LIVRE ni, CHAPITRE XVII
demoiselle Marie , elle me dit qu'elle s'étonnait qu'on pût exposer sa vie dans un combat singu; lier lorsqu'on avait une mère. Et cette phrase amena la suivante :
« Vous devriez ménager mieux à la fois vos jours et le coeur de ceux qui vous aiment. »
En achevant ces mots d'une voix tremblante, elle porta son mouchoir à ses yeux et sortit précipitamment.
Sa pâleur m'avait frappé; la manière dont elle me quittait me donna beaucoup à penser; les idées qui me vinrent alors à l'esprit et que beaucoup d'autres petits incidents tendaient à fortifier, ne tardèrent pas à être pleinement confirmées. Je n'ai pas besoin de dire au lecteur quelles étaient ces idées ; s'il ne les a pas devinées, la suite de mon récit va éclaircir la matière.
Mademoiselle de Lacy tomba malade ; il y avait déjà un mois que je ne l'avais vue lorsque madame de Longpré, se trouvant un jour seule avec moi , me dit :
« La santé de ma nièce nous donne de sérieusesinquiétudes,et, puisque vous me demandez de ses nouvelles, je dois vous faire connaître
4l6 ALPHONSE DORIA.
la vraie cause de son mal: cette cause la voici !» En parlant ainsi, madame de Longpré désignait ma personne. Je ne savais que répondre , la parole expirait sur mes lèvres; j'étais livré à un embarras inexprimable.
a Oui , c'est vous , reprit madame de Longpré ; oui , ma nièce vous aime; il est impossible que vous ne vous en soyez pas aperçu. »
Après avoir attendu en vain ma réponse , elle continua: «Maintenant, parlez-moi franchement , je vous interroge ici d'une manière conforme à la confiance que j'ai prise dans votre caractère et dans votre honneur, répondez-moi donc avec la sincérité que méritent l'estime et l'attachement que vous m'inspirez : l'aimez-vous ?» J'entrevis aussitôt la portée de ma réponse ; je ne pouvais douter qu'un mariage ne fût sur le point de m'étre proposé ; madame de Longpré n'aurait jamais fait une semblable démarche auprès de moi si la famille n'eût pas été déterminée d'avance à adopter le moyen qu'elle jugeait peut-être le plus propre à sauver les jours de Marie. J'avoue que je demeurai interdit par l'idée d'une si honorable et si riche alliance