‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 115 sur 232 · LIVRE 11 , CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE 11 , CHAPITRE XI

une journée : mon esjDrit vole en quelques heures d'un bout de l'univers à l'autre; d'ailleurs, c'est un enfantillage de penser qu'il soit nécessaire aux poètes d'avoir vu un objet avant de le peindre. Je vais vous en donner une preuve : je n'ai jamais vu la mer ; croyez-vous que, pour cela , je me sois fait faute de la décrire ? Vous trouverez plus de dix tempêtes dans mon poème. Il est si facile de s'imaginer ce que c'est que la mer ; c'est de l'eau en définitive; et pour en voir on n'a pas besoin de sortir de chez soi. Avec ces mots : plaine liquide, sein d'Amphytrite, montagnes humides, je composerai autant de descriptions de mer qu'on voudra.

« Mettez-vous bien dans la têle que l'imagination d'un poète est cent fois plus vaste, plus riche et plus féconde que la nature. Ce serait donc grande folie à nous de nous asservir à copier fidèlement les tableaux qu'elle nous présente. Je ne crains pas d'affirmer que moins on l'observe , plus on devient original. Notre génie se déploie alors dans toute son indépen-

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dance ; aussi , moi je me pique de professer à la lettre la belle maxime de Plaute , qui nous dit en parlant du poète : quod est nusqiiam quœrit et tamen invenit. Il cherche ce qui n'est nulle par t, et cependant il le trouve >>

En transcrivant les vers de M. Hector, je remarquais 5 quelle que fût mon ignorance dans l'art de la poésie, combien ils étaient vides de pensées, surchargés d'épilhètes et dépourvus de liaison. M. Hector me donna un jour l'explication de sa manière d'écrire , et ce qu'il y avait déplaisant, c'est qu'il érigeait sa pauvreté d'idées en système et se faisait un mérite de sa stérilité même. « La poésie, disait-il, n'est pas un art destiné à faire penser. Son but est de s'adresser à l'imagination par la couleur, et à l'oreille par l'harmonie. Rien de plus fatigant que ces poètes qui se creusent la cervelle pour trouver des pensées neuves. Plus ils ont médité avant d'écrire , plus ils nous forcent à réfléchir en les lisant. Ce n'est pas là de la poésie. Elle est tout entière dans la pompe des mots, la magnificence des adjectifs et la richesse de la rime. Le

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