‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 24 sur 232 · LIVRE I, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE V

les sinistres avertissements de ma mère. Cependant ma jeunesse l'emporta ; cette crise ne servit ensuite qu'à affermir ma constitution , et à me rendre capable de supporter les fatigues et les malheurs inouïs qui m'attendaient sur ces côtes lointaines.

« Il y avait déjà un an que je résidais à Saint- Louis, lorsque je conçus une passion très vive pour la fille d'un Anglais , ancien capitaine de vaisseau, qui s'y était retiré. Il était veuf et n'avait que cet enfant.

a Un voyage qu'il avait fait au pôle-nord et pendant lequel il s'était trouvé long-temps enfermé entre les glaces, l'avait rendu presque aveugle; son plaisir était de se faire conduire, le soir, par sa fille chérie, sur un rocher situé près de l'embouchure du Sénégal. Je les voyais passer tous les jours de ma fenêtre, et la robe blanche de Clarisse, sa taille élancée, sa démarche gracieuse et légère me retraçaient l'image de Malvina, l'un des êtres aériens d'Ossian dont les poèmes avaient fait autrefois mes délices.

« J'abrège le récit des circonstances qui établirent entre le capitaine Gray et moi une étroite liaison , amenèrent lacharmante Clarisse à écouter, avec l'assentiment de son père, l'aveu de mes sentiments, et préparèrent mon union avec elle.

« Ma position s'améliorait de jour en jour. C'était moi qui suivais les plus importantes affaires de la maison où j'étais entré. On m'y accordait une confiance illimitée et je commençais à faire un peu de commerce pour mon compte.

« Notre mariage fut célébré un samedi du mois de février, dans la petite église de Saint- Louis. Clarisse , dont la mère avait été catholique, appartenait à cette religion. Le capitaine Gray , quoique protestant , vint assister à la bénédiction qui nous fut donnée. Revêtu de son vieil uniforme , appuyé sur un énorme bambou, et adossé à une colonne voisine de l'autel, il écoutait les paroles du prêtre; quelques larmes s'échappèrent de ses yeux à demi éteints , et adoucirent un moment la niàle rudesse de sa figure.

« Après la cérémonie, sa fille courut se jeter

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