‹ Avec préface (volume 2)Chapitre 47 sur 114 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

Les Mkmks.AXXE.

KERVILER, allant k Anne et l'amenant en scène.

Venez, Madame, venez m'aider à remplir un grand

levoir! Venez dire à cet ingrat qu'il n'a pas le droit de louter de moi.

ANNE

Gomment?

KERVILER

Privés d'un prêtre, nous nous nous sommes rappelé que les chrétiens pouvaient, dans ces crises terribles, s'avouer leurs fautes, s'absoudre. Je lui ai ouvert ma conscience, et lui à son tour...

ANNE, avec uq cri d'épouvante.

Il a parlé I

KERVILER, s' arrêtant à ce cri.

Il a parlé! Quel accent! (Les regardant tous deux tour à tour.)

Ce front!... ces yeux qui se détournent!... (Avec uq cri terri) bie.) Ah! misérables!..,

MORÉAC.

Grâce !

KERVILER

Non! Vous m'avez déshonoré! vous avez souillé la plus pure des créatures humaines !

ANNE

Grâce!

KERVILER

Non! vous avez violé la foi jurée! Soyez maudits!

MORÉAC, avec un accent de supplication éperdue.

Mon père!

KERVILER, frappé au cœur par ce mot, et restant anéanti.

Mon père! moi! Maudire!... moi!

ANNE, s'approchant de lui, d'une voix tremblante.

Vous avez entendu pour pouvoir absoudre !

KERVILER, relevant la tête avec rage et passant violemment à gauche.

Absoudre! Ah! c'est plus impossible encore! Que je le réconcilie avec Dieu? que j'appelle le pardon sur sa tête...

sur la vôtre? Non! c'est au-dessus des forces humaines Je ne peux pasi Soyez...

ANNE, se précipitant vers lui.

Moi! oui! oui! Maudissez-moi! Je l'ai mérité, et j'ai toute ma vie pour expier ma faute! Mais lui! lui! le mal heureux! sur le bord de réternité, si vous lui refusez 1. pardon... il est perdu pour toujours.

KERVILER, lui saisissant les mains.

Mais, insensée que vous êtes! vous ne voyez donc pas que chacune de vos prières pour lui est un coup de poi gnard pour moi? Que votre amour pour lui porte ma jalousie jusqu'à la fureur? Laissez-moi !

(Il tombe assis sur le fauteuil.) ANNE, s'agenouillant près de lui.

Non! Vous m'écouterez!... Ce n'est pas Anne, c'est une pauvre femme que vous ne connaissez pas, quitoml à vos pieds! Jugez-la! jugez-moi! Rester à ses côtés pai devoir pendant deux mois! Le voir revivre! L'aider à revivre! J'aurais dû fuir! J'aurais dû courir à vous, mai je n'ai pas pu! Ces deux mois m'avaient ôté toute m force, toute vertu! Je me sentais perdue!... et j'étai

heureuse de me 'perdre! (Kerviler se relève avec violence.) Ali

insensée que je suis! je vous irrite en voulant vous ton cher! Ne voyez que mes larmes I Quand les coupables s. repentent, le prêtre pardonne.

MORÉAC.

Quand les coupables ont lutté, le prêtre pardonne.

ANNE

Ah! l'effort est bien grand, sans doute, m:n< ^i n"'>«t pas plus grand que votre âme!

(Les deux jeunes gens sont aux pieds de Kerviler; il est dciraut, *es tnaii' • se crispent sur son front, sa poitrine est secouée par 1m «ang-lot*. ï' combat terribU* parait se livn*r en lui. puis, peu à ; (i«'>coiiiractent et retombent. Il lève les yeux au ciel, pi jeunes gens, <!f^"' '•••^ v..i.-c ,.t )«« n-ains sont ard<M<<"-.

KERVILER, à demi assis sur le bord de la table, d'une voix émue.

Vous l'avez dit!... Vous n'êtes pas deux criminels... pauvres enfants! vous êtes deux martyrs!... et martyrs par moi! C'est moi qui ai fait votre malheur et votre faute!... Si je n'avais pas accepté sa main, vous seriez tous deux purs et tous deux heureux! Si j'avais été tué dans cette guerre!... (ii passe entre eux deux.) Ah! que nepuisje disparaître tout seul aujourd'hui et payer sa vie de la mienne, comme.il a donné la sienne pour moi! Recevez du moins la seule chose qui me reste à vous donner. Homme, je vous pardonne; prêtre, je vous absous!

MORÉAC.

Ah!

KERVILER, à Anne, montrant Moréac.

Il va expier par la mort. Vous expierez, vous, par la vie, et ensuite Dieu réunira ce qui doit être réuni.

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