‹ Avec préfaceChapitre 75 sur 196 · MADAME DEL PI ERRE · texte numérisé non relu

MADAME DEL PI ERRE

Je quitterai demain cette maison

CLAVEL, avec un cri .

Quitter cette maison I... Pourquoi?

MADAME DELI'IEHRE.

Parce que c'est la maison de votre sœur, c'est-à-dire presque la vôtre !

Eh bien ?

MADAME DELlMERin

Eh bien, mon ami, depuis six mois, j .^ ,c ... .ui. .. fléchir!... j'ai oublié que vous étiez jeune et que je le suis encore !... Mon estime pour vous, ma certitude de la pureté de mes sentiments, rinlérôt de mon lils... tout me fermait les yeux!... Un instant a suffi pour m'éclairer! CL A vi;l.

Que voulez-vous dire?

MADAME DELPIERRE.

En entrant dans ce bal à votre bras, j'ai senti tout à coup, comment... à quoi? je ne le sais, mais j'ai senti que notre amitié pouvait être calomniée.

CLAVEL

C'est impossible !...

MADAME DELPIERRE.

Elle Test peut-être déjà!... Ce que j'ai vu, ce que j'ai deviné, ce que j'ai entendu m'a révélé le péril I

CLAVEL, avec force,

Mais quel péril? Que craignez-vous?

MADAME DELPIERRE, se laissant tomber sur un siège.

Quelqu'un que je n'ai pas besoin de vous nommer.

CLAVEL, s'asseyant aussi de l'autre côté de la tabje.

. M. Delpierre?

MADAME DELPIERRE.

Oui! M. Delpierre!... Sachez-le... Depuis le jour où j'ai retrouvé Fernand par miracle, oîi je le lui ai repris...

QLAVEL.

Quand l'avez-vous retrouvé ? Gomment le lui avez^vous repris ?

MADAME DELPIERRE.

Après quatre ans de désespoir, j'apprends, on m'assure que Fernand est caché depuis trois semaines à Lyon, dans une institution d'ecclésiastiques, sous un nom supposé. Je cours à Lyon, le premier président me donne un officier de justice pour m'accompagner. J'arrive chez le supérieur, et je réclame mon fils!... « — Son nom, Madame? — Je ne le sais pas, son père l'en a fait changer ! — Je ne puis vous' livrer un enfant que vous ne pouvez pas me nommer!... — Eh bien, mettez-moi ne présence du dernier élève entré chez vous, je verrai bien si c'est lui!» 11 accepte! Nous descendons dans une grande cour vide, les enfants étaient à Tétude... Asseyezvous dans cet angle obscur, me dit le supérieur, et attendez ! Au bout de cinq minutes, une petite porte s'ouvre à l'extrémité de la cour; le supérieur paraît... Puis, presque aussitôt derrière lui, un enfant. A peine

a-t-il dépassé le seuil, que je ne poux plus en douter... Je le reconnais! très grandi... un peu pAli... mais lui!... Je me lève vivement, je m'élance... Puis tout à coup, je retombe sur mon banc saisie d'une terreur affreuse ! S'il lie me reconnaissait pas!... J'avais tant pleuré depuis (juatre ans!... Si son père l'avait détaché de moi ! s'il ne m'aimait plus! s'H ne voulait pas me suivre! Oh ! toutes mes angoisses passées n'étaient rien, rien auprès de relle-lii !... et cependant le supérieur tout en causant avec lui... l'enlrainait peu à peu de mon côté!... 11 approche !... 11 approche!... Le voilà presque devant moi!... Oh ! je n'y tiens plus !... Je relève brusquement mon voile!... <« Maman ! » s'écrie-t-il, et il se jette dans mes bras en fondant en larmes ! Je l'avais reconquis !

CLAVEL

Oh! vaillant cœur !

MADAME DELPIKRRK.

Oui !... Mais depuis ce jour, M. Dclpierre, fou à la fuis (le tendresse et de colère, ne cherche que le moyen légal de m'arracher Fernand.

CLAVEL

Que peut-il? Votre séparation a brisé votre mariage.

MADAME DELPIERRE.

Comme lien, oui ! comme chaîne, non ! la loi lui laisse tant d'armes contre moi ! Il m'entoure de regards qui m'épient!... d'ennemis qui me surveillent! Je me sens dans sa main !

CLAVEL

Mais c'est donc un monstre?...

MADAME DELPIERRE.

Non! c'est un père exaspéré!... Vous le voyez, il ne suffit pas que je sois sans tache, il faut que je ne puisse pas même être soupçonnée. Mon devoir est donc tracé. Je quitterai cette maison demain. Il m'en coûtera... plus

que je ne puis le dire... car j'y laisse les seuls souvenirs

doux que je compte depuis dix ans. (Avec une émotion qu'elle ne peut contenir.) Ct... Ct... VOUS ÔtCS le Seill aVCC qui je pOU-

vais causer de ma mère... Elle vous aimait tant, la pauvre chère créature... Le jour même de sa mort, elle m'a dit... Allons, il ne faut pas s'attendrir! C'est encore un sacrifice à faire î\ Fernand, je le ferai !...

CLAVEL, avec une émotion contenue.

C'est juste. Un dernier mot seulement; bien des épreuves, bien des luttes peut-être vous attendent.

MADAME DELPIERRE.

Je le crois.

CLAVEL

Promettez-moi que si vous avez besoin d'un appui, d'un conseil, vous vous adresserez h moi.

MADAME DELPIERRE.

Je vous le promets. (I-a pendule sonne deux heures.) DcUX heures î (Elle frappe sur un timbre. Julie paraît. A Julie.) EclairCZ

M. Clavel ! Adieu !

CLAVEL, k part en sortant.

Désormais ma vie n'a plus qu'un but : la défendre.

(Il sort.)

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