être atteint , le point à battre devra donc se trouver mr cette ligne ?

R. Oui; mais devant aussi se trouver sur la

ligne de mire , H ne peut être qu'à un des points où cette ligne est coupée par la ligne de tir : le premier , trop voisin de la bouche de la pièce , n'est d'aucune utilité dans la pratique, et c'est le secood seulement qu'on doit prendre en considération ; ce point où la ligne de tir coupe pour la seconde lois la ligne de mire, se nomme but en blanc.

D. Â quelle distance se trouve le but en blanc pour chaque calibre ?

R. Le pointeur , placé ainsi que le prescrit l'école du canouuier , se penche de manière h porter la tête à hauteur de la culasse , Terme l'oeil gauche, et mettant le droit à trois pouces environ de la plate-bande , il fait varier la direction de la pièce par les mouvements qu'il fait donner aux crosses et l'inclinaison au moyen de la vis de pointage, de mauière que la ligue de mire aboutisse au but.

Le but en blanc des pièces de bataille avec la charge ne guerre est :

Pour les pièces de 12 — 270 toises.

Idem. 8 — 260 id.

id. 6 — 260 id. ,

id. 4 — w250 id. t

D. Mais si l'objet étant place au delà du but en blanc, la pièce restait pointée de la même manière?

R. Le boulet arrivant toujours au même point et continuant à s'abaisser, passerait au-dessous de la ligne de mire et ne frapperait pas le but situé sur cette ligne ; il faut , pour qu'il puisse l'atteindre , éloigner l'intersection de la ligne de tir avec la ligne de mire , et on y parvient en élevant 'a volée de la pièce ; mais alors la ligne de n»re continuant à passer par le but et le point le plus élevé du bourlet, laisse la culasse à une certaine distance au-dessous d'elle ; pour mesurer cet abaissement , et en même temps suppléer au point fixe

c^ue la ligne de mire trouvait sur la culasse, ôn se sert de la hausse, ainsi nommée , parce qu'elle sert à élever la ligne de mire.

X). Qu'est-ce que la hausse?

R. La hausse est une plaque en cuivre ou en bois , divisée en lignes : celles en cuivre sont adaptées à la culasse de la plus grande partie des canons de bataille ; elles glissent dans une coulisse et sont arrêtées au point convenable , au moyens d'une vis de pression ; celles en bois sont portées dans le sac à éloupilles; le pointeur en fait usage en les appliquant derrière la platebande de culasse.

' La hausse est aussi composée de de^x montants divisés en lignes, réunis par deux traverses, Tune supérieure , l'autre inférieure , et d'une traverse mobile portant un cran de mire , qui glisse le long des montants : celte hausse est employée pour le tir des obusiers.

D. Que résulle-l-il de l'emploi de la hausse ?

La règle suivante : pour pointer sur un objet situé au delà du but en blanc, il faut, d'abord, disposer la pièce comme pour tirer de but en blanc, et le pointeur prévenu par le chef de la pièce , place la hausse au nombre de lignes qui lui est indiqué; il baisse ensuite la culasse jusqu'à ce que visant par la partie supérieure de la hausse, et par le point le plus élevé du bourlet, son œil rencontre de nouveau le but.

Le chef de la pièce , pour donner cette indication , doit connaître la distance du but , et le nombre de lignes qui y correspond : la distance du but lui est quelquefois donnée ; le plus souvent, il est obligé de Peslimer à vue, et ne peut le faire avec probabilité qu'après s'être souvent exercé à des estimations semblables. Des tables calculées , à cet effet , lui apprennent ensuite les hausses correspondantes ; mais par ce qu'il est difficile

de fixer ces tables dans la mémoire, on peut établir, comme règle générale dans laquelle on trouve toujours une approximation suffisante :

Quand on tire plus loin que le but en blanc, il faut donner deux lignes de hausse pour chaque vingt-cinq loises au delà.

D. Lorsque le point à batlre est plus rapproché de la pièce que la position du but en blanc ?

Il est facile de reconnaître que le boulet passerait au-dessus du but , si Ton visait avec In ligne de mire ordinaire, et il faudrait, afin d'opérer d'une manière analogue à celle indiquée pour la position plus éloignée , rapprocher le point d'intersection, de la ligne de tir avec la ligne de mire en abaissant le point par lequel on vise à la enlasse ; mais celte correction n'étant pas possible , on pointe la pièce, en dirigeant la ligne rie mire au-dessous du point à batlre, d'une quantité relatire a son éloignement, c'est-iwliro , pour chaque vingt loises en deçà du but en blanc , pointer un pied au-dessous du point à battre , jusqu'à la moitié de la distance du but en blanc-, cl , à partir de celte meilic , diminuer l'abaissement d un pied à mesure que le but se rapproche de vingt toises de la bouche de la pièce.

D. De quoi dépend l'établissement de la ligne de mire ?

R. De la connaissance des points les plus élevés de la cnhsse et du bourlet , ces points ont élé rendus remarquables dans un grand nombre de pièces*, eu traçant à la culasse une entaille qu'où nomme visiçrc. et en plaçant sur le bourlet uoe petite saillie' qu'on nomme boulon de mire ?

La considération de ces deux points facilite le pointage , lorsque la pièce est établie sur un terrain de niveau , mais elle pourrait conduire à des erreurs, lorsque les roues sont inégalement levées ; da«s ce cas ; ty liçne de mire inclinée du

côté de la roue la pins basse, ne peut plus couper la ligne de tir, qui , dVnord , se confond avec elle.

D. D'après celle observation, que doit-on faire?

R. Chercher toujour s a placer la pièce de manière que les roues soient également élevées; mais si l'on est forcé de s'ctablir'sur un terrain incliné, il faut : . '

Ne faire aucune attention h la visière et au bouton, et diriger la iigne de mire sur les points de la culasse et du bourlet qui se trouvent le plus élevés dans la position actuelle de la pièce.

D. Et si pour faire usagé de la hausse, on dirige la ligne de mire par la visière et le boulon?

R. II faut pointer au-dessus de l'objet à battre, et à droite ou à gauche du côté de la roue la plus élevée, et faire ces rectifications d'autant plus fortes que la différence de niveau entre les roues est plus grande, et que le but est plus éloigné.

D. Comment sont pointés les obusiers?

R. D'après les mêmes règles que le canon ; mais comme dans celte bouche à feu, les points les plus élevés à la culasse et à la bouche sont à la même hauteur au-dessus de Taxe, la ligne de mire étant alors parallèle à celle de l'axe, ne peut plus couper celte ligne, ni par conséquent la ligne de tir qui se tient constamment au-dessous. Far suite, l'obusier n'a pas de but en blanc, et quelle que soit la distance à laquelle on tire, il faut employer la hausse pour obtenir l'intersection de la ligne de tir avec la ligne de mire, dans laquelle consiste le principe du pointage. ' ,

D. Pour suppléer aux tables du tir de l'obusier, comme vous l'avez fait pour le canon, en donnant unpoinlde départ quitienne lieu de but en blanc,

quelle règ te pouvez-vous établit ?

t R. Tirant l'obusier à cent toises, donner douze ligne de hausse, et ajouter quatre lignes pour chaque vingt-cinq toises au delà.

Mouvements.

D. Qu'eU-ce que la prolonge ?

E. Le cible qui joint la pièce à l'avant-lrain ; quand la pièce nVst plus sur Pavant- train, tous les mouvements rapprochés de guerre se fout à la prolonge.

Lorsqu'une pièce a une longue distance à parcourir, il Tant la remettre sur son avant-train pour parcourir cette distance.

D. Cmnbien un coffret confient-il de coups? R. Les coffrets de l'artillerie des différentes

Euissaaces européennes ne sont pas plus semblales de contenance que les caissons ; cependant ils ne diffèrent pas essentiellement entre eux: ainsi, Ton a cette contenance à peu de chose près en connaissant celle des coffrets français. Les coffrets des pièces de 12 contiennent 9

Celles de 8 15.

Cette connaissance est bonne à posséder lorsque vous apercevez que les pièces qui tous battent sont privés de leurs caissons et n'ont que leuis coffrets pour s'approvisionner*: vous jugez facilement par Je nombre de coups lires sur vous, de l'épuisement des munitions ennemies et de l'opportunité tTtine charge sur les pièces.

DES PARTISANS

Des Partisans.

D. Qu'est-ce qu'un partisan ?

R. Un détachement est en partisan, lorsqu'il opère à part, isolé de l'armée, et sous les inspirations de son chef, qui ne sont soumises qu'à des ordres donnés en grand, et à des indications sur les mouvements d'ensemble de l'armée.

Un partisan est envoyé pour soulever une province, inquiéter les flancs ou les derrières de l'armée ennemie , enlever ou détruire des dépôts, des convois, etc.; faire des prisonniers, et donner quelquefois le change à l'ennemi sur les mouvements de notre armée.

D. Quel est le premier soin d'un officier qui a V ordre d'agir en partisan ?

R. C'est de veiller à ce que le détachement qu'il commande soit composé de cavaliers hardis, et bien montés.

D. El le second?

R. C'est de recevoir de son général une carte exacte du terrain sur lequel il va opérer,- des renseignements aussi certains que possible sur la position de l'ennemi, sur les déterminations qu'on lui suppose, et de prendre connaissance des mouvements présents et suivants , de nos différents corps d'armée.

D. Pourquoi ce dernier soin puisqu'il opère isolément ?

R. Pour savoir où adresser ses rapports, et dans un cas pressé trouver un appui à sa retraite, lie métier de partisan est aventureux. Une peut

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être bien fait que par un chef adroit, rapide, audacieux, et par une troupe qui ressemble à ce chef. Pour le partisan plus de repos: il doit toujours avoir l'œil ouvert; et si la fatigue le force à sommeiller un instant, il faut qu'une ligne avancée d'espions le garde et l'avertisse.

La guerre qu'il fait est celle du corsaire. Son action n'est forte que par la surprise. Le vautour inaperçu qui tout à coup fond sur sa proie, l'enlève, et disparaît, est l'image du partisan ! qu'il porte donc des coups décidés, prompts, terribles même s'il le faut, et qu'aucune trace ensuite n'avertisse de sa retraite.

Toutes les ruses de guerre sont du ressort du partisan. Tel combine si bien son attaque Jette si juste son filet sur le détachement ennemi qu'il surprend, qu'aucun homme de ce détachement ne s'échappe pour porter l'alarme.

Tel en pays ennemi manœuvre avec l'ennemi, frappe en son nom des contributions de draps, de chevaux , et remonte et habille à neuf son détachement aux frais du roi de Prusse.

Tel dé*babille ses prisonniers, revêt leurs uniformes, entre dans les bivouacs ennemis qu'il surprend confiants, et les taille en pièces.

Tel , à vingt lieues sur les derrières de l'armée russe, reprend nos prisonniers qu'il monte sur les chevaux de leur escorte et ainsi double sa force.

Tel autre enlève un parc d'artillerie. L'ennemi prévenu, accourt deux heures après, et taudisqu'il retrouve les restes fumants de ses caissons sautés, le partisan frappe un second coup aussi vigoureux à trois lieues en arrière.

L'ennemi ignorant la force numérique dece parti audacieux, s'arrête, prend position, masse les dé' tacliements qui seraient d'uu grand secours à son armée, et la nôtre profite de ces retards. . îel autre, enfin, c<mu»çle valeureux, l'illustre

DES PARTISANS. . 3U

polonais Uminski, à la tete de quelques escadrons, ravcrse l'armée ennemie, soulève une province, ait une puissante diversion, et après plusieurs victoires, forcé à la retraite, il ramène à Tannée nationale ses forces triplées.

Le partisan, par l'isolement dans lequel il se trouve, et par son absence d'obligation de marcher immédiatement dans telle ou telle direction, de se *etirer sur tel point, n'est soumis a rien qui le gêne; il est maître de tout le terrain que son œil embrasse, qu'il l'observe avec une rare intelligence, et qu'il . le juçe surtout dans sa pensée, non pas tant du lieu ou H se trouve, que du point de vue de l'ennemi. Ainsi, qu'il calcule les profondeurs, les hauteurs, les rideaux dans leurs rapports avec ce point de vue, et qu'il se place toujours de manière à rompre par ces rideaux le rayon visuel que l'ennemi dirigerait sur lui.

S'il descend par ce sentier, le monticule qui se trouve à sa droite, cachera son mouvement. S'il traverse la plaine dans celte direction, le petit bois qui se présente à sa gauche masquera sa marche pendant dix minutes, et les dix minutes suffiront pour qu'il gagne le ravin dans lequel il pourra s'embusquer.

Le partisan n'agissant que par surprise, les positions offensives qu'il prend sont toujours des embuscades. Plus elles sont rapprochées du point d'attaque, mieux cela vaut; mais il faut que cette proximité soit toujours calculée sur le plusou moins de confiance, et de surveillance de l'ennemi.

Le partisan, après avoir audacieusement enlevé un convoi, se met en retraite. 11 faut que cette retraite soit prompte, car l'ennemi peut être averti, et mettre à sa poursuite des forces supérieures. Il compare donc l'importance et la possibilité de conservation de la prise qu'il a faite, avec celle de l'attaque qu'il peut avoir a soutenir , et de lapromp-

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litude qu'il floit mettre à sa retraite. Cette comparaison rapide, lui fait détruire ce qui le retarderait dangereusement, et il s'éloigne, non pas par la route qu'il a suivie pour arriver, mais par celle qui raccourcira dislance qu'il a à parcourir pour atteindre un iieudcsûreié. Lesomluhuionsdu terrain, les bois les ravins masquent sa retraite, et il ne s'arrête' qu'après plusieurs heures de marche, parce qu'il sait que la poursuite de l'ennemi n'a jamais qu'une certaine portée; que plus elle sè prolonge moins elle est vive, et dangereuse, surtout si elle est entraînée par le détachement poursuivi, suruu terrain difficile, coupé, et faisant craindre des embuscades»

Si cependant l'ennemi poursuivant paraît a quelque distance, et menace d'attaquer franchement et puissamment; le partisan alors n'hésite pas b lui donner le change. 11 fait filer le convoi sous les ordres d'un officier auquel il enjoint de marcher vite, et, dans le cas d'attaque, d'abandonner tout ce qu'il jugerait ne pas pouvoir sauver. Puis avec le gros de sa troupe, il se jette sur la droite ou sur la gaucho, y attire l'ennemi trompé, qu'il éloigne ainsi de sou

but.

Un partisan fatigué par un long service, et qui a besoin de se refaire, doit, ou gagner uue de nos places qui lient en airière de l'ennemi, et qui n'est pas bloquée par lui, ou se jeter tout à fait en dehors de la ligne d'opération de l'ennemi. En général, cette ligne, en airière de ses formations, se borne à quelques routes tenues par les détachements qui rejoignent, et éclairées à de tort petites

Le partisan n'a donc que quelques lieues à faire pour être en sûreté. Cependant pour rendre celle sûreté plus complète, il change fréquemment de position.

Si le partisan a quel que s malades, quelques Mes-

DES PARTISANS

sés, il les emmène avec lui, et leur prodigue ses soins. Si les maladies ou blessures sont trop graves pt>ttr que fes hommes atteints puissent te suivre saos retarder ses marches actives, il dépose ces hommes dans des villages, et les confie aux notables sous leur responsabilité pet sonnette.

Si le partisan a fait des prisonniers , pour ne pas s'affaiblir, il en remet la conduite en pays ami, à des gardes nationales rurales, qui leaamèneut à notre armée par des chemins détournés.

Si le partisan '.a enlevé des pièces» et qyufil ne puisse les faire parveuir sûrement à notre armée, il les enterre secrètement, et surtout loin des regards des prisonniers, dans un bois peu fréquenté, et marque Ja place où il les a cachées. Puis ensuite U emmène avec lui les avant-trains qu'il détruit h quelques lieues plus loin; ainsi ha place de son dépôt se trouve certainement ignorée.

Règle générale : le partisan devaqt être avant tout le plus léger possible de mobilisation, Une doit rien garder avec lui qui retarde ou appesantisse sa marche. %

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