‹ Aventures d'Alphonse DoriaChapitre 45 sur 232 · LIVRE I, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VI

laquelle je me dirigeais, s'abîma dans ce gouffre de sable : la porte du désert venait de se refermer sur nous.

« La langue de l'homme se refuse, Messieurs , à peindre ce que j'éprouvai dans ce moment épouvantable. Tout espoir nous était interdit; il ne nous restait plus aucun moyen de distinguer notre route, et quand bien même nous aurions résisté au vent de feu du désert ou aux avalanches de sable qui menaçaient de nous engloutir , le désordre effroyable causé par l'ouragan nous condamnait à errer dans ces solitudes sans issue, pour y succomber bientôt aux horreurs de la soif et au supplice de la faim.

« Le spectacle du désert tourmenté par la tempête surpasse l'imagination de ceux qui n'en ont pas été témoins , et accable jusqu'au souvenir de ceux qui voudraient le retracer : une rner de sable, dont l'œil ne pouvait distinguer les limites , livrée à une puissance inconnue qui la soulevait jusque dans ses fondements ; le vide immense, l'aridité déchaînée, la terre stérile

et en travail comme dans les premiers jours du monde ; le chaos , mais sans variété ; des grains de sable en mouvement formant à eux seuls l'image de l'enfer ; un jour qui n'était pas celui du soleil ; des ombres qui n'étaient pas celles de la nuit; l'univers n'ayant plus qu'une seule couleur ; les heures n'ayant plus d'autre mesure pour l'homme perdu dans ces royaumes de la mort que les progrès de la soif; tantôt un silence tellement profond que rien ne peut en donner l'idée; tantôt les bruits monotones du sable amoncelé qui s'écroule pour se réunir de nouveau, et former d'autres monticules un peu plus loin, ou les murmures uniformes de ce même sable qui, suspendu en tourbillons, retombe comme la grêle : voilà une faible description de l'ouragan dans le désert africain.

« Malgré l'état d'épuisement auquel elle était réduite , Clarisse n'avait pas cessé d'attacher ses yeux sur la colline de sable noirâtre : aussi l'avait-elle vue aussi bien que moi céder à la fureur de la tempête. Je m'étais arrêté ; elle voulut poser ses pieds sur la terre ; mais ils étaient tel-

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