‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 147 sur 232 · LIVRE ni, CHAPITRE II. '2']C · texte numérisé non relu

LIVRE ni, CHAPITRE II. '2']C

chargé de découvrir les auteurs, et je vois jouer une comédie qui recommence chaque jour avec des scènes toujours nouvelles et toujours divertissantes ; il est impossible à un agent de police de s'ennuyer. »

Ici je l'interrompis de nouveau pour lui demander par quelles circonstances il était passé d'une profession à l'autre.

«Je me suis converti, répondit-il, et le le ciel, comme vous allez le voir , a eu pitié de mon âme.

« Je suis fils d'un boucher de Melun; élevé dans un assez bon collège où je reçus assez d'éducation pour mépriser l'état démon père, j'en sortis trop ignorant pour être bon à une profession libérale. Dans ce milieu, ayant trop d'esprit et trop de paresse, je tombai dans une mauvaise compagnie où je brillai par mon demi-savoir. Je contractai le goût de la dépense, et peu à peu l'instruction que j'avais reçue me fut un piège dangereux ; je me servis de mon esprit pour duper ceux qui étaient plus sots ou plus probes que moi ; n'ayant pas voulu

28o ALPHONSE DOUIA.

vivre du travail de mes mains, je dus ma subsistance à leur coupable adresse.

'( J'avais dérobé un jour le portefeuille d'un monsieur à côté duquel je me trouvais au théâtre ; quand je fus rentré chez moi et que je vins à l'ouvrir , j'y trouvai, au lieu de billets de banque, un papier contenant des maximes de morale, que cet excellent homme avait sans doute extraites de quelques livres ou composées, luimême, pour son édification particulière. Cette lecture me toucha; je versai un torrent de larmes , et me promis de revenir en droit chemin. Puis , le nombre de ceux qui travaillaient dans la même profession que moi se multipliait tellement que la concurrence diminuait les profits. Je compris que les bénéfices des agents chargés de nous poursuivre devaient augmenter en proportion , parce qu'on leur abandonne une prime sur la valeur des objets retrouvés. Mon repentir et mon intérêt me décidèrent à passer dans le camp ennemi: j'y fus reçu avec acclamations; au reste, c'était le seul métier honnête auquel je fusse propre, et qui

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