‹ Avec préface (volume 2)Chapitre 96 sur 114 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les MÊNfES, OCTAVE.

OCTAVE, à la cantonade, à gauche.

Je reviendrai ce soir; oui, je te le promets.

Il descend en scène.

Ce soir?... Hélas! ici reviendrai-je jamais? Ce duel... On a beau n'en rien faire paraître, Quand on se dit : Ce soir je serai mort peut-être, De son cœur à grand'peine on étouffe le cri... Ce n'est pas qu'on ait peur, mais on est attendri.

Apercevant Thérèse.

Toi, ma vieille Thérèse? Où donc est Valentine... Ma sœur?

TIIÉRKSK.

Monsieur Octave, elle écrit, j'imagine, Pour sa société de secours.

OCTAVE, souriant.

En effet...

Ohî c'est son grand souci!

THÉRÈSE, avec importance.

C'est de moi quelle a lail Son fac... son fac.

OCTAVE

Totum!

THÉRÈSE

Totum! Nous aïitres vieill- Nous ne connaissions pas d'inventions pareilles. Des filles de seize ans avoir des comités! Présenter des rapports à des sociétés!

Présider! Être, enfin, membres de quelque chose I C'est drôle, mais pourtant c'est gentil, et je n'ose

UN JEUNE HOMME QUI NE FAUf RIEN. 333

Rire de tout cela quand je vois votre sœur.

Avec quel dévouement, quels soins, quelle douceur!...

OCTAVE

Assez! assez!

THÉRÈSE

Comment, assez? Que je me taise, Quand c'est pour la vanter que je parle !

OCTAVE

Oui, Thérèse!

THÉRÈSE

Vous m'arrêtez, au lieu de me dire merci!

OCTAVE

C'est étrange, il est vrai, mais pourtant c'est ainsi. Il est, il est des jours où l'on ne peut entendre Louer ceux qu'on chérit d'affection trop tendre ; Et ces jours-là, tu vas ouvrir de bien grands yeux, Thérèse, sont les jours qu'on les aime le mieux.

THÉRÈSE

Mais cependant...

OCTAVE, apercevant Maurice qni est descendu en scène.

Silence! Eh! monsieur de Verdière, Qu'à Baden, cet automne, a rencontré mon père...

MAURICE

Et qui vous prie ici. Monsieur, du fond du cœur, D'achever l'entretien commencé.

OCTAVE

Sur ma sœur?

Vous la connaissez donc ?

MAURICE

Un peu ! Puis j'ai de même Une sœur de seize ans, et que j'aime!... que j'aime Autant que vous aimez la vôtre! de façon Que je ne puis jamais entendre ce doux nom,

Sans que devant mes yeux soudain paraisse et brille Tout ce que représente au sein d'une famille En grâce, en poésie, en vertus, en bonheur, Cet être ravissant qu'on appelle une sœur.

OCTAVK.

A votre tour, Monsieur, continuez!

Son frère Est-il plus jeune qu'elle? Elle est presque sa mère! La nature autrement en a-t-elle ordonné? Elle est presque sa fille, alors qu'il est l'aîné! Oui, tandis qu'animé d'une vertu nouvelle, Gomme elle il devient pur, dès qu'il veille sur elle; A son tour, elle aussi lui servant de soutien. L'excite vers le beau, le guide vers le bien, Le pousse à prendre rang parmi ceux qu'on renomme... Pour sa sœur, un jeune homme est toujours un grand hon

OCTAVE

Mais vous devinez donc nos plans, nos entretiens?

MAURICE

Je ne devine pas. Monsieur, je me souviens ! Je me souviens qu'elle est la douce messagère Entre les torts du fils et les rigueurs du père ! Qui de nous, dans ces jours d'ardente déraison, Où l'on veut tout quitter, et famille et maison, N'a senti tout à coup une main chère et tendre Le saisir, l'entraîner doucement, et le rendre A ces bras qui, toujours prêts à nous secourir. Ne se ferment jamais que pour se mieux rouvrir?

THÉRÈSE, au fond.

Bravo !

MAURICK.

Qu'on perde enfin ses parents : c'est près d'elle Qu'on les retrouve encore, et ce témoin fidèle,

Évoquant à nos yeux un moment consolés

Les êtres disparus et les jours envolés,

Il semble, en Tembrassant, qu'entre ses bras l'on presse

Et son père, et sa mère, et toute sa jeunesse !

OCTAVE

Il n'est qu'une réponse à cet élan de cœur!

Je donnerais mon sang pour voir unir ma sœur

A qui parle des sœurs comme vous !

MAURICi:, vivement.

Quoi ! vous dites? ...

Eh bien ! venez en aide à mes faibles mérites. Car je viens demander sa main !

OCTAVE

En vérité ?

MAURICE

Votre père, une fois, déjà m'a rebuté ; Mais j'ai récrit.

OCTAVE

Pourquoi son refus ?

MAURICE

11 préfère Un monsieur Dufournelle.

OCTAVE

Un instant ! Cette affaire N'est pas conclue encor.

Thérèse entre chez M. Dnbreuil.

MAURICE

J'ai, de plus, à ses yeux, 11 faut bien vous le dire, un tort très sérieux.

OCTAVE

Sérieux? Rien qui touche à l'honneur, j'imagine ?

Mouvement de Maurice.

Qu'importe alors ? Voyons, aimez-vous Valentine Comme il faut l'aimer?... Trop?

MAURICK.

Plus que trop

OCTAVE

Ça suffit

Mais dites-moi comment la rencontre se lit I

MAURICE

A son insu, le ciel un jour me l'a montrée

Dans un cadre béni. De pauvres entourée,

Elle donnait à tous du linge, un vêtement.

Voire aussi des conseils ; et rien de plus charmant

Que de Tentendre dire, en personne prudente :

« C'est bien, au comité dont je suis présidente

(Car elle est présidente, oh I je sais tout cela)

Je ferai mon rapport sur cette affaire-là. »

Et quand elle grondait quelque enfant sans vergogne.

Ou faisait un sermon à quelque vieil ivrogne,

(juel accent convaincu, quel grand air sérieux î

Et cet air-là formait avec ses jeunes yeux

Un si charmant contraste, elle avait, ce me semble.

Si joliment... trente ans et seize ans tout ensemble:

Sous ce léger dehors de puérilité

On sentait un tel fonds d'ardente charité.

Que le cœur tout ému se livrait sans défense

A cette affectueuse et maternelle enfance,

Et que moi, souriant à la fois et pleurant,

Je pris, dès ce jour-là. Dieu même pour garant

De ne jamais donner, s'il plaît à votre père,

D'autre sœur à ma sœur, d'autre fille à ma mère!

THÉRÈSE, entrant.

Monsieur Dubreuil attend. Monsieur î

MAURICE

J'y cours ! Adieu, Et priez pour Maurice I

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