M I C II 0 N X E T
Non! non! par malheur tu t'abuses encore!... c'est une fièvre qui ne vous quitte pas, une douleur aiguë de tous les instants... on souffre... on est bien malheureux... mais on n'en meurt pas!... Tu vois bien que j'existe encore!
AD RIEN NE, le regardant avec étonnement.
Vous!
MICHONNET.
Ah! cela t'étonne, n'est-ce pas?... Tu ne peux croire que sous cette épaisse enveloppe il y ait un cœur qui souffre comme le tien... qui aime... qui saigne comme le tien...
ADRIEN NE
Quoi! ces tourments, vous les avez éprouvés?
MICIIONNET.
Oui... autrefois... il y a bien longtemps... Crois-moi, on s'habitue à tout... même à être malheureux!
ADRIEN NE
Ah! cette force que je ne vous soupçonnais pas... ce courage que j'admire en vous!... je l'imiterai!... je l'égalerai, si je le puis... Je triompherai d'une passion insensée dont maintenant je rougis!
MICRON NET, ave joie.
Dis-tu vrai?
Vous voyez bien que je parle de lui sans haine et sans colère... que le souvenir de ses outrages me laisse calme et tranquille... que son nom même ne m'émeut plus!...
{Adrienne traverse le théâtre et va se placer près du fauteuil à gauche, entre la cheminée et la table. La porte du fond s'ouvre.)