‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 146 sur 232 · LIVRE IIÏ, CHAPITRE TI · texte numérisé non relu

LIVRE IIÏ, CHAPITRE TI

cousses du fiacre, à peu près comme font les boules habilement poussées sur un tapis de billard.

« Tel que vous mé voyez, me disait mon homme, que tenaient éveillé les vapeurs du vin, je n'ai pas toujours fait le métier du chat ; J'ai aussi fait celui de la souris. Il y a, je vous assure , quelque chose qui attache l'homme à cet épouvantable état de guerre avec la société et les lois, dans lequel j'ai trop long-temps vécu moi-même : rien ne vous fouette le sang dans les veines comme une perpétuelle allernative entre la crainte d'être découvert , et le plaisir de tromper la vigilance des limiers. On se lève chaque jour sans savoir comment on dînera; l'esprit est toujours actif, et chaque morceau de pain est un butin conquis par l'adresse sur la crédulité, par l'intelligence sur la sottise, par le courage à jeun sur la stupidité engraissée. Les banquiers, les agents de change et les procureurs sont des hypocrites et des lâches : ils mettent la loi de complicité avec eux, mais le voleur de profession combat plus har-

diment, et si ses succès sont moins fructueux, il a le mérite de l'intrépidité et de la franchise. »

«Comment! lui dis-je, en l'interrompant, eh faisant un si bel éloge de la profession de voleur, vous me laisseriez croire que vous regrettez de l'avoir quittée. »

Mon interlocuteur balbutia quelques mots que je n'entendis pas, mais qui me firent juger que ma question l'avait embarrassé. Je suis certain que si j'eusse pu examiner sa figure, j'aurais vu la honte ajouter au vermillon qui la colorait déjà, ce qui toutefois était difficile. Il reprit bientôt en ces termes :

a Après le plaisir de faire courir la police après soi , il n'en est pas de plus grand que d'être dans les rangs des chasseurs : notre vie est encore occupée ; c'est toujours une lutte, avec moins de courage, d'adresse et de danger, mais enfin on n'a pas le temps de s'endormir, le sang court encore dans les veines; on 'joue une partie contre de fins joueurs, et il y a une certaine gloire à la gagner. Je ris quelquefois, comme un bienheureux , des bons tours dont je suis

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