A LA REYNE
Madame,
Ces pensées de la Divinité ne sont point de moy, je les tiens de la Divinité mesme, qui me les a inspirées dans le Saint-Office de Rome. Au sortir de cette sainte captivité, le feu pape Clément IX ^ les vid, et les estima d'autant plu? dignes de quelque considération que ces veritez éclatantes estant assez éloignées de la portée des hommes éclairez, surpassent sans doute la capacité d'un homme ordinaire comme moy. Hors du faux pieux, qui de tous les Athées est le seul incurable, croyez, Madame, qu'il n'en est point de si ferme en son erreur, ni de si confirmé, qui, lisant ce discours et usant de sa raison, ne soit contraint de confesser un Dieu, d'encenser ses Autels, et d'adorer sa Puissance ; et, si Vostre Majesté me demande où j'en ay tant appris, je luy dirai. Madame, que j'ay étudié sous le plus grand de tous les Maistres, et dans la plus sçavante de toutes les Escoles, qui est l'Escole des Disgrâces. Comme ma vie n'a esté qu'un perpétuel tissu de Croix et de souff'rances, et qu'il n'est rien qui nous approche tant de Dieu que les continuelles mortifications, il ne faut pas s'estonner. Madame^
1 Marie-Thérèse.
2 Ce pape, qui avait succédé à Alexandre VII, en 1667, était mort deux ans après.
si, dans le besoin que j'ay eu de son secours, l'ayant toujours eu présent à mes yeux et dans ma pensée, j'ay eu plus de loisir de le contempler que ceux que les richesses ont éblouis et les prosperitez ont aveuglez. C'est, Madame, par mes nécessitez que j'ay reconnu les miracles de sa Providence, par l'ignorance et la malice des hommes, sa Sagesse infinie et sa Bonté, et par les Victoires que, par toute la terre, j'ay remportées sur leur cruelle iniquité, la grandeur de son pouvoir et de sajustice. C'est luy. Madame, qui, dans les plus noirs cachots, a tenu toujours mon Esprit ouvert à sa lumière, et favorisé mes yeux de ses clartez, et qui, dans les Prisons les plus étroites, a donné l'essor à mon âme, pour aller dans le Ciel contempler jusques dans son trône la grandeur de ses merveilles et de ses bontez. Daignez donc, Madame, recevoir ce fruit de mes persécutions, qui, dans un temps tout infecté de libertinage, et tout hérissé d'Esprits forts, pourroit bien servir à détromper tant de malheureux Sçavans, qui, dans le plus fort de leurs abus, se croyent astre les seuls desabusez, si Votre Majesté, qui, par la grandeur de sa piété sans exemple, et par la splendeur de ses Vertus inimitables, donne le jour à tout ce qui n'est pas éclairé, daigne luire à ce petit ouvrage, et favoriser de son auguste protection ces Pensées que Dieu, comme à celle qui est toute du ciel, présente par les mains de celuy qui est tout,
Madame,
De Votre Majesté Le trés-humble, trés-obeissant et trés-zelé serviteur et sujet,