‹ Avec préface (volume 2)Chapitre 15 sur 114 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

OCTAVE DE NËRIS assis adroite, LOUISE, parlant à une ouvrière fleuriste qui tient une couronne à la main.

LOUISE, à l'ouvrière.

Vous entendez, Mademoiselle? Répétez bien à madame du Séjour ce que Madame vous a dit : Cette fleur un peu plus bas... pas trop bas!... mais un peu plus bas !... l'ouvrière.

J'ai compris, Mademoiselle.

OCTAVE, assis, à part.

Elle ne s'occupera guère de fleurs tout à l'heure.

LOUISE, do même.

Oh ! c'est qu'il faut absolument que Madame soit ravissante au bal de ce soir! Son honneur y est engagé!... l'ouvrière.

Ce sont des engagements que madame la marquise de Mireville n'a pas de peine à tenir.

LOUISE

Sans doute!... Mais ce soir, c'est sacré î... Il s'agit, pour Madame, d'écraser la marquise de Blossac! Ainsi, n'oubliez pas de rapporter la couronne dans une heure !

OCTAVE, à part.

Dans une heure, j'aurai tout dit.

l'ouvrière, en s'éloignant.

Est-ce que madame la marquise en veut h madame de de Blossac?...

LOUISE, la reconduisant.

Mortellement, ma chère demoiselle ! Qui n'a pas entendu parler de ce qui s'est passé au dernier bal de l'ambassade d'Autriche? La robe ponceau contre la robe

cerise 1...

l'ouvrière.

Ah! oui!... Dans une heure! (Elle sort par la gauche.) OCTAVE, so levant avec impatience et allant à Louise.

Est-ce que vous n'avez pas remis ma carte à madame la marquise?...

LOUISE, redescendant la scène.

Si, Monsieur! mais je doute que Madame vous reçoive...

OCTAVE

Ne pas me recevoir!... C'est impossible!... Je vous dis que l'affaire la plus grave, la plus sérieuse...

LOUISE

Grave?... Sérieuse?... Raison déplus pour qu'on ne vous reçoive pas. Je connais les principes de Madame. Les affaires graves amènent les entretiens graves; les entretiens graves fatiguent la physionomie, tirent les traits, échauffent le teint... Madame ne vous recevra pas.

OCTAVE

Mais...

LOUISE

Mais... puisqu'il faut vous le dire. Monsieur, le bal de

ce soir n'est pas un bal ordinaire... G'esl un duel ! c'est une rencontre définitive entre Madame et la marquise de Blossac ! (Mouvement doctavo.) Je VOUS fais juge vous-même, Monsieur. Au dernier bal de l'ambassade d'Autriche, Madame avait fait faire chez Worth, ou, si vous l'aimez mieux, Worth avait fait pour Madame... ou plutôt... non... Madame et Worth avaient composé ensemble,... car Worth a beaucoup d'audace, d'invention... mais il manque peut-être un peu... de... Non! non! il ne manque de rien !... Mais Madame a une sûreté de jugement... un tact dans la hardiesse!... Enfin... ils avaient donc composé ensemble une robe cerise... une merveille! Madame entre dans le bal et faisait déjà éblouissement,... lorsque la marquise de Blossac, qui avait su la toilette de Madame par une ouvrière de Worth... qu'elle avait gagnée... car c'est une vénalité!... des intrigues!.. On se croirait sur le turf... La marquise de Blossac entre donc avec une robe... devinez de quelle nuance?... Ponceau!... Or, Monsieur sait ce que fait le ponceau à côté du cerise !... Il l'affadit, il le blafarde, il l'éteint!... Et voilà la toilette de Madame détrônée!... Voilà Madame vaincue!... Oh! Monsieurpeutm'encroire, jen'enaipasdormi delanuit !..

OCTAVE^ qui a tiré sa montre pendant quelle parlait et qui a compté les minutes, la remet dans son gilet quand Louise s'arrête.

Quatre-vingts secondes!...

LOUISE, repartant.

Mais, heureusement, voici une autre fête, et le jour de la revanche est arrivé!... Madame ne dit rien... parce que Madame est très fîère!... Mais, je le vois à son air... elle se prépare!. ..De plus, nous devonssavoirjparM'^^'deLuxeuil, la toilette de notre ennemie... Or, Monsieur comprend bien que ce n'est pas dans un moment pareil...

OCTAVE

Avez-vous fini?...

b6 COMEDIES EN UN ACTE.

LOUISK, avec résignation.

S'il le faut...

OCTAVK.

« S'il le faut» est charmant! (Avec force.) Je vous ordonne, Mademoiselle, de retourner près de votre maîtresse. . . et de lui dire que M. Octave de Néris est ici, non poci lui, mais pour elle; que l'affaire la plus importante m'amène, et qu'il faut, vous m'entendez bien! qu'il faut qu'elle m'accorde une heure d'entretien!

Louist:.

Une heure!... Ah! bon Dieu!... une heure!...

OCTAVE

Est-ce que vous ne m'avez pas entendu?

LOUISE

Mais...

OCTAVE

Allez ! Et quant à cette coiffure de bal, elle arrivera toujours à temps ; car madame la marquise ne la mettra pas.

LOUISE, éperdue.

Madame ne mettra pas cette coiffure?...

OCTAVE

Pas d'observations!... Allez!...

LOUISE, s'éloignant.

Quel accent dans sa voix!... (Sur un geste doctave.) J*obéis,

Monsieur!... J'obéis. (Elle sort par la droite.)

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