LIVRE II, CHAPITRE XV
« Laissez-moi, je vous eu conjure, me dit-elle à voix basse , laissez-moi sortir. »
« Non pas avant que vous m'ayez dit ce que vous êtes venue faire ici, » lui répondis-je.
Elle se débattait pour m'échapper; en ce moment Dagana paraît. Elle s'était enveloppée à la hâte d'une pelisse de soie noire ; ses cheveux roulaient en désordre sur ses épaules; d'une main elle tenait une lampe , de l'autre un poignard. Ses yeux étincelaient , la colère comprimait ses lèvres étroitement collées l'une contre l'autre.
« Malheureuse, que fais-tu ici?» s'écrie-t-elle en saisissant la négresse par sa chevelure , et en lui appuyant la pointe de son poignard sur le cœur.
Saisi de surprise et d'horreur, je prends le bras de la fille de M. Desprez , et cherche à détourner l'arme homicide.
« Ne lui faites pas de mal, lui dis-je; elle va nous expliquer son apparition dans cette chambre. ■»
l6o A.LPnONSE DORIA.
« Est-ce pour vous qu'elle y venait ? » répond la fille du désert, en me jetant un regard où le soupçon et la jalousie se peignaient en traits de flamme. Il est certain que la présence d'une jeune fille de dix-huit ans, dans ma chambre, à cette heure de la nuit , ne pouvait être que fort suspecte. Pour moi , je dédaigne de répondre; mais, en ce moment, une boîte s'échappe des mains de la négresse, et le couvercle s'étant ouvert, les pièces d'un magnifique écrin en pierres précieuses se répandent sur le plancher.
Le véritable objet de la visite de FeHma dans le boudoir où elle ignorait que je fusse logé, s'expliquait suffisamment à nos yeux. Elle venait y commettre un vol ; sachant que les bijoux de la maison étaient placés dans une armoire dont elle avait dérobé la clef, elle était montée par un escalier secret dont je ne connaissais pas l'existence, et qui menait du caveau souterrain au boudoir que j'habitais. La figure de Dagana rayonnait de joie. Elle s'était crue