‹ Aventures burlesques de DassoucyChapitre 12 sur 71 · POUR LA CHARITÉ · texte numérisé non relu

POUR LA CHARITÉ

Je vous demande encore où se pratiquo-t-elle plus que parmy nos Confrères les joiieurs ? N'est-ce pas un perpétuel flux et reflux d'argent qui se preste, qui se rend, et qui se donne ? Est-il nécessaire, pour emprunter dix écus, d'aller chez un Notaire ? Ne sufflt-il pas de dire : Je vous le rendraj demain sans faillir ?

Combien de gens de bonne mine.

Que persécute la famine, Fondent sur le petit teston * Le revenu de leur cuisine !

Seigneurs plus graves que Platon, Qui portez sous le hoqueton ^ Non pas des gregues d'étamine ^, Mais bien des gregues de carton Pour faire nique à la vermine ; Qui, pour écrire à Jeanneton, N'avez plume, encre ni cotton Ny d'argent en vostre escarcelle, Pour acheter un pain mouton * ; Blé, ny vin, ny bois, ny chandelle, A vos souliers point de semelle.

Et dans vos bas point de chausson Ny pour vous pendre une fiscelle; Mais beaucoup de barbe au menton ; Gueux, à témoins je vous appelle, Gredins qui n'avez que les os, Sans nos Joueurs, gens tres-devots, Plus humains et plus pitoyables

* Demi-teston. — Monnaie frappée sous Charles IX.

2 La casaque.

3 La grègue était le haut-de-chausse ; l'étamine est une étofTo qui n'est pas croisée.

* Petit pain saupoudré de quelques grains de blé , que les valets donnaient en étrennes aux enfants.

Que cent hypocrites cagots ; Ditos-moy, protomiserables, Sans leurs petits soins charitables, Seriez-vous pas mangez des Goths ?

Page 1