‹ Avec préface (volume 2)Chapitre 94 sur 114 · QUI NE FAIT RIEN · texte numérisé non relu

QUI NE FAIT RIEN

PREFACE

Si je n'avais craint la disproportion d'un grand titre avec une petite pièce, j'aurais intitulé celle-ci: l'École des oisifs. Mon dessein, en effet, a été, non pas comme l'ont cru quelques personnes, de donner aux pères le conseil de marier leurs filles à des hommes qui ne font rien; mais de montrer aux jeunes gens que leur naissance, leur grande fortune, les préjugés de leurs familles, parfois aussi de respectables opinions politiques, éloignent des fonctions civiles ou publiques, de leur montrer dis-je, comment leur oisiveté peut être occupée, leurs loisirs féconds, leur inutilité... utile; combien de choses enfin ils pourraient faire en ne faisant rien.

Pour rendre mon idée plus sensible et plus propre au théâtre, j'ai essayé de la réaliser, je ne dirai pas dans un caractère.... le mot est trop gros pour la chose, mais dans un portrait de genre qne l'on n'a pas encore, je crois, produit sur la scène, quoiqu'il en existe plus d'un modèle, et que j'appellerai le dilettante, l'amateur, le dégustateur. Qui de nous n'a rencontré quelqu'une de ces natures heureuses et ouvertes à tout, que la multiplicité même de leurs goûts et de leurs aptitudes rend impropres à la constance d'un état unique; r es (data, comme auraient dit les anciens, êtres ailés, légers, mobiles, qui vont, qu'on me pardonne ce mot, qui vont tlànant dans les professions de tout le monde pour en cueillir la fleur, pour encourager ceux qui les exercent, et qui, dans notre ardente société où l'on ne voit que lutte, travail, rivalité, production, représentent,

eux, la sympathie, la jouissance, l'enthousiasme, le goût. L'Evangile a dit: Les lis ne filent pas, les lis ne travaillent pas ; et cependant quels rois de la terre sont plus splendidement vêtus qu'eux? Ces paroles n'absolvent-elles pas un peu ces oisifs intelligents, qui ont, eux aussi, le charme et le parfum, et surtout ceux qui, comme le personnage que j'ai voulu peindre, sont conduits, par une transition naturelle, de l'amour du beau à l'amour du bien, en arrivent par degrés à s'apitoyer sur tout ce qui souffre, comme ils s'enthousiasment pour tout ce qui brille, et s'élèvent peu à peu dans ces pures et hautes régions du monde moral où n'arrivent guère que les âmes qui ont pour seul objet d'admirer et d'aimer.

Tel quel, voilà mon héros : je le livre au public, moitié comme une réalité, moitié comme une fiction, ayant tâché de le faire assez vrai pour qu'on le reconnût, et assez idéal pour qu'on eût lieu de vouloir l'imiter; car enfin dans ce monde où chacun est si acharné à ses propres affaires qu'il n'a tout juste que le temps de penser à lui, n'aurions-nous pas grand besoin de gens qui auraient assez de loisir pour pouvoir un peu penser aux autres?

Cette petite comédie m'a donné un plaisir très rare; M. Dressant a mieux joué Maurice que je ne le lisais; j'y mettais peutêtre plus d'imagination, plus de feu; il' y mettait, lui, plus de naturel, plus de charme; il le faisait plus aimer. Si la pièce a eu un vif succès, M. Dressant y a été pour une bonne part.

PERSONNAGES

MAURICE DE VERDIE RE MM. Bressant.

M. DUBREUIL, commerçant Monrose.

VALENTINE, sa fille M^c Dubois.

OCTAVE, SON FILS M. Worms.

THÉRÈSE, NOURRICE de Valentine.

Un Domestique.

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