‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 159 sur 232 · LIVRE III, CHA.PITRE IV. 3oi · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHA.PITRE IV. 3oi

d'elle-même , et dévorait avec des yeux avides la peinture, objet de son attention.

Je parus alors ; sitôt qu'elle m'aperçut :

« Alphonse, s'écria-t-elle d'une voix émne , tu viens de me procurer l'un des plus grands plaisirs que j'aie éprouvés de ma vie ; car il n'y a que toi qui aies pu me ménager cette surprise; dis-moi d'abord le sujet de ce tableau , puis tu m'expliqueras ensuite d'où il vient. »

Je lui racontai en peu de mots l'histoire de Judith telle que je me souvenais de l'avoir lue autrefois dans la Bible. Dagana resta pensive après m'avoir écouté; puis me lançant un regard dont l'expression était indéfinissable :

« J'avais cru, me répondit-elle, que le peintre avait voulu représenter un noble cœur lâchement trahi en amour et réduit à se venser de ses propres mains ; certainement les yeux de cette femme respirent la passion , et ce qui m'avait si fort attaché à cette image, c'est que je n'ai jamais vu l'amour eî la colère si fidèlement réprésentés ; mais d'après ce que tu viens de me

dire, tel n'est pas le sentiment qui fait agir cette Juive que tu nommes Judith. »

« Vous vous trompez, repris-je , elle est bien conduite par l'amour , mais par celui de Dieu et non de l'homme. Vous est -il impossible de concevoir, chère Dagana, un sublime enthousiasme inspiré par la foi et poussé jusqu'au point d'élever lame jusqu'à l'héroïsme ? »

Dagana pencha la tète sur son sein ; un éclair de vérité semblait éclairer son intelligence ; elle paraissait oppressée : enfin , comme si elle eût voulu se délivrer d'un combat pénible ;

« Tout cela n'est pas l'amour ni ne vaut l'amour, reprit -elle, en tournant de nouveau vers moi ses yeux où se lisait un tendre reproche écrit en traits de flamme : je ne puis parler que de ce que je connais, et je suis bien forcée de juger tout par l'unique sentiment qui remplisse ma vie. Quoi qu'il en soit, tu m'as fait là un inestimable présent : il y a sympathie entre cette femme et moi ; je la devine , et je me sens capable de l'imiter si l'occasion s'en présentait.

Page 1