‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 114 sur 232 · LIVRE rr, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE rr, CHAPITRE XI

peine de coucher chez moi ; en second lieu , il sera libre d'aller manger chez lui. »

« Ce qui veut dire , repris-je en l'interrompant, que vous ne le logerez ni ne le nourrirez ? »

« En outre, répliqua-t-il, je lui donnerai six cents francs d'appointemens annuels, ce qui est la dixième partie de la pension que m'a valu cette fameuse ode sur la naissance du roi de Rome, et qui est mon unique revenu, sans compter le produit de ma plume. »

Quelque modestes que fussent ces conditions , je les acceptai dans l'espoir de jouir de ma liberté, pendant une partie du jour. J'allai raconter tout cela à mon père, qui hocha la tète et se borna à me répondre :

« Il est fâcheux que tu n'aies pas stipulé que ton salaire te serait payé d'avance. Messieurs les poètes qui célèbrent la mémoire des choses passées , n'ont en général aucun souvenir de leurs dettes présentes. »

Je repris , en riant, que M. Hector avait tout l'air d'un poète honnête. Bref, muni du

consentement paternel, j'entrai dès le lendemain en fonctions auprès de M. Hector,

Il avait, en fait de travail, de singulières habitudes; il restait couché jusqu'à deux heures de l'après-midi , et c'était dans son lit dont les rideaux étaient hermétiquement fermés à l'aide de plusieurs épingles, qu'il composait ses vers. Quand je fus un peu plus libre avec lui, je ne lui cachai pas la surprise que me causait cette manière de travailler. « Il me semblait, lui disje, qu'un poète devait avoir besoin de voir la nature pour la chanter. Je me le figurais dans la belle saison , errant dans la profondeur des bois, ou couché nonchalamment au bord d'un ruisseau, s'inspirant de la vue d'un beau ciel , de l'émail de la verdure, du chant des oiseaux et du parfum des fleurs. »

«Erreur, mon ami, erreur! me répondit le poète qui était alors dans son Ut; je vois mieux les objets dans mon esprit qu'en réalité ; puis j'ai ainsi l'avantage de les contempler aussi longtemps que je le désire. Mon corps ne pourrait changer que deux ou trois fois de place dans

Page 1