LIVRE m, CHAPITEE XVII. /jîS
lui fait subir une opération douloureuse. Je présume qu'en effet ses préjugés et sa raison étaient aux prises , et que ce qui rendait sa mine si renfrognée n'était autre chose que le combat intérieur livré par sa fierté à son amour pour sa fille.
Ma réponse, dont je fais grâce au lecteur, parut le satisfaire , et, en terminant cet entretien , il daigna m'embrasser.
Mademoiselle de Lacy se réfablit promptement. Les droits que me conférait ma position de fiancé me permirent d'étudier mieux son esprit et son caractère ; cet examen me confirma dans l'idée que je serais heureux, mais que cependant celle qui allait être ma compagne ne répondrait jamais entièrement à tous les ardents besoins de mon ame. Quant à Marie, elle ne dissimulait pas son bonheur; elle avouait naïvement toute sa joie à sa tante, ainsi qu'à ma mère à qui elle avait voulu que je la présentasse et qui lui avait inspiré dès le premier moment une vive sympathie. J'employai une bonne partie de ce que je possédais à faire les
emplettes d'usage en pareille occasion : ma mère se fit un plaisir de choisir elle-même les cadeaux destinés à la mariée.
Le i5 avril 1812 , le contrat fut signé; tous nos préparatifs pour la cérémonie du lendemain étaient achevés; et j'avais passé la soirée de ce jour enfermé avec ma mère qui m'avait donné ses bons conseils et sa bénédiction. Il était près de minuit lorsque je quittai sa maison pour retourner chez M. de Lacy. La nuit était froide et obscure et les rues désertes; j'allais tourner le coin de celle où était situé l'hôtel de M. de Lacy, lorsque je fus tout à coup arrêté et saisi par quatre hommes qui m'appliquèrent un bâillon sur la bouche pour étouffer mes cris, et me portèrent en quelques minutes, malgré ma résistance, dans une berline hermétiquement fermée, et dans laquelle une autre personne se trouvait assise.
Aussitôt la voiture s'ébranla, et partit avec toute la vitesse du trait de plusieurs chevaux lancés au galop.