‹ Avec préfaceChapitre 12 sur 196 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

DE GRIGNON, seul, la suivant des yeux.

Quel est le mauvais génie qui m'a mis au cœur une passion insensée pour cette femme ? une femme qui a été héroïque en Vendée, une femme qui adore le courage I Aussi, pour lui plaire il n'est pas d'action intrépide que je ne rêve... pas de péril auquel je ne m'expose... en imagination !... Dès que je pense à elle, rien ne m'effraie... je me crois un héros... moi! un maître des requêtes, qui par état n'y suis pas obligé... et quand je dis que je me crois... c'est que je le suis... en théorie ! Par malheur, il n'en est pas tout à fait de même dans la pratique... C'est inconcevable, c'est inouï! il y alà un mystère quinepeuts'expliquerquepardes raisons de naissance !... C'est dans le sang ! Je tiens à la fois de ma mère, qui était le courage en personne, et de mon père, qui était la prudence même!... Les imbéciles me diront à cela : Eh bien ! monsieur, restez toujours le fils de votre père;

n'approchez pas du danger.. i^r«.) Mais, osl-ce que

je le peux, monsieur? esl-co que nia mèro me le permet» monsieur? Est-ce que, s'il pointe à l'horizon quelque occasion d'héroïsme, le maudit démon matern«'l qui s'agite en moi no précipite pas ma langue A des paroles compromettantes? Est-ce que ma moitié héroïque ne s'offre pas, ne s'engage pas?... Comme tout à l'heure, à la vue de ce beau cheval fougueux et érumant que je brûlais d'enTourcher... parce qu'un autre était dessus... et si l'on m'avait dit : <« .Montez-le, » alors mon autre moitié, ma moitié paternelle, l'aurait emporté^ et adieu ma réputation ! . . . .\h î c'est affreux ! c'est affreux ! être brave. .. et nerveux !... et penser que, pour comble de maux, me voilà amoureux fou d'une femme dont la vue m'anime... m'exalte!... Elle me fera faire quelque exploit, quelque sottise, j'en suis sûr... Jusqu'à présent je m'en suis assez bien tiré... Je n'ai eu à dépen.ser que des paroles... mais cela ne durera peut-être pas... et alors... repoussé, méprisé par elle... (Arec résolution.) II n*}' a qu'un moyen d'en sortir!... c'est de l'épouser!... Une fois marié, je suis pèro; une fois père, j'ai le droit d'ôtre prudent avec honneur!... Oue dis-je? le droit !... c'est un devoir... un piro de famille se doit à sa femme et à ses enfants. Un bonapartiste insulte le roi devant moi... je no peux pas le provoquer... je suis père de famille. Qu'il arrive une inondation, un incendie, une peste, je me sauve... je suis père de famille! Il faut donc se hâter d'ôtre père de

famille le plus tôt possible ! (Se meuaot k la table à gauch« et

écrivant. Et pourccla Hsquous ma déclaration bien chaude, bien brûlante... comme je la sens... Plaçons-la ici... sous ce miroir... elle la verra... elle la lira... et espérons I

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