LIVRE III, CHAPITRE VI. 3l
choirsen bois perpendiculaires ou horizontaux, etpour habitants quelques centaines de pigeons mangeant, circulant, voltigeant, se becquetant, et tapissant de leurs plumes et d'autre chose le plancher de leur demeure. Je traversai cette sorte de grande volière , en me bouchant le nez, et en marchant sur la pointe du pied.
« Votre maître, dis-je au domestique qui me précédait, aime beaucoup les oiseaux, ce me semble. »
« Ne m'en parlez pas , répondit le vieux serviteur, d'un ton goguenard, quelque jour il lui poussera des plumes. »
J'arrivai dans un salon hermétiquement fermé, où il me parut que l'air n'était jamais renouvelé et qui était garni de meubles en tapisserie à qui la poussière servait de seconde broderie ; le domestique frappa alors à une porte que je jugeai devoir être celle du sanctuaire : une voix grêle et fêlée par le catharre cria du dedans : «Entrez ! » le domestique m'annonça , et je fus admis devant M. le baron de Saint-Lux.
3l8 ALPHONSE DORIA.
Il était assis dans une large bergère de velours rouge d'Utrecht, et tenait perchée sur son doigt une tourterelle bleue dont il caressait le dos et les ailes avec ses doigts longs et maigres , et dont il pressait de temps en temps le bec entre ses lèvres fanées. C'était un homme de haute taille , au long cou, à la tête fort petite, à la complexion molle et lymphatique; ses yeux étaient d'un bleu terne et humide ; sa figure longue et pâle; sa physionomie mêlée d'indolence, de finesse et de bonté. Il était vêtu d'une redingote en drap bleu de roi; mais les parements de devant en était couverts de taches ; la malpropreté de son linge était choquante ; et l'aspect, tant de sa personne que de son cabinet, justifiait la vérité de cette maxime : «Tel maître, tels valets. »
M. de Saint -Lux jeta sur moi un regard distrait, et après m'avoir toisé des pieds à la tête , me fit , sans cesser de se faire becqueter par sa colombe familière, quelques questions sur ma famille , mon âge, les occupations auxquelles je m'étais livré. J'y répondis