‹ Avec préface (volume 2)Chapitre 37 sur 114 · SCÈNE IV ANNE, LAMBERT · texte numérisé non relu

SCÈNE IV ANNE, LAMBERT

LAMBERT, s'approchant d'Anne et se découvrant.

Madame, je VOUS demandepardon de vous avoir tutoyée.

ANNE, stupéfaite.

Quoi ! qu'est-ce que cela veut dire ?

LAMBERT

Cela veut dire qu'il ne faut pas toujours juger les hommes sur l'apparence.

ANNE

Qui êtes-vous donc?

LAMBERT, vivement.

Ne me prenez pas pour un traître ; je suis républicain dans l'âme, car je suis un soldat de l'armée du Rhin. On m'a envoyé de Mayence en Vendée, il a fallu obéir! Mais se battre contre des Français, au lieu de se battre contre des Prussiens, cela fait mal! Avoir des bourreaux pour généraux, cela me fait horreur, et je me suis juré de ne jamais poursuivre un homme fugitif, de ne jamais frapper un homme désarmé, de ne jamais livrer un homme caché.

ANNE, avec un accent de doute.

C'est une belle tâche que vous vous proposez là!

LAMBERT

Ajoutez dangereuse, citoyenne. Savez-vous ce qu'était le camarade qui était là de planton? Un de ces gaillards qui voient des traîtres partout. (Gaîment.) Or, comme je

ne tiens pas à être fusillé, je parle leur langage, j'ai l'ai d'épouser leurs passions : c'est à ce prix seul que je puis atteindre mon but. Je ne les trahis pas, je sers l'humanité à côté d'eux et malgré eux. Et maintenant que vous savez qui je suis, dites-moi sans crainte où est caché votre mari. Je dirigerai les recherches dans la maison de façon qu'on ne le retrouve pas .

A N N E , le regardant en face.

Qui me dit que vous ne me trompez pas?

LAMBERT

Ma figure. Regardez-moi, et dites-moi si je n'ai pal'air d'un homme sincère.

AN.NE

Vous aviez cet air-là aussi, tout à l'heure, quand vous me menaciez.

LAMBERT

Quel intérêt aurais-je à vous tromper? *

A N N E, passant à droite.

L'intérêt qu'ont les bêtes fauves à saisir leur proie. L férocité n'exclut pas la ruse.

LAMBERT

Vous êtes dure pour un honnête homme, Madame.

ANNE

Je ne demanderais qu'à vous croire.

LAMBERT, av ec impatience.

Croyez-moi donc! Les instants sont précieux. Si n soldats prennent votre mari, il est perdu !

\ N N E, avec crainte.

Mais si je le perdais en vous lo conflant? Si vous m trompiez?

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