‹ Avec préfaceChapitre 173 sur 196 · J'AIL · texte numérisé non relu

J'AIL

Eh bien?

LA COMTESSE

Eh bien, je repoussai ce soupçon comme injurieux pour Suzanne!... Je me réfugiai dans l'estime même {(ue j'avais pour elle. Je me dis qu'elle comprendrait bien qu'elle ne pouvait t'aimer... je me dis que, toimême, tu ne faisais que céder à un charme passager... et que... ou plutôt, je ne me dis rien ! Je ne vis rien que toi!... ton dangerl... Tu étais tombé dans un abîme I... Je trouvais un moyen de t'en tirer, je m'y attachai en aveugle, en désespérée. Accable-moi donc si tu en as le couraiïe. quand je n'ai rien fait quo pour te sauver.

lA r !..

Me sauver!... Et si vous l'aviez perdue?

LA COMTESSE

Oh ! je la connaissais trop pour le craindre. 1. La comtesse, Paul.

M lis s b)( /.WNi;. 397

PAUL

Si elle avait failli pourtant, que feriez-vous?

LA COMTESSK.

Ne m'interroge pas.

PAUL

Si je venais vous dire aujourd'hui : « Elle est déshonorée... et déshonorée par votre faute I »

LA COMTESSE

Oh! alors!...

PAUL

Vous consentiriez?... (Avecforce.) Et vous la repoussez, parce qu'elle est restée pure.

LA COMTESSE

Eh bien, oui! c'est inique! c'est égoïste! égoïste et inique comme la passion!... Mais ce même amour pour toi qui a fait mon imprudence, m'en rend la réparation impossible! Si je cédais aujourd'hui, demain tu me maudirais! J'aime mieux être coupable et que tu ne sois pas

malheureux ! (Elle s'assied.)

PAUL

3Iais savez-vous le mot qui, hier au soir, à l'Opéra, est sorti de la bouche de cette femme quand elle vous a vue passer avec Suzanne?... « Quelle bonne mère, a-t-elle dit, elle fait monter dans sa voiture la maîtresse de son

fils! »

. LA COMTESSE, avec un cri de terreur.

Elle a dit cela?...

PAUL

Refuserez-vous encore d'accepter pour fille celle dont l'honneur a été compromis par vous?

Mais c'est ton malheur que tu me demandes.

PAUL

Non! c'est votre justification!

398 COMEDIES il ; : \ M ! s.

LA I.OMIL. -..:.»..

Assez! assez!... tu le veux, tu m'y forces par tes implacables reproches?... Eh bien, soit! je la réparerai, ma faute... T!i i>ou\ épouser Suzanne... épouse-la I

PAUL

Ciel !

LA CUMTKSSE.

Tu veux mon consentement?... Je te le donne.

PAUL

V«.;.. ..■ nit m'effraye!

LA COMTESSE

Mais cette moitié d»' mon devoir remplie, j«' n'oublierai pas qu'il m'en reste une autre. Je n'oublierai pas que, s'il ne m'est plus permis de mopposerà ce que je regarde comme ton malheur, je ne dois pas du moins le laisser s'.uconiplir <aii< \u\v protestation morale.

y A U L, avec angoisse.

Que feriez-vous donc, grand Dieu?

Je n'ai de fortune que cette part de majorât que tu me donnes... Sans toi je serais pauvre, ot j'étais heureuse d'ôtre riche par toi!... Mais, si lu contractes un mariage que ton père maudirait... si tu épouses Suzanne, je refuse tes dons... Choisis entre elle et moi!

PAUL

Ahî ce serait sans pitié! m'enchaîner en me laissant libre! me donner votre consentement et me forcer aie refuser!... Est-ce bien là votre volonté i m m n ;(!)]»'?

LA COMTESSE

Immuable! comme ma tendresse pour toi...

PAUL

Eh bien, donc. . . adieu I

LA COMTESSE

OÙ vas-tu ?

MISS SUZANNE. .T.*î)

PAUL

Me faire tiior en Afrique! (ii sv^iance dehors.)

LA COMTESSE

Mon fils!

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