LIVRE m, CHAPITRE XVII
slirmontable enchaînait ma langue, de sorte que, clans la perplexité où je me trouvais , soit pour parler sur ce sujet, soit pour rester fidèle à Dagana, que du reste, j'étais loin de vouloir épouser, je demeurai silencieux et inaclif, et je laissai avancer les choses trop loin , pour qu'il me fût ensuite possible d'en arrêter le cours.
Quelques jours après, M. de Lacy m'appela dans son cabinet et m'y accueillit d'un air si sévère , que je me préparai à entendre des reproches s'échapper de sa bouche; mais il n'en fut pas ainsi. Il commença au contraire par faire mon éloge dans les termes les plus honorables, m'exprima l'attachement que j'avais su lui inspirer par mon zèle à le satisfaire et la régularité de ma conduite. Il passa ensuite au principal objet de cet entretien, auquel il n'arriva cependant qu'après m'avoir parlé de l'ancienneté de sa famille , de sa noblesse , de ses aïeux qui se cachaient dans la nuit des temps, et du mépris que toutefois il avait toujours eu pour ces vaines distinctions, œuvres du hasard; le mérite et la vertu, ajouta-t-il,
passaient à ses yeux bien avant la richesse et la naissance. Sa fille ayant assez de fortuné pour se marier selon sa propre inclination, il suffisait à lui, qui ne voulait que le bonheur de son enfant, que son gendre eût un cœur noble, et c'est pc»ur cela qu'il n'avait pas hésité à donner son consentement à une alliance qui allait me faire entrer dans sa famille.
Il conclut en me disant que, bien qu'il n'eût jamais voulu servir le gouvernement impérial, il n'entendait pas m'imposer l'obligation de suivre son exemple; que j'étais jeune et devais me rendre utile à mon pays, et qu'il comptait faire solliciter en ma faveur, par l'intermédiaire de quelques-uns de ses amis, le titre d'auditeur au conseil d'état.
Pendant ce discours bienveillant sa figure ne s'était pas déridée; il prononçait chaque mot, dit à ma louange, avec un air de dépit, et ressemblait, en m'entretenant du plaisir avec lequel il m'appellerait son gendre, à un homme qui s'efforce de sourire et de vaincre le sentiment de la douleur, tandis que le chirurgien
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