‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 168 sur 232 · LIVRE IIJ, CHAPITRE VI. 3l · texte numérisé non relu

LIVRE IIJ, CHAPITRE VI. 3l

résolue à partir le soir même pour cette ville, elle espérait que je lui consacrerais au moins quelques heures de cette dernière journée. M. Estève me mandait que mon affaire était arrangée et qu'il ne me restait plus qu'à passer chez M. de Saint-Lux qui désirait me voir.

Je montrai cette dernière lettre à ma mère qui en fut charmée, mais qui me prévint qu'elle voulait me garder au moins une huitaine de jours auprès d'elle. Je m'habillai à la hâte, sans négliger toutefois d'apporter à ma toilette ce goût et cette propreté, toujours nécessaires pour mettre le premier coup d'œil en faveur de quiconque se présente pour obtenir un emploi. Je me rendis chez M. le baron de Saint-Lux, qui demeurait rue du Faubourg- Saint-Honoré près l'allée de Marigny. J'arrivai devant une petite maison vieille et délabrée , dont la porte cochère , peinte en vert, était si étroite et si basse qu'on l'eût prise pour l'entrée d'un palais de Lilliput. Je m'adressai à une portière dont la figure était aussi ridée qu'une pomme oubliée dans une armoire, dont

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la bouche était dégarnie de dents, la tête couverte d'un bonnet sale comme l'âtre d'une cheminée, et dont tout l'ajustement, d'une malpropreté rebutante, était à l'avenant de sa coiffure; elle tenait un balai d'une main et un peigne de l'autre : après avoir écarté pour me regarder une mèche de cheveux gris qui pendait sur un de ses yeux éraillés, elle m'indiqua sur ma demande l'escalier qui conduisait à l'appartement de M. de Saint-Lux ; puis prenant un sifflet pendu dans sa loge à un bout de ficelle, elle en tira un son aigu et prolongé. Le signal donné par cette véritable sorcière fit paraître un personnage presque aussi âgé et aussi sale qu'elle; au signe qu'il me fit, je le reconnus pour le domestique du logis. Je suivis ce guide coiffé d'un bonnet de coton , dont la poitrine était couverte d'un tablier dégoûtant de taches de graisse.

Il m'introduisit dans une antichambre ou plutôt dans un pigeonnier , car c'était une vaste salle entièrement nue, où il n'y avait pour tous meubles qu'une innombrable quantité de per-

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