‹ Avec préface (volume 2)Chapitre 93 sur 114 · DON GUILLEN, ISABELLE, HENRI, LA MARQUISE CLAVIJO · texte numérisé non relu

DON GUILLEN, ISABELLE, HENRI, LA MARQUISE CLAVIJO

HENRI, furieux.

Clavijo... à nous deux, enfin!

ISABELLE, le' retenant.

Henri !

LA MARQUISE, de même.

Mon fils !

CLAVIJO, à Isabelle avec autorité.

Retenez-le, Mademoiselle!... retenez-le!... L'honneur de votre père en dépend!

Son honneur!... misé...

CLAVIJO

Pas un mot de plus!

DON GUILLEN, arrêtant Henri.

Laissez-le parler! (a part.) Quelle comédie va-t-il jouer'

CLAVIJO

Tout à l'heure, ici môme, on a eu recours, pour m'ar racher une signature que rien au monde ne m'aurait fai donner, à bien des violences qui ont été inutiles.

DON GUILLEN, à paru

Impudent!

CLAVIJO

Et maintenant, il est tel écrit, toile preuve... (juc }i n'avais pas... quand je vous ai vue, Mademoiselle...

DON GUILLEN

Il l'avait!

CLAVIJO

Et qu'un seul mot d'offense ferait rentrer à l'instant dans mes mains... car je ne cède jamais à la force. (Rire de don Guiiien.) Je uc cède jamais à uu homme... mais à une femme, et à une femme aussi généreuse que vous,

Mademoiselle... (Lui tendant un papier.) TeUCz!... ISABELLE, prenant la lettre.

Ciel! sauvé!... la lettre de mon père au général ennemi!...

GUILLEN, allant à Clavijo.

Bien joué, seigneur Clavijo!

CLAVIJO

Vous trouvez?

ISABELLE

Henri! ma mère! venez!... et vous aussi, don Guillen, car vous ne partez plus...

HENRI

Tu partais?...

DON GUILLEN

Oui, je voulais aller voir ce qui se passe là-haut ou làbas; mais je n'y trouverais pas d'ange plus pur que celui-ci, ni de diable plus noir que celui-là... Je reste...

ISABELLE

Don Guillen!...

DON GUILLEN

Je reste pour le surveiller, (a ciavijo.) Vous vous souvenez de ce que vous m'avez dit sur votre puissance... Eh bien! j'en prends acte... Je te condamne à la vertu à perpétuité.

CLAVIJO

Vraiment?

DON GUILLKN.

Et, pour commencer, demain, librement, spontané ment, vous vous déclarerez fauteur de ce libelle anonyme, et vous reconnaîtrez l'innocence du colonel Tordova !

CLAVIJO

Pourquoi ne le ferais-je pas, puisque c'est la véritt

(Il sonue.)

DON (iUILLKN.

Un vrai petit saint! (Ua domestique entre et va prendre !•' Harabeau afin d'éclairer.)

CLAVIJO, au domestique k voix l»asse.

Restez ! (Le domestique reste près de la table où est le flambeau.)

DON GUILLEN, saluant.

Seigneur GlavijO ! (Tout le monde salue. A Isabelle et à H.mu

Décidément! je suis plus fort qu'Hercule! Il assommait les monstres : je les métamorphose! (ils remontent tous le

théâtre pour sortir. Clavijo les reconduit, puis, redescendant vivement en scène, et se dirigeant vers la table à gauche du spectateur :) CLAVIJO, au domestique.

Pedro ! (I>e domestique va k lui. Clavijo ouvrant vivement le tiroir

la table.) Pcdro, aycz soin qu'il y ait toujours dans ' tiroir deux pistolets chargés.

La toile tombe.

PRÉFACE

Voici une bien petite pièce : elle n'a qu'une scène et qu'un rôle; mais voilà un bien long rôle! il remplit toute une pièce. Composé pour M"^ Delaporte, et joué par elle en Russie avec un grand succès, à la cour et dans le monde, mon unique per^ sonnage, mon héroïne, a vingt ans, un mari et un enfant pourtant c'est ce qu'on appelle au théâtre un rôle d'ingénue , c'est-à-dire qu'elle a gardé, dans les nouveaux sentiments où le mariage et la maternité l'engagent, ce caractère de naïveté qui, d'ordinaire, n'appartient qu'aux jeunes filles. C'est une mère ingénue, c'est une épouse ingénue, c'est une femme jalouse ingénue. Ingénuité et jalousie, voilà deux mots qui ne vont guère bien ensemble; mais c'est précisément dans l'assemblage de ces deux contraires que réside la petite nouveauté de ce personnage, si nouveauté il y a. J'engage donc mes interprètes ou mes lectrices à bien se rappeler, si elles le peuvent, les intonations si fines, si cristallines, si délicieusement naïves qui éclosaient comme une musique naturelle sur les lèvres de W^° Delaporte dans les Vieux Garçons el dams Montj oie. A défaut de ce souvenir, voici mon conseil: Ce rôle a vingt ans, jouez-le ou lisez-le comme s'il en avait seize.

Un petit salon. Une petite table de travail ; un portrait sur la table. Une veste (hi matin sur une chaise. Porte au fond, fenêtre donnant sur un jardin, porte donnant dans une chambre.

MARIE

;Au lever du rideau, elle est debout sur le seuil de la porte de gauche et parle à la cantonade. La cantonade est un petit enfant couché dans un berceau, dans la chambre voisine.)

Voyons! soyez sage, Monsieur! Dormez!.,. (Elle descend 3n scène.) Il n'a pas encore deux ans, il est déjà despote... Tant mieux! cela prouve qu'il aura du caractère. (Tout en

arrangeant son ouvrage sur la table.) C'cst étonuaut tOUt Ce qu'OU

voit déjà sur sa figure! D'abord, je suis sûre qu'il sera ! très honnête. Un regard si limpide!... Et très fin avec ! cela... diplomate!... Ah! s'il entre jamais dans les amj bassades, il fera joliment son chemin! Voyons s'il est

: endormi. (EUe va à la porte et regarde l'enfant dans son berceau.) Ah !

bien oui! ses grands yeux ouverts comme des portes cochèros. (Apart.) C'est très gentil à lui de n'avoir pas

' crié! (Elle regarde de nouveau.) Oh ! IC SCélérat!... OUi ! OUil...

I je comprends ! il veut que je le prenne, que j'apporte son

I berceau ici. (Lui pariant.) Non! Monsieur! non! Vous res-

' terez dans votre chambre! (Se détournant un peu.) Ilegardez-

moi ces regards suppliants ! A-t-il l'air assez câlin ! Je ne

sais pas comment feront les femmes pour lui résister. (i.ui parlant.) Me promcttez-vous, si je vous prends, de dormir tout de suite... tout de suite? Oui. Oh! je sais, les promesses, cela ne vous coûte rien. Eh bien, voyons, je vais essayer. Mais je fermerai vos rideaux. C'est convenu?

Je viens. (EUe entre dans la chambre à gauche et revient traînant un petit berceau dont les rideaux sont fermés.) Est-il lourdi... Oh! \\ Sera très fort ! Ouf ! . . . (Elle entr'ouvre le rideau seulement assez pour y passer

la tête.) Vous entendez bien! Pas un mot et dormir tout de suite! Qu'est-ce que vous voulez? Que je vous embrasse?

Oh ! cela, je veux bien. (Elle lembrasse, referme les rideaux et vieo' se remettre k la table de travail.) Je Vais travailler pOUr lui. Je

vais lui faire un petit bonnet. (Elle se met à travailler.) Quan( je pensais autrefois au petit garçon que j'aurais, cai j'étais sûre d'avoir un petit garçon, je me le figurais toujours à quatre ans. Eh bien, je l'aime mille fois mieux ^ deux. C'est déjà un petit garçon et c'est encore une petite fille! La preuve, c'est qu'on peut lui faire des bonnet- Celui-ci sera très gentil. Il vient de romuer!... (EUe se lev. et va au berceau.) Nou!... Pour le coup, il dort. Commc c'est joli, un enfant qui dort! Ils ont des poses d'une invei tion!... (Le regardant.) Voycz-moi uu pcu cc petit pied qu sort de dessous la couverture, et cette tête repliée sou5 son cou comme un oiseau dans son nidl... et cette peti jambe... si rosée!... si potelée... Quand je dis cell» jambe... Oui! oui! les jambes d'un enfant... cela remonU tnès haut... Oh! mais, c'est trop haut! voilà qu'en re muant... il a... v< Monsieur!... mnnsieut*!... cest .«A'^ k'uKj... » Hé bien! non, ce n'est pas vrai!... ce n'est pa shoking!... les enfants ne sont jamais shokingl... lU on beau être nus... ils ne sont jamais embarrassants... Léo nudité est encore de la pureté, car ils sont tout vùtu^ d'innocence et de candeui*. Ils ne sont pas nus, ils son sans voiles romm»' lo inyon du soleil qui >;nrt «lu bronil

lard, comme la fleur qui sort de son calice. (Riant.) Ahl bon Dieu! voilà que je deviens poète! Ce que c'est que ces petits monstres-là!... Je ne sais comment font les femmes qui n'ont pas d'enfants. On devrait 'trouver un moyen pour que les pauvres vieilles filles puissent en avoir un petit... honnêtement. (S'arrêtant.) J'ai parlé trop haut. Je l'ai réveillé!... (Eiie va au berceau.) (Non ! ses yeux sont toujours fermés. Il sourit. Gomme il lui ressemble!

(Elle revient à la table et reprend son ouvrage, puis après un court silence.)

Gomment ne lui ressemblerait-il pas? Depuis bientôt trois ans que je suis mariée à Paul, je n'ai pas été une heure, une demi-heuro, sans penser à lui. Je le vois aussi bien quand il est absent que quand il est là. (Un court silence.) Méritc-t-il tant d'amour?... Bon! voilà mon défaut qui me reprend... Paul prétend quejesuisun peu jalouse! Jalouse... Oh! non! non!... Être jalouse, c'est avoir un mauvais caractère... c'est tourmenter ceux qu'on aime... J'ai vu un jour un portrait de la Jalousie. Elle était affreuse!... Je ne veux pas être jalouse!... La jalousie, c'est de l'amour qui ressemble à de la haine ! Seulement... seulement... j'aime tant Paul que j'ai toujours peur qu'on ne me le prenne. Ge n'est pas mal, cela ! . . . G'est tout simple! D'abord Paul est si bien qu'il est impossible que toutes les femmes ne le remarquent pas. Puis, je me sens tellement toute à lui que je voudrais qu'il fût tout à moi! Ainsi, par exemple, il entrerait maintenant et il me dirait: «Nous allons partir tout de suite pour deux mille lieues d'ici, nous y resterons toujours, tout seuls, sans nos amis, sans nos parents, tu ne verras que ton fils et moi! » Serais-je malheureuse?... G'est bien mal ce que je vais dire là, car enfin je quitterais maman. Eh bien, non! j'aurais des remords de ne pas être plus triste... mais, au fond, je serais follement heureuse, parce que je

les aurais tous deux. (Montrant le berceau.) Luil... (Montrant la

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fenêtre qui donne sur le jardin.) Et lui! Il CSt là en baS ! L uilcllT

de son cigare me le dit. Quand je pense que je trouve que son tabac sent bon!... (Avec un soupir.) Est-il ainsi, lui? non!... Et la preuve, c'est que, quand je fais une fausse note au piano, il s'en aperçoit toujours. Mon Dieu! je sais bien que les hommes ne peuvent pas aimer comme nous. Mais c'est qu'il m'a gâtée au début! Quand il m'écrivait... avant notre mariage... « Si vous n'êtes pas à moi, je me tuerai I » Il l'aurait fait alors!... Il me l'écrirait encore, mais il ne le ferait pas. (Un silence.) Je pense toujours... à... à cette jolie veuve, M""^ de Verdière... et quand je vois Paul s'approcher d'elle... lui parler... (Se levant.) Gcttc M""^ de Verdière!... une femme toute peinte, qui a cinq ans de plus que moi!... On trouve ses yeux beaux... moi! je ne vois pas ce qu'ils ont... Oh! si! si!... Ils sont beaux! plus beaux que les miens! Et puis, elle est grande!... Et Paul a dit l'autre jour qu'il aimait les femmes grandes. Mon Dieu! qu'est-ce que je pourrais donc faire pour grandir... seulement (EUe indique d'abord i.-

petit bout de son doigt et remonte ensuite jusqu'au bout du doigt.) dC ça !

Oh! oui! il faudrait bien le doigt tout entier. Puis Paul est si coquet! On parle toujours de la coquetterie des femmes; celle des hommes est mille fois plus variée. Nous ne sommes, nous, coquettes que de visage; eux, ils le sont d'esprit, de courage, de sensibilité, de dévouement... de tout! Et quand je vois Paul penché sur le fauteuil de M"*' de Verdière, et lui parler avec un sourire... (sarrêtant.) Nou!... je ne vcux plus y penser!... D'abord, cela fait trop mal!... Puis, c'est injuste! J'en suis sûre.. Il n'y a rien entre eux!... Travaillons! travaillons pour lui... Tout à l'heure il a posé là sa veste du matin et m'a priée d'y attacher sa décoration. A l'ouvrage. (EUe prend la ▼este et s'apprête à travailler.) A côté dc cc bcrccau ! En regardant son fils! Mon cœur est plus tranquille! Cela calme,

l'aiguille! (Après uu court silence.) A qui pouvait-il donc écrire hier avec tant d'attention? (Tout en travaillant.) Il était sorti après le dîner pour aller à son cercle... A dix heures, il n'était pas encore rentré. Je commençais à m'inquiéter. D'abord je commence toujours par là. Dix heures et demie, onze heures; il ne revient pas. J'étais là, essayant de lire, et ne pouvant pas; tressaillant à chaque bruit de pas; allant sans cesse de ma chaise à la fenêtre... Enfin, à onze heures et demie, j'entends sa voix au bas de l'escalier. Comme il me gronde toujours quand je pleure, et j'avais un peu pleuré, je me jette dans mon lit à moitié déshabillée, et je fais semblant de dormir. Il entre, il se penche sur moi pour s'assurer que je dormais... Le cœur me battait... Ohî mais je restais immobile, je sentais que, si je lui parlais, je fondrais en larmes. J'avais fait de tels rêves de jalousie dans la soirée! Alors, il va s'asseoir à cette petite table; je ne perdais pas un seul de ses mouvements, quoique j'eusse les yeux à demi fermés ; on voit très bien à travers les cils. Il prend une plume, du papier, et commence à écrire... A qui? Ce n'était pas à un homme... Il souriait. On ne sourit pas en écrivant à un homme. Il recommence deux ou trois fois la lettre, regardant toujours de mon côté pour bien s'assurer que j e dormais. Puis, il prit la cire rouge, le petit cachet qu'il

porte à sa montre... (Avec un peu d'attendrissement.) Un Cachct

que je lui ai donné! et, toujours souriant... avec une physionomie... oh! une physionomie qui m'a fait bien du mal... (Avec douleur.) Oh! oui ! oui! Il a raison! C'est un grand tourment qu'une imagination comme la mienne! Mais qu'y faire? Comment me corriger? J'emploie les moyens que je crois les meilleurs : le raisonnement, la prière, son souvenir. Je ne peux pas! C'est comme si je voulais me corriger de l'aimer!

PAUL, dans ]e jardiu, chantant .

Le vase où meurt cette verveine D'un coup d'éventail fut fêlé.

MARIE

Ah!... le voilà qui chante ! C'est le Vase brisé de SuUy- Prudhomme.

PAUL, continuant à chanter •

Le coup dut effleurer à peine ; Aucun bruit ne l'a révélé !

MARIE

Quelle jolie voix il a!... De qui donc est la musique?.. Gomme elle est pénétrante !

PAUL, continuant à chanter.

Mais la légère meurtrissure, Mordant le cristal chaque jour, D'une marche invisible et sûre En a fait lentement le tour !

Délicieux!

MARIE

PAUL

Son eau pure a fui goutte à goutte, Le suc des fleurs s'est épuisé; Personne encore ne s'en doute, N'y touchez pas!... Il est brisé!

MARIE

Ah! je me rappelle! C'est une des mélodies do P.il; dilhe!

PAUL, chantant.

Ainsi parfois la main qu'on aime.

Effleurant le cœur, lo meurtrit !

Puis le cœur se fend de lui-même, La fleur de son amour périt !

M A HIE, .1 i'î crainte.

()\](^ .iccciil

AUTOUPx. D'UN BERCEAU. 32^1

PAUL

Toujours intact aux yeux du monde,

Il sent croître et pleurer tout bas

Sa blessure fine et profonde!...

Il est brisé! N'y touchez pas! (Le chant s'arrête.)

MARIE, avec crainte.

! Je me sens le cœur tout troublé!... Son émotion, en chantant cette strophe... ressemblait à un regret... à un reproche!...Est-ceque je l'aurais blessé sans le savoir?... Est-ce que ma main qu'il aime aurait meurtri son cœur? Oh! non!... C'est impossible!... Et pourtant, quand il a dit ce vers...

La fleur de son amour périt!...

il m'a semblé que c'était de son amour à lui qu'il parlait... et à ce mot... il est brisé... j'ai cru!... Allons! allons! je suis folle. Vraiment, je l'aime trop! (Eiie écoute et essuie ses yeux.) Il me Semble qu'il m'appelle!... Oui! c'est bien moi ! . . . (Eiie va à la fenêtre.) Paul ! . . . Est-cc que tu m' appelles?... Oui. Tu veuK quelque chose?... Ah! oui! je comprends... Ta veste. Quoi? Qu'est-ce que tu me demandes? Si je t'ai attaché ta décoration? Oui, Monsieur, oui! Votre femme fait toujours tout ce que vous lui dites de faire. (Écoutant.) Quoi?... Je n'entends pas! Tu dis?... Ah! oui!... Tu veux que je te la jette par la fenêtre?...

Tiens !... attrape !... (EUe lance la veste par la fenêtre. Un papier tombe de la poche.) Uu papier?... UUC lettre?... (Elle la ramasse.)

La lettre de cette nuit!... Oui! c'est bien elle! Je la reconnais... Voilà la cire rouge... voilà le cachet!... 0 mon pauvre cœur!... (Elle porte la lettre à son nez.) Du papier parfumé ! Il n'écrit jamais sur du papier parfumé!... Et cette adresse inachevée!... « A madame... » Pas de nom!.,.

Pourquoi?... (Elle regarde la lettre en tous sens.) GommC il avalt

peur qu'on ne pût la lire! La cire ne lui a pas

32'f COMEDIES EN UN ACTE.

suffi... Il a encore fermé la lettre de tous cotés avec de

la gomme. (EUe regarde encore la lettre avec plus d'attention.) Qu'cst-

ce que je vois? La première lettre du nom est tracée i\ demi!... C'est un V... C'est pour elle! C'est pour M™" de Verdière! Oh! le cas de légitime défense justifie tout! Quand un voleur entre chez vous, vous avez le droit de vous armer contre lui!... Et je veux... (Elle déchire vivement

l'enveloppe, elle ouvre la lettre, la Ut, et, après l'avoir lue, tombe sur un siège, la tête dans ses deux mains. — Après un long silence, elle relève la

tête, et, à voix basse :) Oh î bon Dicu!... Quello honte!...^Je suis sûre qu'il est là en bas, sous la fenêtre et se moquant de moi. (Lisant la lettre.) (( Ah! je t'y prends! J louse! » (A moitié riant.) Oh! le moustrc I Comme il m»* connaît! lia deviné que je la lirais! C'est bien joué!... lia tant desprit! (Relisant la lettre.) « Ah! je t'y prends, ja... Je n'oserai jamais reparaître devant lui. (Eiie se lève tom

doucement et va à la fenêtre, regardant de derrière le rideau, do façon à no

pas être vue.) Justc ! Il cst là! Il a Ics ycux tournés par ici! Il rit dans sa barbe... dans sa jolie barbe!... (So mettant t -

à coup franchement à la fenêtre et lui envoyant mille baisers.) Eh bien !

va! ris! moque-toi de moi! ça m'est bien égal!... Je si

si heureuse ! (Se retournant du coté du berceau.) SoU fils s'évcille '

(Appelant son mari.) Viens!... visns!... quc JB t'cmbrasse que je te demande pardon au-dessus de son berceau Mais viens donc!... Ah! ma foi! je n'y tiens pas!... ,

vais le chercher! (EUe sélance dans le jardin; la toile tombe.^

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