LIVRE III, CHAPITRE IV. 3o.'i
Ce tableau sera vraiment une société pour moi. ))
Je satisfis ensuite sa curiosité. I^e récit de mon entretien avec M. Estève la divertit : cependant l'impression produite sur elle par la vue du tableau était si forte qu'elle ne se livra pas , en m'écoutant , à l'un de ces accès de gaieté enfantine que j'avais souvent l'art de provoquer. Ses yeux ne se détournaient pas de dessus la toile ; elle était à la fois sérieuse et animée, et un poète aurait pu la comparer à un noble coursier qui , las de son oisiveté en de verts pâturages, dresse sa tête avec surprise, et prête une oreille attentive au son lointain du clairon.
Il y avait déjà quelque temps que je n'avais vu mes parents. Ce qui m'avait empêché, jusqu'alors, de me rendre chez eux, était bien moins la crainte d'être arrêté par les agents de police, que l'embarras de répondre à leurs questions sur ce que j'étais devenu depuis que j'avais quitté M. Hector. Résolu
3o4 ALPHONSE DORIA.
à ne pas leur livrer mon secret , mais en même temps à déguiser la vérité le moins possible, je pris, un matin, le chemin de leur demeure malgré les prières de Dagana qui craignait pour moi les dangers de cette excursion, et qui peut-être aussi redoutait pour elle-même l'effet des conseils qui m'attendaient.