‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 218 sur 232 · LIVRE III, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XVI

Les progrès que j'avais faits dans les bonnes grâces du maître du logis, achevèrent de rendre ma situation agréable. Aimé, considéré, comblé d'égards et de prévenances, traité par la famille comme si j'eusse été un des leurs, reçu par toutes leurs connaissances avec la même distinction, passant la matinée à converser avec M. de Lacy sur les objets les plus élevés qui puissent occuper l'intelligence humaine, accompagnant ces dames au milieu du jour dans leurs promenades au bois de Boulogne ou aux Tuileries, leur servant de cavalier le soir, et associé à tous leurs plaisirs, je ne pouvais manquer de me trouver extrêmement heureux.

Ce qui me ravissait, c'est que je sentais combien mon séjour dans cette maison était profitable à mon instruction et à la pratique de ce goût et de cette p(»litesse que donne le commerce de la bonne compagnie. La conversation et les avis de madame de Longpré me furent, sous ce dernier rapport, on ne peut plus utiles. Douée du sentiment exquis de toutes les convenances , elle aimait à me voir faire auprès I. 26

d'elle l'apprentissage de l'art charmant et délicat de plaire dans le monde sans chercher à y produire de l'effet ; de s'y montrer à son aise sans fatuité , naturel sans hardiesse, enjoué sans bruit, aimable et spirituel en aidant les autres à le devenir. Elle me disait souvent que la discrétion était le fonds de la politesse ; l'élévation des sentimens , le secret des bonnes manières , et la bonté, le moyen de plaire à tout le monde.

Quand nous passions la soirée dans l'hôtel, je faisais souvent à ces dames la lecture à haute voix pendant qu'elles travaillaient à l'aiguille ; c'était toujours madame de Longpré qui avait choisi le livre que j'avais entre les mains, et ces préférences étaient faites sous l'inspiration d'un si bon goût, que ces lectures interrompues souvent par les fines observations qu'elles lui suggéraient, me faisaient souvenir de celles que j'avais faites dans un autre temps à mon excellente mère.

Le lecteur se demande sans doute ce que devenait Dagana, si je pensais quelquefois à elle et si j'entretenais une correspondance avec

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