‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 175 sur 232 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Où l'on trouve rapportée la scène extraordinaire qui se passa au moment des adieux d'Alphonse et de Dagana.

Je trouvai la Mauresse à demi couchée dans le pavillon sur son divan de soie bleue, et tenant sur ses genoux une corbeille remplie de fleurs dont un assez grand nombre était étalé sur une table placée à côté d'elle. Elle était vêtue d'une

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robe noire sans manches , qui découvrait ses bras faits au tour; ses beaux cheveux, au heu de tomber comme à l'ordinaire le long de ses joues et sur son cou en tresses mobiles et parfumées, étaient divisés en bandeau sur son front et rattachés sur le haut de sa tête par deux flèches d'or croisées avec grâce ; elle portait en outre une couronne de soucis et d'anémones naturels , et avait à son coté une branche de cyprès qu'elle m'avait prié un jour de cueillir pour elle. Elle semblait pensive et abattue; son œil, moins vif que de coutume , exprimait une touchante mélancolie; son éclat habituel paraissait avoir été amorti par d'abondantes larmes. C'était encore le soleil, mais un soleil pâle, venant de traverser un nuage d'automne.

Je lui demandai, non sans quelques ménagements , si elle était en deuil. Sachant son père malade, je craignis qu'elle n'eût reçu la nouvelle de sa mort.

« Non, me dit-elle, en me serrant la main avec tremblement , mais je porte son deuil d'avance. Je sais qu'il est condamné. »

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« Par les médecins? » repris-je vivement?

« Non, répondit-elle, il l'est par une puissance moins faillible que j'ai consultée hier soir , et dont les oracles ne m'ont jamais trompée. »

« Quoi! vous ne cesserez pas, repris-je en soupirant, d'interroger l'avenir, par ces moyens que la religion condamne et que la simple raison désavoue ! Si vous saviez , Dagana , la peine que me font éprouver ces coupables superstitions! Je ne croirai posséder vraiment tout votre cœur que le jour où vous y renoncerez pour l'amour de moi. »

« Tu ne peux douter de mon attachement, répondit Dagana en jetant des éclairs par ses yeux tout à coup ranimés. Mais, parle, ajoutât-elle, est-ce que tu te regarderais comme mon époux , si je te faisais un pareil sacrifice, et si je consentais aux puériles cérémonies de ton Église ? »

« Ah! quel moment heureux pour moi, répondis-je en m'efforçant de cacher l'embarras où me jetait une pareille question, quel mo-

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ment fortuné que celui où je vous verrais abjurer ces ténébreuses croyances qui répandent, je ne vous ne le dissimule pas , une ombre funeste sur nos sentiments mutuels , et mettent perpétuellement ma conscience et ma foi aux prises avec »

Dagana ne me laissa pas achever : elle releva fièrement son front, me jeta un regard dédaigneux et menaçant, et le bras étendu vers la terre qu'elle me montrait du doigt :

« La puissance éternelle que je sers et qui me protège a reçu tes serments irrévocables. Prends garde d'outrager sa redoutable majesté : tu peux me retirer ton amour, mais non te soustraire à son empire.... Cependant, continua-t-elle en se reprenant, ce n'est que de votre tendresse seule, Alphonse, que je veux tenir le titre de votre compagne et de votre épouse : nous avons été fiancés aux pieds de celui qui écrit, avec la plume de fer, les promesses des hommes sur le marbre du sépulcre ; nos noms ont été entrelacés à jamais, par son inflexible ciseau, sur la pierre de l'abîme : mais, je te le

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