‹ Avec préfaceChapitre 83 sur 196 · LE JEUNE HOMME · texte numérisé non relu

LE JEUNE HOMME

Je vais vous le savoir, (ii sort.)

MONVAt, qui est entré par le même côté que madame Delpierre, s'approche d'elle et lui tendant la main affectueusement.

Comment allez-vous aujourd'hui?

MADAME DELPIERRE.

Très bien... H est heureux... Il s'amuse...

MONVAL

Cela me fait plaisir de vous voir sourire.

MADAME DELPIERRE.

Que vous êtes bon pour nous!

MONVAL, s'asseyant près d'elle sur une chaise.

Qui ne le serait pas? Rien de nouveau du côté de votre mari?

MADAME DELPIERHE.

Non ! Depuis que je suis venue me cacher ici avec Fernand, je n'ai pas entendu parler de lui.

UOKVAL, avec étonneinent.

Ah!

MADAME DELIMERRE.

Ebl-('c (jiic VOUS savez quelque chose?

Rien du tout.

LA COMTESSE, au fon(\ à Kernnnd et à André.

Non, non, réglez les figures ensemble, et vous viendrez

me retrouver sur la plage. (Elle se lève, les deux jeunes gens Ih suivent un moment au fond.)

MADAME DEL PI ERRE, qui s'est retournée au son de la voix de la comtesse d'Orville.

Quelle est cette jeune femme qui cause si familirrf^mcnf avec Fernand?

MONVAL

La comtesse d'Orville, une des beautés de la plage.

MADAME DELPIERHE.

Savez-vous qui elle est?

MONVAL

Oui! une veuve qui n'a jamais été mariée et une comtesse qui pourrait aussi bien s'appeler marquise, car elle a autant de droit à un titre qu'à l'autre.

MADAME DELPIERRE.

Savez-vous quelque chose de plus sur elle?

MONVAL, souriant.

Nous autres magistrats, nous savons toujours quelque chose de plus...

MADAME DELPIERRE.

Vous me faites peur!

MONVAL

Pourquoi?

MADAME DKLPIERRE.

C'est que rompressenicnt de Fernand, auprès d'elle... son trouble en parlant d'elle... Silence! (André et Fernand des-

cendent vers madame Delpierre.)

FERNAND, à sa m.''re.

Mère, pennets-moi de te présenter M. André de Mirbel, un de mes amis.

ANDRÉ

Intimes!

MADAME DELPIERRE, souriant.

Depuis quand?

ANDRÉ

Depuis hier, et pour longtemps, j'espère.

MADAME DELPIERRE.

Que vous recommandait donc cette jeune dame si jolie? car elle est très jolie!

FERNAND, vivement.

N'est-ce pas?

MADAME DELPIERRE.

Elle vous parlait de figures.

Oui, de figures de cotillon.

FERNAND

Qu'elle nous a chargés de régler pour ce soir.

ANDRÉ

Au bal qu'elle donne dans son chalet.

MADAME DELPIERRE.

Grave mission dont je ne veux pas vous détourner.

FERNAND

Mère, est-ce que tu nous permets ?

MADAME DELPIERRE.

Va, va, mon enfant. (Gaiement.) A qui des deux dois-je confier l'autre?

ANDKÉ.

Ah! pas à moi, madame.

FEHNAND.

Nous allons arranger cela tout de suite : là, sur

cette table. (Les deux jeunes gens s'éloignent bras dessus bras dessous et se dirigent vers la table où sont les journaux.)

MADAME DELPIERKE, bas à Monval.

Avez-vuus vu son émotion?

MONV A L, souriant.

Dame! il a dix-neuf an

ANDHi:, H K. rnand.

Très chic votre mère, et l'air bonne femme.

FERNAND

C'est la plus charmante des femmes. Votre mère est aussi à Trouviile ! vous me présenterez m '11".

ANDRÉ

Oui.

FERNAND

Ainsi qu'à votre père.

ANDRÉ

Ah I cela ! impossible ! Papa n'y est pas puisque maman y est.

FERNAND

Eh bien?

ANDRÉ

Eh bien ! Ils ressemblent à Castor et PoUux. Ils ne brillent jamais ensemble à l'horizon. Dès que l'un paraît, l'autre s'en va !... Ils sont séparés'.

FERNAND

Séparés! Comment?

ANIiKK.

Parbleu! comme onest séparé dansla séparation! Art... je ne sais pas. L'article... « Les époux... »

UNE SEPARATION. j M

KEHNAND.

Ah! que je vous plains I

ANDHK.

Pourquoi?

KERN AND

Vous devez ôtre si malheureux!

ANDRÉ, naïvement.

Pas trop, mon père et ma mère m'adorent!

FER N AND

Et vous voilà partagé entre eux!... Ils se disputent.

ANDRÉ, gaiement.

Précisément !... Ils se disputent mon cœur! c'est-àdire qu'ils se disputent à qui me cajolera le plus. Je suis dans la position d'une jolie femme entre deux jeunes gens qui lui font la cour... Je ressemble à la comtesse d'Orville entre vous et moi. C'est un steeple-chase d'attentions... de surprise; s'ils étaient réunis, ils me feraient de la morale I... ils sont séparés, ils me font des cadeaux î (Aiian à la table.) Allous ! Occupons-nous des figures.

FERNAND, assis en face do lui.

Mais VOUS, que faites-vous vis-à-vis de vos parents?

ANDRÉ

Moi, parbleu, je les encourage, je les aide même. Ah ! je suis devenu d'une force pour pincer la fibre paternelle et maternelle î... C'est admirable. (Se levant.) Tenez, j'ai envie d'avoir un cheval! je vais le demander à papa. Il me refuse... parfait! je prends un air indifférent et je lui réponds : Je vais le demander à maman ! — A ta mère, Je te le défends ! Et il me le donne d'un air furieux qu me fait mourir de rire!... Voyez-vous ce costume?... Gentil, n'est-ce pas ! C'est maman qui me Ta donné parce que je lui ai dit que papa voulait m'en faire la surprise I... C'était une fiction!

KERNAND.

Mais c'est les tromper !

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