MO.WAL
On peut émanciper un jeune homme à dix-huit.
MADAME DELPIERRK.
Le jugement a déclaré M. Delpierre incapable d'élever son fils, il ne peut pas rester capable de l'émanciper !
MONVAL
11 l'est.
MADAME DELPIERRE.
Mais c'est monstrueux !
MONVAL
C'est légal...
MADAME DELl'IKHHK, aver cL-sespoir.
Légal î... légal !... ah î je serai donc toujours écrasée par cet horrible mot !
CLAVEL
Du calme, il vous reste le cœur de Fernand.
MADAME DELPIERRE.
Ah ! Dieu me garde de douter de son cœur 1 mais ce cœur est à son père comme à moi ! Il aime son père au-
IJNK SKPAllATlnN. li><J
tant que moi I il le regrette môme auprès de moi! comment voulez-vous qu'il résiste quand son père l'appellera, l'entraînera? (Mouvement de ciavei.) Mais ne comprenez-vous pas qu'il est riche et que je suis pauvre! De son côté, tous les plaisirs!... Du mien, toutes les privations I II m'arrachera Fernand ! ... Et qu'en fera-t-il quand il l'aura ? Il en fera... ce qu'il est !
CLAVEL et MONVAL.
Quoi!...
MADAME DELPIERHE.
Et j'assisterais, moi, impassible, à ce spectacle ! Je deviendrais par mon silence complice de son malheur!
(Avec énergie, relevant la tête.) NOU, CCla UC SC peut paS, CCla
ne sera pas I
MONVAL et CLAVEL.
Que dites-vous?
MADAME DELPIERRE.
J'ai un moyen de reconquérir Fernand, moyen terrible mais sûr.
CLAVEL, vivement.
Eh bien! quel qu'il soit, employez-le, car je ne vous ai pas tout dit. Le danger est plus pressant que vous ne le croyez.
MADAME DELPIERRE.
Comment !
CLAVEL
J'étais présent à la rencontre de Fernand et de son père. La comtesse d'Orville y assistait aussi. Kh bien ! je les ai vus !... Fernand est amoureux de la comtesse.
MADAME DELPIERRE.
J'en étais sûre I
CLAVEL
Et la comtesse est d'accord avec monsieur Delpierre, ils veulent emmener Fernand en Ecosse.
Ils ne l'emmèneront pas ! Écoulez-moi tous deux, car je n'ai pas trop du conseil et de l'appui de deux hommes d'honneur pour la résolution terrible que je vais prendre.
(Passant entre eux deux et à voix basse.) Jc mC SUis séparéC de
M. Delpierre pour une action... abominable dont j'ai la preuve écrite. Tant qu'il n"a fait soutlVir que moi, j'ai gardé ce secret, mais puisqu'aujourd'hui il s'agit du salut de mon fils, je n'y résiste plus, et je vais... (kii» séiance vers
la porte, puis s arrêtant tout k coup.) NOU, UOU, c'cst impossible I
Une mère ne peut pas déshonorer un père aux yeux de son fils! C'est un crime î (bondant en larmes.) Mais c'est un crime aussi que de le livrer à sa perte. 0 mon Dieu ! mon Dieu! Qu'ai-je donc fait pour mériter un tel martyre?
(Elle tombe en sanglotant sur un siège.)
CLAVEL, apercevant Feruand qui parait ou fond avec André.
Le voilà !
MADAME DELPIEHRE, se relevant avec désespoir.
Oh! emmenez-moi î... Partons! je lui dirais tout, (ils
sortent tous trois par la porte latérale, Femand et André entrent par le fond.)