LIVRE III, CHAPITRE XVI
Cette gaucherie empruntait à la pudeur, qui la faisait naître, une certaine grâce.
Mademoiselle de Lacy n'était pas une beauté, mais elle avait la fraîcheur de son âge ; sa physionomie devait je ne sais quel charme à l'extrême douceur qui y était peinte Ses cheveux noirs, en faisant ressortir la blancheur de sa peau, relevaient aussi l'expression bienveillante et un peu triste de ses grands yeux bruns. Elle n'avait pas un esprit supérieur, mais elle avait profité de l'excellente éducation que lui avait fait donner son père ; elle touchait fort agréablement du forte-piano , chantait avec beaucoup de justesse et de méthode, écrivait très correctement sa langue , et entendait passablement l'italien.
Une sœur de M. de Lacy, veuve comme lui, tenait sa maison et servait de mère à la jeune Marie. Madame de Longpré, c'était son nom, était la seule personne qui exerçât de l'ascendant sur l'esprit de son frère : elle usait de cet empire avec tout l'art d'une femme, c'est-à-dire à l'insu de celui même qui le subissait ; et c'é-
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tait en ayant l'air de demander des conseils qu'elle dictait les siens. Née le même jour et à la même heure que M. de Lacy, elle l'aimait tendrement et lui inspirait la même affection. Je n'ai jamais vu une femme aussi dépourvue qu'elle l'était , de jeunesse et de beauté , ressaisir aussi bien par les séductions de la grâce et de l'esprit, les avantages qui lui manquaient. Ce fut elle qui adoucit par sa politesse aimable et prévenante l'amertume que me firent éprouver pendant le premier mois les procédés hautains de M. de Lacy. J'eus le bonheur de conquérir son estime et son amitié.
Son frère n'aimant pas assez le monde pour se déterminer à y conduire ces dames , je fus invité par madame de Longpré à prendre sa place, et je m'acquittai si bien de ce nouvel emploi, que je fus présenté dans toutes les maisons où allaient habituellement la tante et la nièce, et qu'elles ne sortirent presque plus sans moi, soit pour se rendre au théâtre ou au bal, soit pour goûter simplement le plaisir de la promenade.