‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 23 sur 232 · LIVRE I, CHAPITRE V. ^I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE V. ^I

lesquels j étais placé avaient une seconde maison. Je rencontrai dans la tendresse de ma mère une vive résistance à mon projet. Elle me peignit la douleur qu'elle éprouverait à être séparée de moi, son unique consolation; elle me représenta le climat insalubre et brûlant du Sénégal auquel ma constitution délicate ne pourrait résister, les dangers qui m'attendaient sur mer, avant d'arriver. Le Sénégal lui paraissait situé à l'une des extrémités du monde. Elle ne prononçait plus ce nom qu'avec terreur; c'était, selon elle, un effroyable pays de lions, de tigres , de panthères, de cannibales qui mangeaient les hommes tout vivants. Enfin il n'y avait rien que son imagination ne fournit à son amour pour me détourner d'un pareil voyage.

« Je fis un effort sur moi-même et tâchai d'étouffer mon désir; mais j'en perdis l'appétit et le sommeil; je maigrissais à vue d'oeil ; morne et silencieux , j'aimais à me renfermer dans ma chambre pour y lire des relations de voyages.

« Ma mère se sentit vaincue : « Pars donc, me dit-elle un jour, en essuyant ses yeux, puisque

l\1 ALPHONSE DORIA.

tu aimes mieux courir les aventures que de couler doucement ta vie auprès de moi. Puisses-tu ne jamais te repentir de ta résolution ! tu vas être tout seul, là -bas; je ne serai plus là pour te soigner, tenir la maison en bon ordre, préparer tes repas. »

« Au milieu de l'attendrissement qui me pénétrait à ce dernier trait si naïf d'amour maternel, je la pressai entre mes bras en lui répétant que si elle me laissait partir, j'aurais soin de lui donner souvent de mes nouvelles; que le Sénégal, habité par des Français , n'était pas aussi loin qu'elle se l'imaginait; que j'y ferais fortune et reviendrais bien vite lui consacrer , avec le reste de mes jours , le fruit de ma bonne conduite.

« Un mois après, je m'embarquai à bord du navire l'Éliza qui faisait voile pour le Sénégal; j'arrivai sain et sauf à la colonie , et j'entrai immédiatement chez les correspondants de la maison qui m'employait.

« Je ne tardai pas à être atteint des fièvres qui régnent sous ce climat dévorant, et je faillis justifier , en payant un tribut funèbre au climat ,

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