a PRINCESSE, avec joie
O ciel !
KAURK ne.
.le voulais partir san
ADRIENNE LECOU YREUR. 3il
me vous venez de me rendre, service que, du reste, je l'accepte pas..-, je...
ADRIENNE, adroite et à quelques pas d'eux, les suivant des veux.
Il lui parle bas! si c'était cette grande dame... si c'était 3Ïlel...
LA PRINCESSE, continuant à causer avec Maurice.
Que voulez-vous dire ?
MAURICE, toujours bas k la princesse.
Il faut absolument que je vous parle.
LA PRINCESSE, de même.
Ce soir, quand tout le monde sera parti.
MAURICE, 'le même.
bOlt ! (La princesse remonte le théâtre k gauche du spectateur; Maurice se retourne et aperçoit à droite Adrienne, il la salue profondément.) Mademoiselle Lecouvreur!
Il fait quelques pas pour aller prés d'elle; le prince, qui avait remonté le théâtre, le redescend et prend Maurice par-dessous le bras au moment où il s'approche d' Adrienne.)
LE PRINCE
A propos de la Suède, mon cher comte, j'ai à vous demander...
(Il s'éloigne avec lui en causant et en remontant le théâtre; ils disparaissent tous deux quelques moments dans d'autres salons. Pendant ce temps, la marquise et la baronne se sont rapprochées d' Adrienne; Michonnet. qui était k l'extrême droite, a remonté le théâtre, est resté quelque temps au fond, puis est redescendu k l'extrême gauche.)
L ABBÉ, k la princesse, à demi-voix.
Je vous demanderai maintenant, princesse, pourquoi, tout à l'heure, vous m'accusez ainsi de...
LA PRINCESSE, à voix haute.
Pourquoi...? parce que vous n'êtes jamais au fait des
Choses. (Se retournant en riant vers les deux dames qui sont k gauche.)
Imaginez-vous, mesdames...
(L'abbé quitte la droite de la princesse, remonte le théâtre, et va se placer entre les deux dames comme pour se justifier près d'elles.)
342 COMEDIES ET DRAM]
LA PRINCESSE, continuant «a phn
Imaginez-vous que le pauvre abbé court vaines depuis hier à la découverte d'un secret! Une belle inconnue qu'adore le comte de Saxe... Mais, j'y songe... (Seretour. nant vers Adrienne., Mademoiselle Lecouvreur pourrait peutêtre nous éclairer sur ce mystère...
A lll! I KNN E.
Moi. madame!
la PB i .\ ci: s si:.
Sans doute!... on assure dans le monde que l'objet de cet amour est une personne de théâtre.
l'abbé.
Laissez donc...
ADR] i:\NK.
C'est étrange! on assurait au théâtre que ••.•tic mai en titre était une grande daine...
L'ABBÉ, regardant AthénaTs.
Je le croirais plutôt!
LA PRINCESSE
Ma chronique parlait menu' d'un.' certain.' ren.'.mlr nocturne...
ADB1ENN i:.
Et la mienne d'un.' visite dans une petite maison.
A T 11 CN \ l 's.
Mais <'cst très intéressant !
i. \ l'Iîl s
On disait (jne la comédienne y avait été surprise il ne rivale jalons. \
Un affirmai! que la grande daine en avait été «h par un mari indiscret
\ ni i: \ ils, (Ju • imblez bien instruites tontes deux
t ABIÎK.
Plus que moi, j'en conviens!
£f HÉ N AÏS.
Mais pour nous mettre à même de prononcer, qui nous donnera des preuves?
LA PRINCESSE
La mienne est un bouquet que la belle a laissé aux mains de son vainqueur... bouquet de roses, attaché par un ruban soie et or!
AD RI EN NE, à part.
Mon bouquet !
A THÉ X A ÏS, ii Adrienrie.
Et votre preuve, à vous... mademoiselle!...
La mienne?... la mienne, c'est que la grande dame a laissé tomber en s'enfuyant dans le jardin...
ATHÉX AÏS.
Comme Gendrillon, sa pantoufle de vair...
Non, mais un bracelet de diamants...
la PRINCESSE, a part.
Mon bracelet!
l'abbé.
Un conte des Mille et une JVuùsl
A DR I EN NE
Non, vraiment, une réalité!... car ce bracelet on me l'a apporté... on me l'a laissé... (Le montrant.) Le voici!
L A H 15 É, prenant le bracelet, et le montrant à la marquise et à la baronne entre lesquelles il est placé.
Superbe! Voyez donc, mesdames.
L A P IU NC ESSE, jette un regard sur le bracelet et dit froidement.
Admirable!... C'est travaillé avec un art!
Elle avance la main pour le prendre, mais le prince, qui depuis quelques instants est rentré dans le salon avec Maurice, s'est approché du groupe.
se place entre la princesse et la marquise. La prince— rapproche d'Athénaïs qui venait aussi pour regarder le bracelet.
LE PR] NCE.
Qu'est-ce donc? qu'admirez-vous ainsi .' LA bbé.
Ce bracelet!...
LE PRINCE
Celui de ma femme !
TOUS, avec un accent dirférent.
Sa femme!
L E PRl NCE, remontant le théâtre et montrant a tout le monde le bi avec un air de satisfaction.
Il est de bon goût, n'est-ce pas?
ADHIKXNE, . :i ,iart
C'était elle!...
rendant le désordre produit par cet incident, Athénaïs, la pi prince et les autres dames ont remonte le théâtre. Adrienne. qui était à lextréme droite, traverse la scène avec agitation, et va se placer clie près de Michounet.)
LA PRINCESSE, au milieu du théâtre et mettant k son bras ion mari vient de lui rendre.
Eh bion ! maintenant que M. le comte <!•• S décidément des nôtres, si mademoiselli bonne pour n<»u< dire quelques \<
A DR] BNH r. on
Des vers!... moi '.... eo ce moment ! .Les dames qui ■
sises à gau s la droite d
Ali ! c'est tn<i> d'impudenc<
MICHONNl
Ime-toi et étudie!... il \ .1 dans l- monde «le ads comédiens <|u<> nou
(Les d, » m* sont pli deux ranv
MAURICE, qui a redescendu le théâtre.
Quoi, mademoiselle... vous daigneriez...
ADRIENNE. froidement.
Oui, monsieur le comte !
LA PRINCESSE, d'un air gracieux.
Quel bonheur!... asseyons-nous, mesdames... (A Maurice, monsieur le comte, auprès de moi...
ADRIENNE, à part.
Les voir là, sous mes yeux, tous les deux ensemble... comme pour me braver!... mon Dieu, donnez-moi la force de me contraindre...
LE PRINCE
Que nous direz-vous?
AT II EN AÏS
Le Songe de Pauline.
LA MARQUISE
Hermione.
LA BARONNE
Ou Camille des Horaces.
LA PRINCESSE, avec ironie.
Ou plutôt le monologue & Ariane abandonnée.
ADRIENNE, à part, se contenant à peine.
Ah ! c'en est trop !
A TH EN AÏS, qui est assise à la droite de la princesse, s'écrie :
Non, non ! Phèdre, que vous avez si bien jouée avanthier.
A D H I F. N N E, vivement.
Phèdre ! soit.
TOUS
Ecoutons...
(Tout le monde est rangé à droite. Michonnet, assis à gauche, a tiré plusieurs brochures de sa poche; il prend celle de Phèdre, et s'apprête à souffler Adrienne est seule debout au milieu du théâtre.)
346 COMEDIES ET DRAM
ADRIEN N E, récitant avec une agitation <-t une lièvre toujours les yeux fixés sur la princesse, qui se penche plusieurs loi ~ de Maurice et lui parle bas avec affectation.
Juste ciel! qu'ai-je fait aujourd'hui '
Mon époux va paraître, et son (ils avec lui. Je verrai le témoin de ma flamme adultère Observer de quel front j'ose aborder sou père ! Le cœur gros de soupirs qu'il n'a point écoutés.
(Regardant Maurice.
L'œil bumide de pleurs par l'ingrat rebutés. Penses-tu que, sensible à Phonneur de Thésée, Il lui cache l'ardeur dont je suis embrasée? Laissera-t-il trahir et son père et son roi? Pourra-t-il contenir l'horreur qu'il a pour moi ?
(Regardant Maurice, qui vient de ramasser l'éventail que la prin laissé tomber, et qui le lui remet d'un air galant.)
Il se tairait, en vain ! je sais mes perfidies, Œnone. et ne suis point de ces femmes hardi
(Hors d'elle-même et s'avançant vers la prin
Qui, goûtant dans le crime une honteuse paix. Ont su se faire un front qui ne rougit jamais
(Elle a continué à s'avancer vers la princesse, qu'elle désigne du reste quelque temps dans cette attitude, pendant que les dan frneurs. qui < » n t suivi tous ses mouvements, se lèvent comme • cette scène.
LA PRIN vec calme.
Bravo ! bravo ! admirable !
TOUS
Admirable !
M [CH01N n l'.T. t-as ;. Adrl
Malheureuse!... qu'as- tu fait ■.'...
Ain; i r. \ N r..
Je me ^nis vengée !
LA' PRl avec une rage contenue.
Un tel affront !... j<i 1<> lui ferai payer chei
A D R I E N NE L E C 0 l ' V R E U R . :{ i 7
ADRIEN NE, au prince, qui la félicite.
Déjà souffrante et fatiguée, je vous demanderai la permission de me retirer...
LA PRINCESSE, bas a Maurice, qui fait un pas vers Adrienne.
Restez !
LE PRINCE, à Adrienne.
(Juelque envie que nous ayons de vous retenir... nous
II OSOnS insister... (Remontant le théâtre et parlant k des domestiques
qui sont au fond. La voiture de mademoiselle Lecouvreur...
(Pendant le temps où le prince remonte le théâtre, la princesse fait quelques
pas à droite, et Maurice se rapproche d'Adrienue qui est à gauche.]
A D H I E N N E, à demi-voix.
Suivez-moi...
MA U1UC E, de même.
Impossible ce soir ! Vous saurez pourquoi!... Mais...
ADRIENNE
11 suffit...
(En ce moment le prince, qui a redescendu le théâtre, offre sa main k Adrienne. Elle remonte avec lui vers la porte du fond. Les hommes groupés k gauche • le la porte et les femmes debout k droite la saluent. Adrienne jette sur Maurice un dernier regard de reproche et de douleur, et s'éloigne pendant que la princesse la regarde sortir d'un œil menaçant.)