‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 135 sur 232 · LIVRE II, CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XV

personne qui marche avec précaution. Quelques minutes après, le même bruit recommença. Ce qui me paraissait inexplicable , c'est qu'il se faisait entendre derrière une muraille qui servait de clôture au pavillon, et dans laquelle il n'y avait d'autre porte que celle d'une armoire. Les plus étranges pensées se pressaient dans mon cerveau, j'étais honteux du trouble que j'éprouvais; mais je n'étais pas maître du mouvement désordonné de mon imagination, qui se remplissait de chimères; l'idée d'un pouvoir occulte s'emparait de moi; après avoir raillé si vivement Dagana pour sa foi dans les mystères de la nécromancie, je devenais, par mes craintes involontaires, un croyant dans l'existence des esprits ; aussi , quand je vis, aux lueurs argentées de la lune qui donnait dans ma chambre , la tenture en soie cramoisie qui garnissait le lambris , s'agiter et faire mouvoir dans ses pHs la lumière et les ombres, je m'attendis avec une véritable anxiété à quelque apparition surnaturelle ; en- I. 17

fin, une porte masquée par la draperie s'ouvrit en effet, le rideau se leva, et un être que je pris vraiment pour un esprit devenu visible, fit quelques pas dans la chambre. Bientôt je crus l'entendre ouvrir une armoire placée à gauche de mon lit.

Tout ce que le trouble auquel j'étais en proie me permit de remarquer , c'est que son visage, aussi noir que la fumée de l'enfer, était environné d'une sorte d'auréole couleur de feu. Je ne pus rien voir de plus; un nuage se répandait sur mes yeux, tandis qu'une sueur froide coulait de mon front, et qu'un tremblement convulsif agitait mes membres. Cependant quelques minutes me suffirent pour rappeler mon courage. Je cours vers cet être inconnu qui, d'abord immobile, se retourne comme pour s'enfuir; je le saisis par le voile rouge qui couronnait son front, et me penchant pour la regarder, je reconnais Felima, la jeune négresse attachée au service de Dagana.

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