‹ Avec préfaceChapitre 84 sur 196 · AN 1»HK · texte numérisé non relu

AN 1»HK

DutoutlG'estleurfaire plaisir. Moijeles aime tous doux de tout mon cœur : mais chacun veut que jo l'aime plus que l'autre; je leur en offre les moyens! Un cœur à louer, une place sur le premier rangî adjuge» au dernier et plus

fort enchérisseur !... (Retournant à la table). AllOHS ! voilii qiii

est fait! les miroirs! les chapeaux, les bouquets... Allons!

retrouver la comtesse. (Il le prend dessous le bra« et U» s'en vont.)

Ah çà, quel air sombre avez-vous donc ?

F E R N AND, avec tristesse.

C'est que moi aussi, je suis d'im fils père et d'une mère

sépan^s...

A.MiHi:.

Toutes les chances pour lui! Est-il veinard! (m sortent

tous deux par le fond, comme la comtesse.)

LT JrUXn HOMME, à madame de Bemon, vers laquelle il revient. A t'emi-voix.

Cette dame s'appelle madame Delpierre.

MADAME DELPIERRE, penchée sur son ouvrage et bas à M. de Monval.

Ayiez-vous entendu prononcer mon nom?

MONVAL

Par qui ? où ?

MADAME DELPIERRE.

Là, à gauche, un peu derrière nous. Ayez l'air d'ùtre très occupé de notre conversation.

MONVAL

Pourquoi?

MADAME DELPIERRE.

Cette dame est madame de Bernon, une de mes an-

ciennes camarades de pension. Nous ne nous sommes pas revues depuis dix ans, et elle s'est assurée qui je suis, afin do ne pas me reconnaître.

MON VAL

Mais qui vous fait croire?

MA DAME D E L I> I E R R E, avec amertume.

J'y suis habituée ; madame de Bernon est une personne d'une vertu très austère et...

MONVAL

Elle se lève et semble se diriger vers nous.

Vous croyez?

MONVAL

J'en suis sûr.

MADAME DELPIERRE.

Voudrait-elle me faire injure en ne me saluant pas ?

MONVAL

Ah î c'est impossible ! (Il se retire un peu en arrière.) MADAME DE BERNON, s'approchant de madame Delpierre.

Est-ce que tu ne m'as pas reconnue, Caroline?

MADAME DELPIERRE, troublée.

Si vraiment, mais...

MADAME DE BERNON

Pourquoi donc alors n'es- tu pas venue à moi?

MADAME DELPIERRE.

Je craignais que vous...

MADAME DE BERNON

Vous ? est-ce que nous ne nous tutoyons plus ! je n'entends pas cela.

MONVAL, s'éloignant.

Je peux la laisser. Je vais retrouver M. Clavel.

MADAME DE BERNON, appelant sa ûlle qui est restée avec sa gouvernante.

Marianne !

MADAME DELPIEHHK.

Tu appelles ta fille ?

MADAME DE BEHNON.

Oui,pOUrlela présenter. (La jeune fille est accourue. A sa fille.)

Marianne, regarde bien cette dame-là, elle a (Hé ma plus chère amie quand j'avais ton âge, et déjà dans ce temps-là, elle était si aimée et si estimée de nous toutes, que je ne formais qu'un vœu, celui de lui ressembler. Je lui envie encore aujourd'hui ses qualités, mais c'est pour toi ; prie-la de vouloir bien t'embrasser, cela te portera

bonheur. (La jeune fiUe penche son front vert madame Delpierre qui l'embrasse avec une grande émotion.)

MADAME DE BERNON, à sa flUe.

Maintenant, va, fillette, laisse-nous causer. (La jeune nue

s'éloigne et retourne vers sa gouvernante.)

MADAME DELPIERRE, bas à madame de Bernon en lui i>reuant la main.

Que c'est bon ce que tu m< fait là! (\uo c'est délirât! que c'est compatissant!

MADAME DE BEHNON.

Mais, Dieu me pardonne, tu pleures?

MADAME DELPIERRE.

Ah ! c'est que j'ai compris.

MADAME DE BERNON, très affectueusement.

Eh bien! si tuas compris, causons de toi. Pauvre chère créature, je t'ai tant plainte, je suis si sûre que tu as eu tout à souffrir et rien à te reprocher.

MADAME DELPIERRE, avec une grande émotion.

Ah! l'estime! l'estime d'une femme de bien!

MADAME DE BERNON

La femme de bien, c'est toi! Beau mérite à nous, créatures privilégiées, qui avons tous les bonheurs, de faire notre devoir; mais toi!... Voyons, où en es-tu de tes luttes ! de tes épreuves !

UNE SEPARATION. i'M\

MADAME DELPIERRE.

Les gens malheureux sont superstitieux. Quand ils espèrent, ils n'osent pas le dire, ils craignent que cela ne leur porto malheur! mais avec toi...

MADAMK DE BERNON.

Eh hien ?

MADAME DELPIERRE.

Eh bien, depuis dix ans, voilà la première fois que j'ai un peu confiance! One je regarde l'avenir sans terreur! On a des pressentiments de joie, comme des pressentiments de chagrin, et quand tu t'es approchée et que tu m'as tendu la main, il m'a semblé que c'était le bonheur lui-même qui venait à moi.

MADAME DE BERNON

Ah ! que je te retrouve bien telle que tu étais. Ah çà ! tu me présenteras ton fils, tu me l'amèneras à dîner demain.

MADAME DELPIERRE.

Très volontiers.

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