‹ Avec préfaceChapitre 67 sur 196 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Les Mêmes, CLAVEL.

C L A V E L , à madame Delpierre.

Bonjour, chère madame!... Eh hien, est-on prêt?

(Apercevant sur la table un livre (le chimie.) Qu'CSt-CC qUC je VOis

là?... un livre de chimie!... aujourd'hui!... défendu!

MADAME DELPIERRE, gaiement.

Pour ce que nous avons fait!

CLAVEL

C'est encore trop. (II s'est approché de Fernand et lui arrange son

gilet, sa cravate.) Un premier jour de bal! Il faut ne penser qu'à être jeune et charmant.

MADAME DELPIERRE.

Que vous êtes bon !

CLAVEL

Du tout ! je suis oncle!... Je suis né oncle! (a Femand.) Tiens !... est-ce que vous avez fumé ?

FERNAND

Oui.

CLAVEL

Vous fumez donc ?

FERNAND

Oui... cela vous étonne?

CLAVEL

Oui.

Tout le monde fume.

CLAVEL

C'est pour cela. Vous autres jeunes gens, vous êtes

étonnants I... Vous ne visez qu'à Toriginalité, et vous vous copiez tous... Oh ! si j'avais vingt ans 1

FKRNAM).

Que feriez-vous?

«:lavi:l.

Je ne jurerais pas; je ne jouerais pas; je ne parlerais pas argot; je ne dirais pas d'une femme qui a du charme qu'elle a du chic; je ne dirais pas d'un vieillard qui s'affaiblit : c'est un ramolli; je no dirais pas d'une mauvaise pièce : c'est infect I ni d'une bonne : c'est splendide ! Je me lèverais toujours (luand une femme entre; je lui offrirais une place au théâtre si elle était sur le second rang; après le dîner, je n'empocherais pas les autres convives de se chauffer en me campant au plein milieu de la cheminée; je ne serais ni fier de ce que je ferais de mal, ni honteux de ce que je ferais de bien ; enfin je no fumerais pas dans le salon de ma mère, môme si elle me l'avait permis, et toutes ces qualités négatives suffiraient à me rendre un être si extraordinaire qu'on dirait partout de moi: C'est un type!

MADAME DELPIERRK, lui prenant la main.

Merci !

FERNAND, gaiement.

C'est que vous, mon oncle, vous êtes un peu original*

CLAVEL, riant-

En quoi donc, monsieur mon neveu?

FERNAND

D'abord, en neuf ans de voyages, avoir été quatre fois en Sibérie.

CLAVEL

Oh ! cela, c'était un devoir ! un devoir de cœur. Un de mes plus chers amis, envoyé en exil sur une dénonciation (mouvement de madame Delpierre) et y laUguissaut dcpuis

dix^ns sans savoir quand il en sortira, sans savoir qui

UNE SEPARATION. i59

Ta dénoncé... Mais il me semble que vous le connaissez, madame, M. de Harden... vous le rappelez-vous?

MADAMK DKLPIKRRE, se contenant.

Je mo le rappelle.

FERNAND

Et vous avez été en Sibérie pour lui ?

CLAVEL

Toutes les fois qu'on me Ta permis, j'ai été lui conduire sa vieille mère, c'est sa seule consolation.

FERNAND

C'est très bien, je vous reconnais là, mon oncle ! Mais comment, depuis votre retour, et avec un cœur comme le vô tre, ne vous étes-vous pas marié ?

CLAVEL

Parce que je ne serais plus oncle.

Plaisanter n'est pas répondre; pourquoi, jeune encore, ne vous mariez-vous pas ?

CLAVEL, sérieusement.

Pourquoi ?... (Gaiement.) Parcc quc je serais un trop bon mari !

MADAME DELPIERRE, riant.

Oh! oh!

CLAVEL

Oui, j'ai une manie : quand j'ai fait un serment, je le tiens. C'est ce qui m'a empêché d'être un homme politique.

MADAME DELPIERRE.

Mais mari?...

CLAVEL

Eh bien, si je m'étais marié, j'aurais juré de ne vivre que pour ma femme. '

MADAME DELPIERRE.

Eh bien ?

CLAVEL

Eh bien, j'aurais tenu ma parole.

MADAME DELPIERRE, riaut.

Eh bien ?

Eh bien, si vous croyez que ce soit facile et commodt avec certaines femmes, comme tout le monde en connaît

MADAME DELPIERRE, gaiement.

N'écoule pa<, F«M'nand, n'écoule pas î

CLAVEL

Je me réduis donc à mon rùle d'oncle, ce qui fait, monsieur mon neveu, que je suis à vos ordres et (\nr j. vous attends. Allez passer votre habit!

FERNAND

J V vais! Ah! mère! une idée!... Veux-tu doij})l. i 1.' plaisir de ce bal pour moi? viens-y avec nous!

MADAME DELPIERRE, se récriant.

Y penses-tu?... au bal... moi?...

CLAVEL

Ce n'est pas un bal! une simple soirée de printemps, une réunion d'amis. Quelques marches à descendre... el ma sœur serait si heureuse de vous recevoir!

FERNAND

Et tu serais si fière, toi, de me voir valser. Jo t'entends d'ici, disant tout bas : Dieu! quel charmant cavalier! comme ce jeune homme valse bien! cL'embrassant.) Et puienfln, je meurs d'envie de valser avec toi.

MADAME DELPIERRE.

Ai-je une toilette seulement?

CLAVEL. -

Toutes ces dames sont en robe de printemps. (Montrant

un vase de fleurs qui es.t sur la table.) Une flcur dans VOS chevCUX

et vous serez la mieux parée de nos danseuses. '

IJXK SKl'ARA riOX. li.l

FERNAND

. Je suis fier de toi, je veux te montrer, c'est mon premier bal, tu ne peux pas me refuser!... Je veux entrer en te donnant le bras!... (a ciavei.) Elle réfléchit, je vais

m'habiller! Décidez-la... (II entre dans sa chambre adroite.)

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