INTRODUCTION
Avec la certitude, acquise bactériologiquement, qu'il s’agit bien de tuberculose pulmonaire, quel est, dans ces conditions, l'avenir des malades?
Parmi les malades diagnostiqués ainsi sans conteste, peut-on établir des distinctions précises? Existe-t-il, à cet effet, des signes assez fidèles qui permettent au médecin de se faire une idée juste sur l’issue probable de la tuberculose chronique commune?
Grâce aux acquisitions faites, ces vingt dernières années, en thérapeutique phtisiologique, n’y aurait-t-il pas lieu de prévoir quelques modifications, dans la conception des méthodes de traitement et de défense contre la tuberculose pulmonaire, surtout en ce qui concerne les classes indigentes ou modestes?
Telles sont les questions que nous nous posions, il y a deux ans, et qui nous ont suggéré l’idée d'utiliser les nombreuses observations, accumulées aux sanatoriums de Bligny. Nous avions, en effet, à notre portée, un champ d'étude des mieux préparés et qui avait, entre autres mérites, celui d'offrir l’homogénéité de documentation. Par un sentiment de très profonde et filiale affection, il nous est doux d’avoir à fournir ici quelques précisions.
Le premier sanatorium de Bligny, sanatorium populaire, comprenant 120 lits pour hommes, ouvrait ses portes en août 1903.
Dès l’origine, et depuis, la même direction devait présider | à l’organisation intérieure et au fonctionnement médical. de l'établissement. — Rien qu’en ce qui concerne Je modèle des feuilles d'observation, nous eûmes ainsi à notre disposition des dossiers médicaux de facture uniforme, rédigés sans qu'il pût y avoir de différences dépendant des divers “interrogâteurs : nous pouvions y chercher, à la méme place,
La tuberculose pulmonaire. . b
tout ce qu’il est nécessaire de connaître sur chaque malade. in compulsant ces dossiers, nous devions déjà retrouver, partout, le mêmeesprit de méthode,les mêmes directives, lamême clairvoyance, dans la façon de surveiller et orienter les cures.
Ce n’est pas tout : une aide précieuse devait aussi nous venir d’une initiative heureuse ayant pris son origine à Bligny. Mais nous ne pouvons ici que citer les paroles mêmes et le nom de l’auteur : «(En décembre 1904, avec la collaboration d’un groupe de malades, j’ai fondé, comme entre élèves et anciens élèves d’un collège ou d’une grande école, une société amicale des anciens pensionnaires et pensionnaires des Sanatoriums qui, après une assemblée constitutive, tenue à Bligny, et adoption des statuts, a été réguherement déclarée le 4 septembre 1905 » (Louis GUINARD).
Le but de cette association?
1° Établir entre tous ses. membres un centre de relations amicales et d'assistance;
29 Venir en aide aux sociétaires et à leur famille dans le besoin;
30 Mettre des Bourses de Santé temporaires à la disposition des pensionnaires sortant des sanatoriums.
49 Procurer un emploi, dans la mesure du possible, aux pensionnaires sortant des sanatoriums.
Pour la réalisation de cette idée et de cette œuvre, à laquelle nous joignons en notre esprit tant d’autres bienfaits, on voudra bien sans doute ne pas trouver hors de propos les sentiments d’affectueuse admiration qui nous animent.
En ce qui concerne plus particulièrement notre travail, Ja Société amicale des Anciens élèves de Bligny devait, pour une part importante, simplifier nos recherches. Grâce à elle, nous avons pu être fixé, dès le début, sur le sort de 219 anciens pensionnaires, et nous lui serions probablement redevable de beaucoup plus de renseignements, si la guerre, en créant une lacune de plus de cinq ans, n’avait pas suspendu, momentanément, l’activité de l'Association et les échanges de nouvelles.
C'est qu’ en effet, pour atteindre ce que nous nous pro-
EN ÈNE
posions, la principale question résidait, pour nous, dans l’obligation de savoir ce qu'étaient devenus les malades. D'autre part,nous désirions, en traitant de l'avenir éloigné de la tuberculose pulmonaire, qu'il y eût de dix à vingt ans de recul. Ceci explique la raison pour laquelle la présente étude ne comporte que des malades du sexe masculin, puisque, pendant les six premières années, Bligny ne pouvaitrecevoir que deshommes. , Voici comment furent orientées nos recherches :
Du 8 août 1903 au 8 août 1913, laps de temps que nous nous étions fixé pour juger avec suffisamment de recul, 1703 pensionnaires furent inscrits sur les registres du sanatorium des hommes.
Nous ne devions en retenir environ que la moitié. Afin d’écarter le doute, dans toute la mesure du possible, sur la nature de la maladie, les observations qui ne comportaient pas au moins une analyse de crachats -posilive furent systématiquement éliminées.
A Ja fin de ce premier travail de triage, il nous restait 835 observations. Parmi les 868 restant, un certain nombre de malades ne peut pas entrer en ligne de compte. Nous voulons parler de ceux qui, pour des causes diverses, ne passèrent à Bligny que quelques jours et pour lesquels les résultats bacilloscopiques font défaut, malgré, parfois, des signes cliniques de tuberculose déjà avancéet.'
A côté de l'étude des bacillaires proprement dits, but de ce travail, notre désir eût été, certes, d'établir aussi (quitte à ne donner que les chiffres bruts) la statistique des pensionnaires portés négatifs durant leur séjour au sanatorium. Tout en reconnaissant l'intérêt que présenterait cette étude complémentaire, nous devons avouer que les difficultés et la longueur des enquêtes nous ont fait, pour le moment, abandonner ce projet.
Ceci nous conduit à signaler, de suite, les autres lacunes que nous n'avons pu éviter.
Les résultats d’analyse, notés sur les observations qui nous ont servi pour le tri des malades, ont, pour-la
Le En tenant compte de ce déchet, le proportion de bacillifères, pendant la première décade-d’exercice à Bligny, oscille entre 50 et 55 p. 100. La moyenne établie chez les hommes en 1924-1925 (pneumothorax défalqués)n’estpas mférieure à 80 p. 100,
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plupart, été obtenus par lexamen direct des crachats. Nous ne relevons, sur les observations les moins anciennes, qu’un petit nombre d’homogénéisations. Il est donc probable que certains cas se trouvent ainsi éliminés, qui auraient été classés positifs, aujourd’hui, grâce au développement des recherches de laboratoire. -
Nous reviendrons ultérieurement sur ce point.
La certitude absolue de décès par tuberculose n’a pu nous être fournie que pour 35 p. 100 des cas (219 sur 637 décès enregistrés). Pour les malades dont nous avons pu connaître la date exacte de décès (par conséquent, les seuls qui aient pu nous servir dans les études de détail), ce chiffre oscille entre 40 et 45 p. 10
Ces points faibles mis en évidence, voici maintenant les
moyens d'enquête auxquels nous avons eu recours.
Les renseignements qui vont suivre ne présentent sans doute pas un très gros intérêt. Ils donnent toutefois une idée des démarches multiples et aussi des réponses impré- . vues que peut susciter l'établissement d’une statistique, en admettant que cette statistique ait pour raison d’être d'aboutir au plus près de la réalité, en réduisant au minimum les introuvables.
Par les registres et le livre d'adresses de la Société Amicale de Bligny, nous avons pu être fixé, comme nous l’avons dit, sur le sort de 219 anciens pensionnaires. Il nous en restait 616 à rechercher, c’est-à-dire près des trois quarts.
Notre premier moyen d'enquête consista en listes collectives, adressées, après répartition, aux compagnies de chemin de fer, banques, agences diverses, grands magasins : 141 malades furent ainsi recherchés.
Vint ensuite l'emploi, soit du questionnaire, soit de la demande de renseignements aux mairies, l’un suivant l’autre le plus souvent.
Ainsi que nous le relevons dans certaines statistiques, les démarches faites directement auprès des médecins eussent été, sans doute, plus instructives. Mais dans bien