Aventures burlesques de Dassoucy
Où rencontrer une existence plus agitée que celle de Charles Coypeau, sieur Dassoucy, empereur du Burlesque, premier du nom ? L'odyssée de ce bohème à tous crins est bourrée d'accidents de toute sorte, — où dominent les démêlés avec la justice : chacune des grandes étapes de sa vie est marquée par un cachot. La cause ordinaire de ces emprisonnements successifs , on la connaît : le pauvre musicien-poëto avait le tort de marcher flanqué de deux jeunes garçons d'allure équivoque, et qui , en réalité , n'étaient que des « pages de musique » chargés de prêter la fraîcheur de leur voix aux airs que leur maître composait.
Dassoucy raconte ses aventures en historien fantasque : il se rit de l'ordre logique aussi bien que de l'exactitude des dates. Et d'abord, si vous voulez savoir à quelle époque il prit le coche d'Auxerre pour retourner à Turin , à la cour de Christine de France , il vous dira qu'il ne sait si ce fut en 1654 ou en 1655. Que lui importe une année de plus ou de moins ? — Ses « chantres à chausses retroussées » étaient vêtus de noir (triste présage !) ; quant à lui, il portait « un habit assez riche » et allait do l'avant, avec la gaieté d'un poëte qui a cinq cents écus dans sa poche. Le bateau avait à peine dépassé Villeneuve-Saint-Georges, qu'un compagnon de route vint demander à Dassoucy s'il voulait « tuer le temps. » Cet homme, qui s'annonçait comme un marchand de cochons, avait une vraie mine do dupe ; Dassoucy pensa qu'il en aurait facilement raison et se hâta d'accepter la partie. Rien de plaisant comme cette scène. En résumé, le Jean Doucet mouille
ses doigts pour faire couler les cartes et les distribue gauchement ; mais il gagne et gagne d'une façon si continue, <iu.> bientôt Dassoucy est entièrement dépouillé, voire mémo d<> son habit, « Je lui eusse, s'écrie-t-il, encore joué mes luths et mes pages, couché Valcntin sur une carte et Pierrotin sur l'autre; je me fusse joué moi-même... » Mais le marchand dr cochons n'avait que faire de pareils enjeux. Dassoucy, oblip. de battre en retraite, ne se répand pas en plaintes inutiles : arrivé à l'hôtellerie, il commande un repas succulent, qu'il payera Dieu sait comme, et, après do vaillants coups do dtMil-^ et de larges rasades, s'endort d'un sommeil placide. 11 revoyait en songe ses écus, qu'un miracle avait réintégrés dans sa cassette , lorsqu'un terrible vacarme le tira do ce rêve bienheureux : c'était le marchand do cochons qu'un valet de pied du roi et un cadet des gardes avaient saisi la main dans le sac et à qui ils faisaient rendre gorge. Lo valet de pied a reconnu Dassoucy, qu'il a été chercher, il y a quelque quinze ans, pour l'amener à Saint-Germain, où lo duc de Saint-Simon voulait le présenter à Louis XIII. Il lui montre la table couverte de pistoles, et, après l'avoir engagé à reprendre son bien, se dispose à le mettre au courant des prouesses du maître fripon Mais celui-ci lui coupe la parole : « Je confesse, dit-il, que j' suis un adroit des plus fieffcz ; appelez-moi filou , brigand et voleur, si bon vous semble, je vous fais connoistre que vous n'estes pas moins voleurs que moy, et que le monde n'est qu'une grande forest, que direz-vous ? » Et de soutenir cette thèse avec un arsenal d'arguments irrésistibles.
Descendu à Auxerre , Dassoucy continue sa route pédcstr^ment, non par lésineiùe, mais par goût. « Au lieu, dit-il d'avoir tout le jour les fers aux pieds et les entraves aux jambes, et les deux mains occupées, l'une à la bride et l'autre à enfoncer son chapeau , quel plaisir d'aller les bras pendans avec une bonne paire de souliers plats, et sans craindre de se rompre le col , ou de se crever les yeux à quelque branche d'arbre ; de se promener dans une campagne comme un philosophe qui fait un tour d'allée dans son jardin ! Quel délice, après avoir fait ainsi trois lieues à pied , de se trouver inopinément sur le haut d'un tertre, y voir son giste, et pour le contempler avec plus d'aize et de loisir, s'asseoir sur le tin et le serpolet, tandis que, pour y flatter nostre lassitude, un charitable valet nous chatouille les gras des jambes durant cet extatique ravissement ! » Il décrit sa petite caravane de
la façon la plus bouffonne : en tête est un âne « chargé d'un coffre tout remply de chansons, d'épigrammes et de sonnets, tout caparassonné de téorbes et tout bardé de luths ; » après viennent les deux pages, couverts d'un petit manteau serré et que rehausse un galon d'argent faux ; derrière marche Dassoucy, l'œil et l'oreille au guet, prêt, en cas d'alerte, à enfouir sa bourse dans quelque sillon. Il n'a eu garde de se munir ni d'un poignard , ni d'une paire de pistolets : il no fait pas profession de bravoure, et avoue naïvement que les armes dont il se serait chargé n'auraient servi qu'à ceux qiii l'auraient attaqué. Il ne sait manier qu'une arme, son luth ; mais il le manie de telle sorte, qu'il? charme « la cruauté » des hô-eliers et capte « les grâces » des servantes. N'allez pas prendre texte de ceci pour incriminer les intentions de Dassoucy. La séduction qu'il exerce n'est à autre fin que d'obtenir « toujours du bon vin et des draps blancs de lessive dans lesquels, étendu « tout de son long parmy l'odeur de la lavande, » il s'endort « au coassement des grenouilles, d'un sommeil de roze » qui n'est « jamais interrompu que par les premiers rayons du soleil, ou par les chants des oiseaux. » Dassoucy est un sybarite, mais non un enjôleur de vierges, fussent-elles d'humeur à lui épargner la moitié de la besogne. Après une heure de marche, notre pèlerin , les dents finement aiguisées par l'air, « remuant les mâchoires et mâchant à vuide, » dévorait « par imagination un grand potage aux choux , avec une grosse queue de mouton , » lorsqu'il se trouva face à face avec cinq cavaliers que sa frayeur transforma en coupe-bourses. Il fut bel et bien appréhendé au corps et conduit dans • une caverne , spacieuse comme un château, et où on le gorgca des mets les plus savoureux et do vins des meilleurs crus. Le chef de la bande, qui n'était rien moins qu'un marquis , menaçait Dassoucy d'une captivité perpétuelle, avec perpétuel accompagnement do beaune et de perdrix en capilotade. Mais ce dernier, au bout de huit jours, soupirait « après la longe de veau et la pièce de bœuf; » il avait, sinon la soif ardente, du moins l'intrépide appétit de Saint-Amant, qu'il dut pratiquer chez le comte d'Harcourt, leur protecteur commun ; et, comme l'auteur de la Crevaillc, il se trouvait mal à l'aise à ces tables, où « il faut toujours avoir l'imagination tendue et l'esprit bandé comme une arbalaisto pour viser à quelque complaisance et tirer à quelque bon mot... où vous n'ozcriez commander une grillade,
faire réchauffer une saulce, porter une santé, ny dire une chanson à boire, faire un misérable carousse , ny seulement un pauvre rubis sur l'ongle. » Au diable l'étiquette, et vivo le temps où, bonnet en tête et pantoufles aux pieds, il se carrait entre ses deux pages en toute liberté ! « Car, enfin, est-il un plus grand plaisir au monde que de commander dans son petit empire, d'y estre maistre de son plat, et d'y recevoir au sortir de la broche une éclanche de mouton, encore toute brûlante ? quel plaisir d'affiler un couteau contre un autre pour en faire la dissection, et, cette dissection faite, do voir au fond d'un plat nager les pièces encore demy sanglantes dans une chopine do jus ! » — L'épaule do mouton, voilà le point vers lequel convergent toutes les ardeurs de Dassoucy...
Chère épaule, ép.iulo ma mie.
Il la célèbre on prose, on vers, sur tous les tons et à chaque instant, en homme qui eût fait bonne figure dans la fameuse Société dos Goinfres.
Le marquis finit par so laisser attendrir et permettre au prisonnier de « courir après » son « épaule » et de « ratrapor » son « gigot. » Mais Dassoucy comptait courir à pied, et le trop bienveillant châtelain le huche sur un cheval, et sur un cheval des plus fringants... Hélas ! « maudit soit le podagre qui inventa premier l'art do chevaucher ! » L'infortuné cavalier avait à peine enfourché sa terrible monture, qu'il était désarçonné et gisait sur le sol. Mais la peur était plus grande que le mal, et, Dassoucy remis sur ses jambes, on lui amena un bidet d'un excellent naturel et d'allure douce, lequel le porta jusqu'à la dînée prochaine, où il retrouva « les plats et toute la cuisine du marquis. » Les cailles et les perdrix le poursuivaient toutes bardées de lard ! Quel contretemps ! il espérait se régaler do sa bien-aiméc éclanche, et le voilà de nouveau en pleine venaison. — Il fallut s'y résigner; mais Dassoucy jura qu'on ne l'y reprendrait plus. Le repas terminé, il renvoya tout, gens du marquis et bidet, puis chemina tranquillement devers Chàlons-sur-Saône. Messieurs les pages avaient , comme leur maître , lâché la bride aux chevaux qu'on leur avait donnés.
Dassoucy, qui so tenait toujours sur le qui-vive, ne tarda pas à trembler pour sa bourse. Il avait aperçu, découpées sur l'horizon, trois silhouettes farouches ; il lui semblait voir des
dragons du roi, le mousquet sur l'épaule, battant la grand'route pour se faire la main. « C'estoit un curé de village , monté sur une bourique, avec deux paysans, qui, aimant mieux user leurs pieds que leurs souliers, portoicnt galamment leurs souliers au bout d'un baston. »
Après cette alerte, Dassoucy s'embarque sur la Saône et a maille à partir avec un croquant d'Eglise, qui a retourne Pierrotin en tout sens pour en obtenir des renseignements sur la façon de vivre du poète, et n'en a tiré que des répliques narquoises. Ce drôle le traite de parpaillot, et Dassoucy aurait laissé sa peau aux griffes de deux harpies de dévotion ameutées contre lui, s'il n'eût donné des preuves manifestes de sa piété, en démasquant une petite croix d'or suspendue à son cou et en récitant d'une haleine trente pages du catéchisme. Le cuistre est confondu, et, de plus, battu comme plâtre par l'illustre Savoyard, arrivé tout exprès du pont Neuf pour lui casser bras et jambes.
Dassoucy rencontre à Lyon Molière et les Béjart, et reste trois mois au milieu d'eux « parmy les jeux, la comédie et les festins. » Il retombe sous la coupe de son tueur de temps, et, outre une partie de ses pistoles, perd un do ses pages, Valcntin , qui s'est enfui , après avoir tenté de noyer son camarade, qui a le tort de chanter mieux que lui. Dassoucy, en rentrant au logis, est fort étonné « de trouver Pierrotin pendu par les pieds, qui achevoit de rendre à la Sône une partie de la Sône qu'à son grand regret il avoit si sottement avalée. » 11 se lamente d'avoir séjourné, plus que de raison, dans une ville où il n'avait que faire, et se rend avec Molière à Avignon, où l'attend « une excellente voix de dessus. >> Mais sa première visite est pour l'académie de jeu : ft songera plus tard au successeur de Valentin ! Il va donc demander aux cartes la juste réparation de sa mauvaise chance passée; il s'égare dans une forêt de juifs barbus, où il laisse tout, jusqu'à ses nippes, mais où il gagne la gale. Quelle détresse eût été la sienne, s'il n'avait été recueilli par Molière et les Béjart, « qui ne se lassèrent pas de le voir à leur table tout un hyver ! » Il s'écrie, plein de reconnaissance :
Qu'en cette douce compafpiie, Que je repaissois d'harmonie, Au milieu de sept ou huit plats, Exempt de soin et d'embarras, .le passois doucement la vie !
Jamais plus gueux ne fut plus gras...
Il se trouvait si bion dans cotte « douce compagnie, » (lu'il la suivit à Pézenas et à Narbonnc, mais sans pouvoir mcttr. la main sur un second page do musique , qu'à la vérité il ne cherchait guère. Ce ne fut qu'au bout de six mois qu'il se décida à se séparer de Molière et des Béjart, pour so livrer à de sérieuses perquisitions dans Montpellier.
La relation de son séjour dans cette ville est précédée d'une curieuse Épistre à messieurs les Sots, tant uUramontains que citramontains. Il les remercie des clameurs qu'ils n'ont cessé de faire retentir à ses oreilles ; il se félicite do leurs insultes, qui n'ont fait que consacrer ses triomphes. Il n'avait pas six ans, que déjà l'envie s'attachait à ses talons, personnifiée par les polissons de son quartier, jaloux do sa raison précoce. — Que le ciel conserve donc cette précieuse graine ! « Hélas ! Seigneur ! s'écrie-t-il, qu'aurOis-je fait sans messieurs les Sots ? Ce sont eux qui jusqu'à cette heure m'ont toujours fourny de pain, de vin, de chausses et de souliers; qui m'ont toujours tiré les bas, écume mon pot et lardé mes poulets ; qui m'ont toujours servy de bouffons et qui m'ont fait rire; qui, à force de déchirer ma réputation, m'ont toujours procuré des habits tout neufs. Ce sont eux qui ont donné le jour à mes ouvrages, le feu à mes vers, la grâce à mes chansons, l'éclat à ma vertu. » La modestie n'est pas le défaut de Dassoucy : il est trop franc pour celer la bonne opinion qu'il a de l'auteur des Avantures ; mais il est trop franc aussi pour surfaire son origine en se taisant, et donner à croire qu'il est issu de la cuisse ou du cerveau de Jupiter. En conséquence, il adresse au lecteur la déclaration suivante :
« Comme ma mère n'estoit pas des plus mal faites, et quo l'amour qu'elle avoit pour la musique et les vers attiroit chez nous tout ce que Paris avoit de gens de mérite et de vertu, comme je ne suis pas plus délicat que Thélémaquc, je no sçaurois t'assurer'que je suis le fils d'un avocat en parlement, que j'appellois mon père, de monsieur son clerc, ou do quelque gentil autheur, car la confusion des choses de ce monde est si grande, que tel qui se croit le fils d'un marquis n'est que le fils de son cocher, comme aussi tel qui croit être fils d"un cocher a quelquefois un marquis, voire un duc et pair pour pore. Je te dirai donc à tout hazard que mon père estoit de Sens en Bourgogne, mon oncle de Paris, ma merc de Lorraine, et mon grand père de Crémone. Et afin que l'Italie et la France, qui, dans la fabrique do mon composé,
ont également concouru , n'ayent après ma mort aucune dispute pour ma nationalité, et qu'ainsi que la Grèce livra des batailles pour s'attribuer l'honneur de la naissance d'Homère, le monde, en ma faveur, ne s'aille point entre-tuer pour le raesme sujet, je ne te diray pas que j'ay comme luy la cuisse velue, mais seulement que j'ay la teste longue ^ c'est-à-dire que je suis enfant do Paris, né à l'Etœuf d'argent, rue Saint-Estienne des Grez, et fait chrestien sur les fonts de Saint Estienne du Mont, auparavant que l'on m'en eust demandé mon consentement, ny donné aucun avis. Pour ma qualité, personne ne me sçauroit disputer le titre de noble, car je suis noble en deux manières, noble premièrement par les lettres du costé do mon père, qui estoit homo littcratus, item, noble encore d'extraction par mon grand père , qui estoit cavalier cremonois, nommé d'Agnanis, qui, outre mille preuves qu'il a rendues dans le monde de sa gentilhommerie... a laissé pour monument à sa gloire quantité de violons de sa façon, qui, parmy les violons de Crémone, feront durer sa renommée tant que le monde violonnant sçaura joiier du violon. »
La mère de Dassoucy, « petit bout d'Amazone, prompte et colère, » n'était pas d'humeur à souffrir un maître, et M. l'avocat au parlement respectait trop le code pour permettre d'entamer son autorité. De là des disputes continuelles qui dégénéraient quelquefois en gourmades , et que termina co qu'on appelle plaisamment une séparation à l'amiable. La mère emmena sa fille en Lorraine, et le père garda son fils près de lui. Toutes ces querelles ne pouvaient avoir une meilleure conclusion ; mais, après le départ de cette femme, qui avait eu le tort de viser à la tyrannie , maître Coypeau s'empressa de courber la tête sous les caprices d'une servante. Dassoucy est, à ce sujet, d'une réserve qui jure dans sa bouche : elle (c ayoit, dit-il, des libertez avec mon père que je puis bien donner à penser, mais non à lire... >> C'était, du reste, une excellente créature , avec qui Dassoucy vivait en parfaite intelligence, comme il se plaît à le constater : « Elle m'appeloit petit diable, et je l'appelois carogne ; elle me jettoit les pincettes à la teste, et moy la cuiller du pot. » Elle finit par lui jeter la porte au nez, et Dassoucy de courir à travers champs jusqu'à Corbeil, où une abbesse , séduite par
' Voy. la première note de la page
sa bonne mine , lui confia ses dindons à garder, et TtUcva ensuite jusqu'aux fonctions de valet de chambre. Valet de chambre d'une abbesse ! c'était là un poste de haute confiance. Mais les neuf ans de Dassoucy étaient sans doute pour beaucoup dans cette grâce singulière. L'abbesso pensait quo les menus détails de la toilette, l'ampoule au fard et le reste ne pouvaient avoir en lui un témoin incommmode ; elle no songeait pas qu'un bambin qui sait le grec ne doit rien ignorer.
Dassoucy, à neuf ans, ne se contentait pas de parler grec comme un Hellène de l'ancienne Attique ; il était de force à prouver aux gens de Calais, chez qui le conduisit sa seconde escapade, qu'il possédait le syriaque, l'hébreu et le Chaldéen, et que, chassant de race, il était en astrologie à la hauteur do Nostradamus, — qu'on lui donnait pour pore.
Cette longue digression achevée. Dassoucy aborde le sujet des infortunes endurées à Montpellier. La malice insigne de son page a été leur point de départ. Pierrotin a eu l'audace de passer au fil de sa langue la réputation de la femme d'un conseiller, et de faire la nique à une riche bourgeoise affolée de sa jolie voix. Dassoucy endossa la responsabilité de ces deux méfaits. Il fut accablé de charges de toute espèce ; tous les crimes lui furent imputés. « Les catholiques, dit-il, qu'en ce païs-là on appelle catholiques à gros grain , m'appcloient parpaillot, et les parpaillots m'appeloient athée; mais les femmes galantes, plus amyes de leurs intérêts et plus spéculatives, laissant le bon Dieu à part, m'appeloient hérétique, non en fait de religion, mais en fait d'amour, et sans se ressouvenir de tant de sérénades que je leur avois données et tant de tendresses que j'avois eues pour elles, quand, dès mes plus jeunes ans, passant à Montpellier, je leur enseignois à jouer du luth et leur mettois la main sur le manche, elles m'accusoient injustement des duretez que jadis Orphée eut pour les bacchantes... » Fatigué de cette tempête féminine, il lança ses