‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 162 sur 232 · LIVRE III , CHAPITRE V. 3o · texte numérisé non relu

LIVRE III , CHAPITRE V. 3o

vint pâle de joie. Je courus l'embrasser; et, pendant que j'étais penché vers elle, elle me pinçait le bout de l'oreille en me disant avec sa voix angélique :

u Qu'est-ce que vous avez fait, petit mauvais sujet, depuis que nous ne vous avons vu ?

« Je me suis caché, repris-je en riant , pour ne pas être logé aux frais de l'Etat. »

Mon père, qui me permit ensuite de lui toucher la main, me salua d'un air railleur en ôtant sa casquette de drap bleu : « J'ai l'honneur, me dit-il , de souhaiter le bonjour au grand poète révolutionnaire. »

On me fit asseoir : après avoir été obligé de caresser la pauvre Diane qui, en agitant sa queue, appuyait affectueusement ses pattes de devant sur mes genoux et léchait mes mains en signe d'amitié, je pris ma part du modeste déjeuner de l'artiste père de famille. Il fallut en venir au récit embarrassant : je me bornai a dire que j'avais trouvé un asile chez un monsieur pour lequel j'avais fait un portrait de famille, pendant que je travaillais dans

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l'atelier de M. Estève, et qui m'avait procuré un logement dans un pavillon écarté situé à l'extre'mité de son jardin. On voit que je me tenais bien près de la vérité. Ma mère , qui me regardait attentivement , me demanda le nom de ce monsieur qui n'avait pas craint de s'exposer , en ma faveur , à quelques graves désagréments de la part de l'autorité.

c( Permettez, ma mère, lui répondis-je , que je vous taise son nom, à cause d'une solennelle promesse que je lui ai faite et qui n'admettait aucune restriction. Je me suis engagé à ne pas faire connaître, même à ma famille, la personne qui m'a donné asile. Les précautions qu'il était naturel qu'elle prît pour sa propre sûreté expliquentl'obligation qu'elle m'a imposée; et mon père, que je fais jugedela question, reconnaîtra lui-même, j'en suis sûr, que l'honneur , la délicatesse, la reconnaissance, me font une loi de... «Etj'allais continuer cette longue apologie, lorsque ma mère m'interrompit en me disant d'un air qui n'était pas tout à fait celui de la conviction :

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