‹ Avec préface (volume 2)Chapitre 79 sur 114 · HENRI, VIOLANTE, LA MARQUISE, ISABELLE · texte numérisé non relu

HENRI, VIOLANTE, LA MARQUISE, ISABELLE

LA MARQUISE

C'est à M^^^ Isabelle Tordova que j'ai l'honneur de parler?

ISABELLE, tremblante.

Oui. madame la marquise.

LA MARQUISE

Pourrais-je voir madame votre mère, Mademoiselle?

Ma mère est absente, Madame.

LA MARQUISE

Il n'importe! C'est devant vous et c'est de vous que je venais lui parler. Ce que je lui aurais dit, je puis donc vous le dire, et si ma présence ne vous est pas importune...

ISABELLE

Madame !... (EUe fait un signe à Violante, qui approche un siège pour la marquise et sort. Isabelle en prend uu auprès de la marquise.) HENRI, à part.

Quel est son projet?... Ah! quel qu'il soit, ma résolution est prise. (U s'assied à gauche.)

LA MARQUISE

Mademoiselle, vous aimez mon fils?...

ISABELLE, se levant, et après un moment de silence.

Oui, Madame, depuis trois ans! (Elle se rassied.)

LA MARQUISE

Mon fils vous aime?..

HENRI, vivement.

Oui, ma mère, et pour toujours!

27G comp:dies en un acte.

LA MARQUISE

Veuillez ne pas m'interrompre, Henri... Mademoiselle, vous êtes sans fortune, et mon fils est un des plus riches héritiers de Madrid... Vous êtes la fille...

ISABELLE, avec fierté.

Du colonel Tordova, Madame !

tA MARQUISE.

Qui, aujourd'hui, sert vaillamment l'Espagne en Amérique, je le sais !... Mais mon fils est le marquis de Urreaz, Mademoiselle... vous ne pouvez pas être sa femme.

HENRI, avec impétuosité, et se levant.

Elle le sera cependant!

LA MARQUISE

Mon fils î

HENRI

Ah! ma mère! que la mémoire de l'amour que vous inspira mon père protège votre fils auprès de vous ! car, je vous l'ai dit ce matin, et je vous le répète, si vous êtes sans pitié pour moi... eh bien! je me souviendrai que j'ai bientôt vingt-cinq ans, que dans quelques mois je

serai mon maître... (Mouvement d'Isabelle.)

LA MARQUISE, se levant.

Oui, Mademoiselle, il me l'a dit; et voilà ce qui m'amène auprès de vous ; oui, mon fils m'a déclaré que, si je lui refusais mon consentement, il me contraindrait, la loi à la main, de le lui accorder.

ISABELLE, vivement.

Croyez, Madame...

LA MARQUISE

Je viens vous interroger, Mademoiselle : êtes-vous décidée à permettre que Henri m'impose la volonté de la loi? Si votre résolution est prise, dites-le-moi, et à l'instant, pour m'épargner, àmoi, une insulte, et, à mon fils... ce que je regarde comme un crime... je signe!

ISABELLE

Quoi, Madame, vous voulez?...

HENRI

Ma mère!...

LA MARQUISE

Prononcez, Mademoiselle î -Voulez-vous entrer dans ma famille malgré moi? Vous êtes libre.

ISABELLE, d'une voix tremblante.

Madame la marquise, j'aime Henri de toutes les forces de mon âme, et Dieu sait si j'ai jamais aimé en lui autre chose que lui-môme, mais, je ne serai jamais cause qu'un fils outrage sa mère. Vous ne signerez pas, Madame la marquise.

UENRI.

Isabelle !

LA MARQL'ISE, avec joie.

Ainsi, vous me promettez que jamais?...

ISABELLE

Non, Madame, jamais!

LA MARQUISE, avec effusion.

Eh bien!... eh bien! venez, Isabelle, venez, ma fille!

(Elle l'embrasse.)

HENRI

Ma mère!

LA MARQUISE, à Henri.

J'élais bien sûre, ingrat, qu'elle vaudrait mieux que toi!

ISABELLE

Que dites-vous ?

LA MARQUISE

Je dis... je dis... que je suis la plus heureuse des mères... je dis que ce dernier trait achève de me désarmer...

278 comedip:s en un acte.

ISABELLE

Gomment, Madame?... Mais c'est un rêve!... qu'ai-je fait pour tant de bonheur?

LA MARQUISE

Ce que vous avez fait?... ce qu'elle a fait?... J'ai longtemps déploré l'amour de mon fils pour vous comme un malheur, et, il y a un mois encore, j'étais résolue à opposer une invincible résistance à votre union, quand tout à coup un témoignage aussi étrange qu'irrésistible a commencé à m'éclairer.

ISABELLE

Quel témoignage?

LA MARQUISE

Celui... je vais bien vous surprendre... celui du plus mauvais sujet de Madrid, de notre jeune parent don

Guillen!

LA MARQUISE

C'est lui dont la voix s'est élevée la première pour elle. « Vous repoussez cette jeune fille, me dit-il avec énergie ; vous ne savez donc pas que, sans elle, Henri ne vaudrait peut-être pas mieux que moi?... Je le perdais, elle l'a sauvé! »

HENRI, vivement.

C'est vrai!

LA MARQUISE

a Qui lui a donné, ajouta-t-il, la force de marcher sur les traces de son père? c'est ellel... qui Ta fait rougir de m'imiter? c'est elle! Je voudrais la haïr... eh bien! je la respecte et je la vénère!... »

HENRI

Brave Guillen !

LA MARQUISE

Un tel éloge me fit une impression profonde. Alors, j'observai Henri plus attentivement; je remarquai que, chaque fois qu'il vous quittait, ses sentiments étaient plus nobles, plus élevés; je le vis devenir sous vos regards le fils que je rêvais. Dès ce moment, mon cœur fut vaincu... je vous aimai, je vous bénis I

HENRI

Et tu ne me l'as pas dit?

Ah! je n'étais pas seule, je ne le suis pas encore; don Aguilar, le chef de la famille... mon frère, me répètent sans cesse : « Attendez! attendez! vous verrez ce que deviendra toute cette vertu à la première épreuve ! » Eh bien! cette épreuve! je viens de la tenter : je puis leur dire maintenant: Voilà ce qu'elle a fait!... Et s'ils résistent encore, je leur résisterai à mon tour. Je passe dans votre camp, et nous combattrons ensemble.

HENRI, lui baisant les mains.

0 ma mère! ma bonne mère!

LA MARQUISE, souriant.

C'est cela... baisez-moi les mains... Ah! vous me le devez bien! (a Isabelle.) Avez-vous entendu avec quel accent de colère il me parlait tout à l'heure?... (Riant.) Il me détestait! ( Mouvement de Henri.) Je tc pardonuc... Voyons, mes enfants, portons un grand coup !

HENRI et ISABELLE.

Lequel ?

LA MARQUISE, à Isabelle.

Votre père, après sa belle défense de Bogota, n'a-t-il pas reçu l'ordre de Saint-Jacques?

HENRI

Oui... et avec cet ordre, une lettre du feu roi qui l'appelait un héroïque honnête homme.

LA MARQUISE, à Isabelle.

Eh bien! venez ce soir chez moi, à une réunion de famille.

ISABELLE, avec crainte.

Chez vous !

LA MARQUISE

N'ayez pas peur! Je serai là! Apportez cette lettre. J<' suis d'une maison où l'honneur passe môme avant le rang, et quand don Aguilar, quand mon frère verront le nom de votre père ainsi vénéré, leur fierté satisfaite fera taire leur orgueil blessé.

HENRI

C'est cela! ce soir, la présentation... demain, le contrat.

LA MARQUISE

Oh! n'allons pas si vite! la partie est bien loin encore d'être gagnée !

UENRI, avec bonheur.

Ce soir! ce soir! pourvu que je ne meure pas d'ici là!

ISABELLE, allant à lui et lui mettant la main sur la bouche.

Voulez-vous vous taire !

HENRI

Soyez tranquille... je n'en pense pas un mot! Allons, je vais convier Guillen.

LA MARQUISE

Tu lui dois bien cela! Il y a huit jours, le commandeur lui a proposé de payer ses dettes s'il voulait ne plus me vanter Isabelle!... Il a refusé!

HENRI

Ah! c'est sublime!

LA MARQUISE, a Isabelle.

Allons, à ce soir! et surtout... faites-vous bien belle! C'est une bataille rangée que nous aurons à soutenir... A' ce soir!

HENRI, au milieu, leur pressant les mains.

Ma mère !... Isabelle !... comment vous dire?...

LA MARQUISE

Tiens, tu ne nous diras jamais rien de mieux que cela.

Viens ! (a Isabelle.) A Ce soir ! (EUe sort avec Henri.)

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